témoignages

Des familles en IEF
Témoigner
L'école n'est pas obligatoire ?

Nous sommes les parents de 6 enfants qui sont instruits à la maison depuis l’année 2001. Nos cinq premiers enfants ont fréquenté l’école. L’aîné y est allé jusqu’au CM2. L’instruction à la maison ne s’est pas imposée comme une évidence pour la simple et bonne raison que nous ne savions pas que cela existait ! Nous pensions, comme la majorité des français, que l’école était obligatoire !
Nous avons commencé à nous interroger parce que notre fils aîné, dyslexique, perdait pied, de plus en plus, dans les matières dites “principales”, les français et les mathématiques. Il était arrivé à un seuil de saturation tel qu’il ne parvenait plus à travailler sereinement. Ses journées d’école et de devoirs le soir qui se déroulaient dans une ambiance de fatigue nerveuse et souvent d’exaspération cumulées, rendait notre quotidien familial pesant. Nous avions un rythme de vie trop rapide pour des enfants, encore pour la plupart, en bas âge. Petit à petit, nous prenions conscience de l’aberrance d’un tel système qui ne s’organisait qu’autour de l’école et des devoirs au détriment de l’épanouissement personnel de chacun de nos enfants et de nous-même, leurs parents.
En naviguant sur internet, nous avons rencontré une maman qui nous a parlé de l’instruction à la maison. Nous nous sommes renseignés, et, peu à peu, cette solution s’est imposée à nous comme une évidence. Nous en avons parlé à notre fils aîné, qui a d’emblée accepté, avant que de se rétracter par peur, notamment, du regard extérieur sur un mode d’instruction encore méconnu. Inscrit de nouveau à l’école, il y a passé une année en regrettant ce choix.
L’année suivante, nous nous sommes plongés dans cette aventure familiale unique.

” L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix .”
(extrait de l’art. L131-2 du Code de l’Éducation-Partie législative)

Arrêté du 23 novembre 1956
L’arrêté du 23 novembre 1956 aménage les horaires des cours élémentaires et moyens des écoles primaires de façon à dégager 5 heures par semaine pour la rédaction des devoirs.
I. suppression des devoirs ou en étude :
Principes
(…) Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter un fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait en dehors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité.
En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux sont invités à veiller à son application stricte.

Vivre autrement les apprentissages de mes enfants

Pourquoi nous avons fait le choix de l’instruction en famille ? Pour chacun de nos enfants, les motifs ont été différents parce que nos enfants sont différents. Et, d’un point de vue général, ce choix a eu aussi de grandes implications dans notre vie familiale quotidienne. Nous avons une proportion “étonnamment” élevée d’enfants dyslexiques mais aussi, des enfants qui avancent plus vite que d’autres, et d’autres plus lentement, par le fait, si tant est que nous raisonnions encore ainsi. Ce qui n’est plus le cas, dans le cadre de l’instruction en famille. Chacun de nos enfants a adopté un rythme qui lui est propre. Les différences sont “gommées” mais chaque enfant a gardé ses propres particularités.
Nous avons adapté pour chacun de nos enfants des méthodes d’apprentissages appropriées. Plus nous avançons, plus nous nous rendons compte à quel point les apprentissages, tels qu’ils sont dispensés aujourd’hui, ne correspondent pas à la réalité du développement de l’enfant.
“(…) il est évident que lui offrir la culture moderne de manière exhaustive est chose impossible, d’où la nécessité de lui présenter tous les facteurs de la culture; non pas par des notions détaillées au sein d’un programme imposé, mais en développant chez l’enfant autant de centre d’intérêts que possible”. Cette phrase, extraite de l’ouvrage “Eduquer le potentiel de l’enfant” et écrit par Maria Montessori, éclaire bien nos choix en matière d’éducation.

Nous pensons qu’un enfant se développe par le jeu, et, qu’il pourrait, s’il le pouvait, y consacrer la majeure partie de son temps, et ce, jusqu’à un âge avancé. A l’intérieur de cet espace, qu’est le jeu, il nous est possible, à nous parents, de trouver une place et de proposer des activités multiples et diverses sans attendre de l’enfant de la performance ou de la productivité. Maria Montessori définit ainsi l’un des principes fondamentaux du comportement de l’enfant :”(…) l’enfant doit apprendre grâce à sa propre activité, parfaitement libre de choisir ce dont il a besoin, sans que son choix ne soit remis en question“.

Elle écrit encore : “Sachant que les connaissances sont imparties de manière optimale quand il existe un désir ardent d’apprendre, cette période (6-12 ans) est celle où peuvent être jetées les graines de toute chose, car l’esprit de l’enfant est comme une terre fertile prête à recevoir ce qui s’épanouira par la suite sous forme de culture.” Si l’intérêt de l’enfant est déçu, il risquera de s’opposer pour s’opposer. Si son intérêt est cultivé tardivement, il pourra même s’éteindre.

Dans une société, où l’enfant ne dispose que de très peu de temps pour lui parce que sans cesse sollicité, sans évoquer la possibilité de ne rien faire du tout, si tant est que cela soit possible pour un enfant, nous pensons qu’il lui est difficile de trouver sa propre place. Il subit plus qu’il ne vit sa propre vie.
Nous pensons que nos enfants sont uniques et qu’ils ont chacun à vivre des expériences qui leur sont spécifiques.
L’instruction en famille nous offre la possibilité d’être à l’écoute des intérêts de nos enfants. Nous pensons que c’est à nous, parents ou adultes, de nous adapter à nos enfants, plutôt que demander à nos enfants de s’adapter à un monde d’adultes qui ne leur correspond pas.

Notre chemin vers l'IEF

Nous sommes les parents de 3 enfants dont l’aînée a 4 ans. Je crois que j’ai toujours su que mes enfants n’iraient pas à l’école. Pour mon mari, cela est venu tout doucement. Comme beaucoup de monde, il ne savait pas que l’école n’est pas obligatoire. Au début, il s’est inquiété d’une éventuelle marginalisation. Puis de savoir si nous pourrions instruire nos enfants. Puis du regard des autres. Grâce à Internet, nous avons pu “rencontrer” d’autres familles dont les enfants ne vont pas à l’école. Cela l’a beaucoup rassuré de savoir que de nombreux enfants en France ne sont pas scolarisés. Les témoignages lus ici et là ont fini de le convaincre. Il ne se sent pas (pas encore) capable d’instruire nos enfants, mais il me fait confiance. Je ne sais pas si je saurai instruire nos enfants, mais je leur fais confiance. Chaque jour, je les vois apprendre, chercher à comprendre, découvrir. Chaque jour, ils grandissent un peu plus, savent un peu plus. Nos enfants grandissent à leur rythme, et apprennent de nombreuses choses dans leurs jeux ou en nous accompagnant dans notre vie.
Mes enfants sont encore d’âge préscolaire, je ne suis donc pas soumise à l’obligation d’instruction. Dans deux ans, je serai contrôlée pour la première fois afin de déterminer si les choix pédagogiques que je/nous faisons permettent effectivement à nos enfants d’acquérir un savoir et une culture générale suffisante (c’est à dire qu’ils aient un niveau d’instruction comparable aux autres enfants à 16 ans). Je n’ai pas encore déterminé de projet pédagogique particulier ; il me paraît important de faire des choix en fonction du moment et de l’enfant. Je me suis intéressée aux différentes manières de transmettre les savoirs. Il y en a tant ! Et cette diversité me conforte dans l’idée que chaque enfant a sa façon d’appréhender le monde, son chemin propre vers le savoir.

Pourquoi nous avons choisi l'IEF ?

Je suis maman d’une petite fille de 8 ans qui n’a jamais été scolarisée, mon mari et moi n’ayant à aucun moment envisagé de le faire. C’est le choix plus large d’un mode de vie plutôt que d’une option pédagogique, bien que cet aspect ait aussi son importance. Sont primordiaux pour nous le respect de notre enfant, de ses rythmes, de ses goûts et de ses intérêts, de sa personnalité et de sa créativité. Nous pensons que l’être humain a besoin de bases solides pour se construire et se connaître et que nous, ses parents, sommes les mieux placés pour l’accompagner dans l’amour, la confiance et le respect.

L'IEF, juste un choix éducatif de plus pour les parents

Contrairement à beaucoup de parents, l’option école à la maison est dans mon champ du possible éducatif depuis très longtemps. En fait, je connaissais déjà quand j’étais au primaire, des enfants instruits par leurs parents et cela me semblait très naturel. Quand mon fils Q. a présenté de grosses difficultés d’adaptation à l’école, il m’a été simple de prendre la décision de le retirer du cursus classique, pour lui permettre de se concentrer sur des objectifs positifs : découvrir le monde qui l’entoure plutôt que d’être obligé de s’y fondre. Il y a des enfants qui préfèrent observer que participer. Q. en fait partie, mais le système scolaire ne permet pas à ces enfants d’aller leur petit bonhomme de chemin car il est difficile de savoir où ils en sont, ce qu’ils savent et comment ils l’ont assimilé. Bien sûr, j’ai entendu comme tous les parents le fameux « il s’y fera, il faut lui laisser le temps » ; J’ai estimé que 2 ans était un temps déjà bien long pour un enfant de 4 ans et qu’il avait le droit d’être différent. De plus, il devait cumuler l’adaptation à l’école et à une nouvelle famille. Il s’est retrouvé avec un beau-père, un grand frère et une grande sœur (nos trois enfants se sont vite appelés ainsi entre eux sans que nous intervenions de quelques manières que ce soit) en même temps presque. Je savais que l’école n’est pas obligatoire, c’est l’instruction qui l’est. J’ignorais pour combien de temps nous choisirions cette possibilité éducative, juste pour un an…pour toute sa scolarité ? Mais je savais qu’il me fallait m’organiser pour être un minimum efficace et connaître la loi. Heureusement, j’ai eu accès à Internet à cette période, ce qui m’a permis de très rapidement connaître d’autres personnes qui pratiquaient l’instruction en famille et d’avoir les renseignements indispensables. Je n’avais aucun doute sur le fait qu’il faut beaucoup moins de temps et d’énergie pour enseigner à un enfant à la maison qu’à l’école. Je ne voyais donc aucune raison de m’arrêter de travailler, d’autant plus que mes horaires sont souples, puisque j’avais toutes mes matinées de libres et que je commençais le lundi, mardi et jeudi à 16 heures. J’ai bien compris l’enjeu que représente pour beaucoup la fameuse socialisation. J’ai donc inscrit Q. à différentes activités pour qu’il rencontre d’autres enfants. Mais, même si les activités lui plaisaient, il n’était visiblement pas intéressé pour lier des contacts. Il fallait reconnaître que c’est un solitaire sociable. Il n’aime pas les grands groupes et ma foi, combien d’adultes sont comme lui sans qu’on le leur reproche. Puis sa petite sœur est arrivée, et son petit frère. Il n’a toujours pas envie d’aller à l’école. Il a beaucoup évolué, se sent plus sûr de lui, apprécie d’avoir des copains et ne craint plus les nouvelles situations. C’est un passionné de lecture, de jeux vidéo, d’ordinateur comme beaucoup de garçons de son âge. Il a de grandes connaissances en histoire et en géographie. Il a mis du temps pour apprécier d’autres choses comme l’écriture, mais je savais que ça viendrait puisqu’il aime lire. Il faut souvent le motiver car c’est un grand rêveur et c’est un trait de caractère qui lui aurait sans doute valu un redoublement ou des jugements négatifs et à l’emporte-pièce sur ses compétences. Ce type d’instruction, l’école à la maison, lui a parfaitement correspondu. C’est ce qu’il lui fallait jusqu’à présent. Pour combien de temps encore, je n’en sais rien. Sa petite sœur qui a maintenant 4 ans, a un caractère très différent. A sa demande souvent renouvelée, nous avons accepté avec son père qu’elle aille à l’école cette année. Elle s’y plait. Nous verrons aussi d’année en année  quel type d’instruction lui correspondra le mieux, et il en sera de même pour le plus jeune.

Mon idéal serait qu’une alternative comme le freeschooling de Grande-Bretagne puisse être admis en France. Il s’agit de période d’alternance entre l’école et la maison. Ce peut être sur une semaine, certains cours à la maison, d’autres à l’école ; ce qui permet d’utiliser du matériel particulier en sport ou en chimie par exemple et de faire des travaux de groupes. Mais ce peut être aussi sur d’autres types de périodes, pour des voyages scolaires par exemple. Je sais que certains vont m’accuser de vouloir le beurre, l’argent du beurre et la crémière. S’ils souhaitent me développer leurs arguments, je suis prête à les écouter et à leur donner les miens. Parce que je suis attachée au principe de démocratie français, je pense qu’il est possible de faire cohabiter plusieurs systèmes éducatifs différents pour respecter les différences individuelles en permettant à chaque individu de se réaliser pleinement et l’enfance est  de ce point de vue une période unique.

Dépression du jeune enfant
Il y a dix ans, G. faisait sa rentrée, à trois ans et demi à l’école maternelle.
Il faut signaler qu’il avait été l’année précédente dans un jardin d’éveil : une quinzaine d’enfants, deux animatrices chaleureuses et compétentes, une arrivée étalée des enfants le matin entre 7h1/2 et 9h1/2… Il s’était très bien adapté à cette collectivité.
Après deux jours assez enthousiastes à l’école, G. a changé d’avis. Un matin, impossible de le laisser, il pleurait et voulait rentrer à la maison, nous avons rebroussé chemin.
G. maîtrisait mal le langage et il m’était difficile de savoir ce qui pouvait bien se passer à l’école, mais les symptômes sont devenus de plus en plus criants.
Il pleurait tout d’abord en arrivant à l’école, puis sur le chemin de l’école et de plus en plus tôt le matin. Dès qu’il se réveillait, il posait la question fatidique et commençait à pleurer, refusait de déjeuner. Puis ce fûrent les pleurs au coucher et les cauchemars, le refus de manger le soir. Il n’avait pas les mots, mais tout dans son comportement montrait son mal-être.  Infirmière-puéricultrice de formation, je n’ai eu aucun mal à reconnaître là les symptômes d’une dépression du jeune enfant.
Inutile de vous dire que, malgré la tentative de discussion, je n’ai trouvé aucun soutien auprès de l’institutrice-directrice à quelques années de la retraite et utilisant des méthodes assez ancestrales. Notre vision de l’éducation était trop éloignée de ce qu’elle proposait dans sa classe et G. a cessé, au bout de 15 jours, d’aller à l’école.
Impossible à l’époque de trouver un soutien quelconque, un changement de classe n’était pas accepté par la mairie, l’école Montessori d’un village voisin était hors de prix pour notre budget. Et lorsque nous avons parlé de ne pas le mettre à l’école cette année là, ce fût une levée de bouclier totale de la part de tous. Je savais que la maternelle n’était pas obligatoire (j’ignorais que c’était uniquement l’instruction entre 6 et 16 ans qui l’était), ne souhaitant pas qu’il commence une bonne quinzaine d’année d’école dans de mauvaise condition, nous n’avons vu que la possibilité de le déscolariser pour cette année scolaire. Il nous a fallu bien du courage pour prendre cette décision alors que tout le monde nous le déconseillait.

Beaucoup de temps a été nécessaire pour retrouver le petit garçon confiant et épanouit que nous connaissions ; il était devenu impossible de le laisser chez la voisine le temps d’une course, il avait perdu toute la sécurité déjà acquise.
En discutant avec des parents ayant vécu les mêmes évènements, je constate qu’il faut invariablement compter de 4 à 6 mois pour que l’enfant reconstruise sa confiance dans l’adulte et dans la vie et son sentiment de sécurité.
Finalement, d’années en années nous avons reconduit cette décision, non plus pour un problème d’adaptation à l’école mais par choix de vie.
Étonnamment, d’une situation difficile et douloureuse au début nous avons fait un vrai chemin de vie qui nous apporte beaucoup de bonheur au quotidien.

Notre pratique de l'IEF
Notre pratique d’IEF avec nos trois enfants a beaucoup varié en dix ans. 
Les débuts furent hésitants lorsque notre aîné avait trois ans et demi, il fallut trouver une façon de faire satisfaisante pour tout le monde devant cette situation inattendue. Nous avons poursuivi les activités manuelles variées que nous faisions déjà avant la tentative de scolarisation,  les sorties très fréquentes pour défouler ces trois petits garçons remuants (un aîné et des jumeaux de deux années plus jeunes). Ces sorties étaient diverses : en pleine nature sujet passionnant pour les enfants, bibliothèque, ludothèque, musées, visites de ferme ou boulangerie… Nous avons ajouté l’apprentissage précoce de la lecture, les mathématiques ludiques avec les réglettes Cuisenaire, mais l’essentiel des journées était fait du quotidien et de jeux.
A partir de six ans (le primaire), nous avons augmenté progressivement le temps passé à l’étude du français et des mathématiques, donnant toujours la priorité aux sorties et découvertes sur le terrain. Il y avait peu de place pour l’écrit, les enfants ayant peu de goût pour cela. Tout dans la journée était prétexte à jeux entre les trois frères.
Quand notre aîné a eu 10 ans et ses frères 8, nous avons eu notre premier contrôle d’instruction. Les comptes-rendus ont été très positifs. Mais j’ai noté à cette occasion les difficultés de mes enfants, dues à leur méconnaissance des techniques de l’Education nationale. Dans le but de rendre les contrôles plus confortables, et une éventuelle scolarisation plus aisée, insidieusement, nous avons glissé vers un travail plus scolaire, plus classique, qui s’inspirait plus de ce que propose l’Education nationale.
Trois ans plus tard, j’ai réalisé que nous perdions petit à petit en richesse à suivre cette ligne de conduite. Nous avons réajusté notre façon de travailler, grâce  notamment à des échanges avec des familles pratiquant également l’instruction en famille.
Notre vie est, depuis trois ans, partagée entre la Bretagne pour une majeure partie de l’année, où le rythme de travail est assez régulier et des séjours à Paris, où l’on travaille beaucoup dans les musées, et où sont favorisées les rencontres avec d’autres enfants non scolarisés. Aujourd’hui, les enfants ont tous l’âge d’être collégiens, ils peuvent encore passer leurs journées à jouer ensemble. De plus en plus nous nous éloignons des programmes, même si nous gardons toujours un œil dessus,  pour suivre nos centres d’intérêts propres. Nous pratiquons une pédagogie bien particulière à notre famille qui continue d’évoluer en fonction des événements.
Pour ceux qui doutent

F. est rentrée à l’école en septembre 2002 en petite section, elle n’avait pas encore 3 ans. Pour son père et pour moi, il n’y avait pas d’alternative, l’école était le passage obligatoire afin de devenir plus tard un adulte épanoui. Nous ne connaissions que ce mode d’instruction.
Mon mari avait détesté l’école autant que moi, j’avais adoré… Il était impensable, pour moi, d’imaginer que l’école ne pourrait pas apporter tout ce dont un enfant a besoin : instruction, amis, épanouissement personnel, découverte du monde extérieur, confrontation aux difficultés de la vie en communauté, etc….

La petite section s’est bien passée, enfin, du point de vue de la maman “non consciente” de l’époque, qui ne se posait alors aucune question. F. prenait le bus le matin, allait à l’école toute la journée et une nounou la récupérait le soir à la garderie pour la garder à la maison en attendant que je rentre du travail.

A la rentrée suivante, ne travaillant plus, j’ai allégé la journée scolaire de F. … elle prenait toujours le bus le matin, mangeait toujours à la cantine, mais n’allait plus à la garderie le soir. Je la récupérais, un peu paniquée de devoir passer 2h de plus avec elle, à 16h30…

C’est en novembre puis décembre de cette année-là que les choses ont commencé à m’inquiéter. Plusieurs convocations de la part des maîtresses de F. (elle en avait 2) pour nous dire qu’il y avait un problème… que F. n’était pas attentive, qu’elle avait un retard de langage, qu’elle ne suivait pas bien en classe (moyenne section), qu’elle avait du mal avec ses fiches, qu’elle était renfermée (heu… vous êtes certaines de parler de la même F. ???, le petit démon que j’ai à la maison ???)…

Ces rendez-vous ont commencé à alerter mon coeur de maman, toujours pas “consciente” des besoins de sa fille… L’école, ben, il fallait qu’elle s’y fasse puisque c’est obligatoire !!! Comment peut-elle ne pas aimer l’école ??? C’est génial pourtant ???

Je commence à aller sur des forums de parents pour essayer de comprendre ce qu’il se passe. Et là… d’un coup, on me dit qu’il n’y a pas que l’école et qu’un enfant peut être instruit en famille, chez lui, en suivant son rythme…

Je lis les messages et je me dis “mais ils sont barges ces gens-là !!! Il faut être complètement inconscients pour enfermer des enfants à la maison, les faire travailler, les enlever de l’école… c’est quoi ces marginaux ???” et je claque la porte aux discussions.

Décembre passe… janvier arrive et F. tombe très malade (plusieurs jours à 40° de fièvre, elle maigrit beaucoup, dort de plus en plus…). Le matin, je n’arrive plus à la réveiller, elle veut faire la sieste mais à l’école, ils refusent de la prendre parce qu’à 4 ans, ben on ne fait plus la sieste… Je vois ma puce s’éteindre de plus en plus, ne plus sourire, ne plus jouer, s’endormir pendant le goûter…

Un soir, alors qu’elle est dans sa chambre, je l’entends jouer avec ses peluches… elle joue à l’école.

– “tu es vilain, méchant… je déchire ton travail et tu es puni… monte sur la table, mets les mains sur la tête et dis devant tout le monde que tu vas balayer les rues plus tard parce que tu es un âne à l’école !!!” et tout ceci en hurlant !!!

Mon coeur s’arrête ! J’entre dans la chambre, je demande à F. ce qu’elle fait et elle me répond qu’elle joue à l’école et qu’elle fait comme une de ses maîtresses… puis elle fond en larmes en me disant que son travail va toujours dans la poubelle, qu’elle est nulle, qu’elle ne sait rien faire et que l’école c’est trop dur.

Je fonds en larmes avec elle et je demande un rdv avec une de ses maîtresses (celle que F. aime) pour parler de l’autre maîtresse (elles sont à mi-temps).

Nous nous apercevons que les deux maîtresses ne s’entendent pas, qu’elles ne suivent pas le même programme… que F. se renferme de plus en plus sur elle. En discutant avec d’autres parents, nous nous rendons compte que plusieurs enfants sont terrorisés par leur maîtresse… des mamans, voisines de l’école, nous confirment les cris incessants de l’institutrice, les humiliations…

F. est toujours très fatiguée et une prise de sang nous confirme qu’elle a une mononucléose infectieuse. Nous la retirons de l’école afin qu’elle puisse se reposer, et surtout retrouver la joie de vivre.

Je ne suis toujours pas prête à entendre parler d’instruction en famille (ah la la, ce poids de l’éducation, de notre passé…). Mais j’entends F. et je la laisse souffler.

Toujours dans la peur de lui faire prendre du retard, je commence à m’interroger sur la manière de continuer le programme pendant sa convalescence à la maison afin qu’elle ne soit pas perdue à la rentrée prochaine… Je recontacte alors une personne qui m’avait dit comment elle fonctionnait avec sa fille (mais je ne me sens pas prête à assumer les cours de moyenne section !!!). Je commande les cours Hattemer Maternelle 1 et nous suivons le programme jusqu’au mois de juin.

Entre temps, je rencontre plusieurs familles qui font l’école à la maison dans mon secteur. Au départ, je les trouve un peu “bizarres”… dans le sens où je ne comprends pas que l’on puisse “choisir” de faire l’école à la maison.

Puis petit à petit, mon coeur et mon esprit s’ouvrent, je suis prête… l’organisation avec F. n’est pas encore au top, nous tâtonnons, je deviens une pro du surfage sur internet (sites, pédagogie, listes de discussions)… je dévore les expériences des unes et des autres concernant l’instruction en famille… avec mon mari , nous participons à des rencontres.

Notre vie est en train de changer… !

Les vacances d’été passent, septembre approche et nous décidons de continuer l’aventure de l’instruction en famille pour la grande section (toujours avec des cours par correspondance – ça me rassure, ça rassure le papa, ça rassure la famille…).

Et voilà, désormais nous sommes en CP (je dis nous, parce que j’ai vraiment l’impression de faire partie de cette instruction commune si enrichissante), et nous nous dirigeons avec beaucoup de sérénité vers le CE1 toujours à la maison.

La seule chose que je regrette encore, c’est de ne pas avoir le courage de lâcher les cours par correspondance… mais qui sait, un jour peut-être ???

Je remercie chaque jour ma fille pour ces moments si riches qu’elle m’apporte. Je la remercie pour m’avoir guidée dans ce chemin merveilleux de l’instruction en famille, et finalement, je remercie quelque part l’instutrice tyrannique qu’elle a eue en moyenne section, elle nous aura également guidés (par la force des choses) vers la scolarisation à la maison.

Un grand merci aussi à tous ceux qui me paraissaient si “bizarres”, à mes amies qui m’ont aidée dans mon cheminement personnel, sans jugement, en douceur, en acceptant mes peurs et en répondant avec tant de patience à toutes mes interrogations (S. , A. , V. , C. , …)

A F. … ma lumière quotidienne

Mon fils ira-t-il à l'école ?

Un article paru dans le magazine Les Plumes n°5 (juin 2007)

L'IEF vue par un papa...

Article paru dans le magazine Les Plumes n° 10 (juin 2009)

Je redécouvre mes enfants

Article paru dans le magazine Les Plumes n° 19 (septembre 2012)