Apprendre

Ces textes ont été écrits par Catherine Chemin, ancienne membre de CISE. Ils enrichissent désormais le site de LAIA en incitant à la réflexion.

Différences

Nous sommes tous différents

 

Introduction

Que ce soit avec notre enfant, scolarisĂ© ou non, que ce soit avec d’autres enfants ou des adultes, nous avons certainement tous fait l’expĂ©rience qu’il peut ĂȘtre parfois trĂšs simple de se comprendre, de se faire comprendre, et d’autres fois, l’autre ne comprend pas du tout nos explications ou nous ne comprenons absolument pas celles de l’autre, nous avons l’impression de ne pas parler la mĂȘme langue ! Ou de parler Ă  un mur ! Si certains aimeraient nous faire croire que le problĂšme est liĂ© Ă  un manque d’intelligence, d’autres personnes nous ont prouvĂ©, par leur travail, qu’il n’en est rien. Nous sommes seulement tous diffĂ©rents dans notre fonctionnement cĂ©rĂ©bral !

Des membres de CISE se sont intĂ©ressĂ©s aux diffĂ©rentes pĂ©dagogies et Ă  leurs rĂ©sultats, aux travaux de diffĂ©rentes personnes comme Antoine de La Garanderie (gestion mentale), Elisabeth Nuyts (les dysfonctionnements), Maria Montessori (pĂ©dagogie aide-moi Ă  faire seul), Ghislaine Wettstein-Badour (la lecture) et Stanilas Deheane (neuroscience). Plusieurs rĂ©alitĂ©s sont frappantes. Nous les Ă©voquons succinctement maintenant, mais les dĂ©velopperons plus loin, car il nous semble important de comprendre l’impact que peut avoir une pĂ©dagogie sur les apprentissages, la construction et le dĂ©veloppement de l’enfant.

â–ș Antoine de La Garanderie (1920-2010) s’est intĂ©ressĂ© aux Ă©lĂšves ayant des difficultĂ©s en leur demandant comment ils procĂ©daient dans leur tĂȘte lorsqu’ils parvenaient Ă  un apprentissage. Car pour lui, un Ă©lĂšve en difficultĂ© n’est jamais mauvais en tout, il y a toujours un domaine oĂč il rĂ©ussit, et il s’y est pleinement intĂ©ressĂ©. Il a ensuite appris Ă  chacun de ces Ă©lĂšves en difficultĂ© Ă  utiliser le mĂȘme mode de fonctionnement dans les matiĂšres Ă  problĂšme. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© surprenants par l’efficacitĂ© de la mĂ©thode, ce qui a donnĂ© naissance Ă  la gestion mentale et Ă  d’autres mouvements.

â–ș Elisabeth Nuyts, s’occupe Ă©galement d’enfants en difficultĂ©, et plus particuliĂšrement ayant un dysfonctionnement : dyslexie, dyscalculie, dysorthographie. A travers son expĂ©rience, elle a dĂ©couvert que ces dysfonctionnements Ă©taient dus trĂšs majoritairement Ă  une mĂ©thode pĂ©dagogique qui ne convenait pas Ă  l’enfant car chaque enfant fonctionne diffĂ©remment. En changeant de mĂ©thode d’apprentissage, elle arrive donc Ă  la disparition du dysfonctionnement. Elisabeth Nuyts est favorable aux pĂ©dagogies qui aident l’enfant dĂšs son plus jeune Ăąge Ă  utiliser toutes « ses entrĂ©es’’ sensorielles (auditive, visuelle, kinesthĂ©sique), et de privilĂ©gier le langage, afin de ne pas permettre de blocage.

â–ș Maria Montessori (1870-1952), mĂ©decin, a conçu une pĂ©dagogie qui convient Ă  tous les modes de fonctionnement (auditif, visuel et surtout kinesthĂ©sique [80% des enfants]) et permet aux plus jeunes d’utiliser toutes leurs entrĂ©es sensorielles Ă  travers son matĂ©riel de vie pratique et de vie sensoriel. Elle a rĂ©ussi Ă  faire passer l’équivalent du certificat d’études Ă  des enfants dits dĂ©biles Ă  son Ă©poque en Italie, c’est-Ă -dire au dĂ©but du XXe siĂšcle. Cette femme, qui n’est pas une idĂ©ologue, a conçu sa pĂ©dagogie Ă  partir de l’observation d’enfants, l’a utilisĂ©e avec beaucoup de succĂšs dans des Ă©coles du monde entier et elle n’a observĂ© aucun dysfonctionnement. Cette pĂ©dagogie a d’ailleurs Ă©tĂ© utilisĂ©e avec succĂšs dans une classe maternelle d’une ZEP de banlieue parisienne entre 2011 et 2014 avec 100% des enfants qui sont entrĂ©s dans la lecture en fin de GS dont 90% Ă©taient de trĂšs bons lecteurs. Tous les postulats scientifiques qui ont fondĂ© la dĂ©marche de Maria Montessori se vĂ©rifient aujourd’hui par les sciences du dĂ©veloppement humain (recherche de Stanislas Dehaene entre autre). Il y a une parfaite cohĂ©rence entre cette pĂ©dagogie et le fonctionnement du cerveau.

â–ș Dr Ghislaine Wettstein-Badour (1939-2010) et Stanislas Dehaene (nĂ© en 1965) ont dĂ©montrĂ© par leurs recherches et leurs travaux que l’apprentissage de la lecture par mĂ©thode globale n’était pas du tout en cohĂ©rence avec le fonctionnement du cerveau et que cette pratique Ă©tait Ă  l’origine de nombreux dysfonctionnements.

â–ș Stanislas Dehaene (nĂ© en 1965), psychologue cognitif et neuroscientifique, a dĂ©montrĂ© par ses recherches que le cerveau a besoin d’ĂȘtre actif pour apprendre et comprendre. Il est convaincu que les intuitions de Maria Montessori se trouvent confirmĂ©es par les avancĂ©es des sciences cognitives et de la psychologie expĂ©rimentale.

Catherine Chemin

Le fonctionnement du cerveau

 Nous sommes convaincus que tous les enfants naissent intelligents et que cette intelligence va se dĂ©velopper positivement ou engendrer des dysfonctionnements selon la nature des apprentissages proposĂ©s, l’éducation et l’environnement. MAIS, chaque enfant est diffĂ©rent et a un mode de fonctionnement diffĂ©rent. Les apprentissages scolaires ne correspondent en gĂ©nĂ©ral qu’à 20% des enfants Ă  peine.

Pour instruire son enfant, il est intĂ©ressant de connaĂźtre comment fonctionne le cerveau, de repĂ©rer comment fonctionne notre enfant, afin de savoir comment aborder les apprentissages avec lui car il a certainement un fonctionnement particulier qui peut ĂȘtre diffĂ©rent du nĂŽtre. En effet, nous allons voir que les modes de fonctionnement peuvent ĂȘtre trĂšs diffĂ©rents d’une personne Ă  une autre, mĂȘme au sein d’une famille. Pour cela, nous nous appuierons sur les plus rĂ©centes recherches scientifiques.

Depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ , la diffĂ©renciation des hĂ©misphĂšres cĂ©rĂ©braux a Ă©tĂ© Ă©tablie. Les deux hĂ©misphĂšres sont pratiquement symĂ©triques, dans le sens ou chaque hĂ©misphĂšre comporte des aires visuelles, motrices
 mais suivant les stimuli, ce ne sera pas forcĂ©ment le mĂȘme cĂŽtĂ© qui rĂ©agira chez une personne ou une autre. En fait, les deux cĂŽtĂ©s vont s’activer, mais en alternance, en fonction du traitement de chaque dĂ©tail et cela dans des proportions diffĂ©rentes. Des expĂ©riences ont montrĂ© que c’est trĂšs souvent le mĂȘme cĂŽtĂ© qui rĂ©agit pour une fonction particuliĂšre demandĂ©e. Aussi, certaines fonctions ont Ă©tĂ© attribuĂ©es plus particuliĂšrement Ă  un des hĂ©misphĂšres, mĂȘme si les deux hĂ©misphĂšres travaillent en permanence. Le va-et-vient des donnĂ©es est essentiel Ă  la rĂ©flexion, et la complĂ©mentaritĂ© des deux hĂ©misphĂšres est nĂ©cessaire pour obtenir un dĂ©veloppement harmonieux des capacitĂ©s cognitives. Les deux hĂ©misphĂšres Ă©tablissent des connexions entre eux grĂące aux 200 000 fibres du corps calleux. Le cerveau comporte 100 milliards de neurones qui sont reliĂ©s entre eux par un million de milliards de connexions qui varient selon chaque individu en fonction de sa culture, de ses Ă©motions, de ses prĂ©dispositions et de l’environnement ! Le nombre de circuits potentiels pouvant ĂȘtre créé par chaque individu Ă©tant Ă©quivalent au nombre de particules de l’univers. Le fonctionnement du cerveau est donc extraordinairement complexe et il n’a pas encore rĂ©vĂ©lĂ© tous ses secrets
 Cependant, des recherches rĂ©centes apportent un Ă©clairage intĂ©ressant sur plusieurs points.

Toutes les informations qui parviennent de l’extĂ©rieur sont traitĂ©es Ă  la surface du cerveau, le cortex (matiĂšre grise). Les donnĂ©es circulent le long de la moelle Ă©piniĂšre et des nerfs Ă  travers un vaste rĂ©seau de cellules spĂ©cialisĂ©es : les neurones.

Pour constituer ce rĂ©seau, il faut du temps. Il y a peu de connexions Ă©tablies Ă  la naissance et les connexions se mettent en place au fur et Ă  mesure des apprentissages. A chaque situation, le cerveau crĂ©e des connexions. DĂšs que l’enfant reçoit une information ou apprend quelque chose, des connexions sont créées dans son cerveau. Lorsqu’une situation se prĂ©sente, le cerveau cherche d’abord dans la mĂ©moire si quelque chose de similaire a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vu. Si c’est le cas, le cerveau se sert des connexions dĂ©jĂ  Ă©tablies. Sinon, il en crĂ©e de nouvelles.

La plasticité du cerveau

Le cerveau ne cesse jamais de se dĂ©velopper, c’est la plasticitĂ© du cerveau ou la rĂ©gĂ©nĂ©rescence du cerveau. Cette facultĂ© de rĂ©gĂ©nĂ©rescence du cerveau disparaĂźt uniquement si [1] :

  • la personne cesse d’apprendre et de s’émerveiller face Ă  l’inconnu,
  • la personne est soumise au stress du monde urbain,
  • la personne consomme de façon chronique des psychotropes,
  • la personne pratique peu d’efforts physiques,
  • la personne est isolĂ©e socialement.

Si la personne reste en quĂȘte de connaissances, si elle Ă©touffe et maĂźtrise la pollution sonore et visuelle du monde urbain, si elle n’abuse pas de façon chronique de psychotropes, si elle pratique un peu d’efforts physiques et qu’elle s’engage dans une vie sociale, le cerveau garde sa capacitĂ© Ă  produire des neurones quel que soit l’ñge. Le cerveau garde sa capacitĂ© d’apprendre.

La plasticité du cerveau est la propriété de celui-ci à modifier ses connexions synaptiques : en formant de nouveau synapses, en renforçant ou affaiblissant les synapses existantes, en supprimant les synapses existantes qui ne sont plus utilisées (élagage).

Par exemple, Ă  la naissance, le bĂ©bĂ© a la capacitĂ© de faire la diffĂ©rence entre tous les sons qui existent Ă  travers toutes les diffĂ©rentes langues. Lorsqu’il grandit et que son langage se met en place en fonction de la langue de son entourage, il y a une sorte d’élagage qui se fait et certains sons deviennent trĂšs difficiles Ă  ĂȘtre identifiĂ©s. C’est pourquoi, une langue Ă©trangĂšre est souvent plus difficile Ă  apprendre adulte si cette facultĂ© n’a pas Ă©tĂ© entretenue.

Des personnes amputĂ©es d’une partie de leur cerveau suite Ă  un accident peuvent recouvrer toutes leurs facultĂ©s. Les parties amputĂ©es peuvent se reconstituer et les parties les plus anciennes peuvent ĂȘtre colonisĂ©es par les nouvelles facultĂ©s. Les zones du cerveau bougent et Ă©voluent.

Plus les connexions sont pratiquĂ©es avec le corps, associĂ©s au corps, plus les connexions sont fortes. C’est pourquoi, par exemple, la pratique du vĂ©lo ne s’oublie pas alors qu’une langue Ă©trangĂšre apprise peut s’oublier si elle n’est pas pratiquĂ©e.

Par contre, une partie du corps immobilisĂ©e un certain temps doit ĂȘtre rééduquĂ©e. Mais, avec la rééducation, la partie du corps immobilisĂ©e retrouve toute sa fonctionnalitĂ©.

Pour Fabrice Bak, diffĂ©rents facteurs peuvent influencer les apprentissages : la nutrition ; l’exercice physique ; le sommeil ; les Ă©motions ; l’environnement social dont l’école.

Les particularités de chaque hémisphÚre

L’hĂ©misphĂšre droit

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’hĂ©misphĂšre droit est plus utilisĂ© pour les connaissances et les tĂąches non-verbales, les tĂąches spatiales, analogiques, simultanĂ©es et synthĂ©tiques. C’est aussi celui qui est le plus stimulĂ© par les aspects Ă©motionnels et intuitifs, la sensibilitĂ©. Il utilise en prioritĂ© la vue ainsi que la perception et la maĂźtrise de l’espace.

L’hĂ©misphĂšre droit agit en mode binaire – conforme / non conforme ; vrai / faux ; oui / non – comme un ordinateur, avec une rapiditĂ© telle que la conscience n’entre pas en jeu. Il domine le traitement du dessin, de l’image et de la perception, en particulier en trois dimensions.

La grande question de cet hémisphÚre est « comment ? »

Voici les diffĂ©rents modes de traitements qui s’y rattachent :

  • Traitement synthĂ©tique : c’est le contraire du traitement analytique. La synthĂšse regroupe diffĂ©rents Ă©lĂ©ments dans un ensemble.
  • Traitement analogique : c’est traiter les informations et les stimuli par analogie ; faire des rapprochements, Ă©tablir des correspondances par rapport Ă  ce qui est dĂ©jĂ  connu et enregistrĂ©, des associations entre les diffĂ©rentes informations et stimuli. Cette façon de procĂ©der peut entraĂźner de vĂ©ritables arborescences d’information.
  • Traitement simultanĂ© : les informations et les stimuli sont traitĂ©s de maniĂšre globale en privilĂ©giant le sens selon un mode visuo-spatial. Des images mentales apparaissent, se superposent.
  • Traitement intuitif : les informations et les stimuli sont traitĂ©s de maniĂšre intuitive. L’intuitif peut donner un rĂ©sultat exact, parfois trĂšs rapidement, sans pouvoir expliquer son raisonnement.

L’hĂ©misphĂšre gauche

Il est plus utilisĂ© pour les capacitĂ©s analytiques, logiques, rationnelles, dĂ©ductives, verbales et sĂ©quentielles. Il utilise en prioritĂ© l’ouĂŻe ainsi que la perception et la maĂźtrise du temps. Cet hĂ©misphĂšre filtre les Ă©motions et les pulsions.

La grande question de cet hémisphÚre est « pourquoi ? »

Voici les diffĂ©rents modes de traitements qui s’y rattachent :

  • Traitement analytique : c’est le contraire du traitement synthĂ©tique. Les informations et les stimuli sont analysĂ©s en dĂ©composant de maniĂšre mĂ©thodique chaque Ă©lĂ©ment.
  • Traitement sĂ©quentiel : c’est l’analyse des informations et des stimuli les uns Ă  la suite des autres, de maniĂšre linĂ©aire, dans un ordre logique et immuable. Analyse mĂ©thodiquement chaque dĂ©tail indĂ©pendamment du suivant pour en saisir le sens.
  • CapacitĂ© logique : disposition Ă  raisonner juste, avec mĂ©thode et cohĂ©rence.
  • Traitement dĂ©ductif : raisonnement qui va essayer diffĂ©rentes possibilitĂ©s, les unes aprĂšs les autres avant d’en choisir une.

Chaque personne utilise plus ou moins chacun de ses deux hĂ©misphĂšres ou modes de traitements qui s’y rattachent et utilise donc, en prioritĂ©, plutĂŽt des traitements analytique, logique, sĂ©quentiel et/ou dĂ©ductif ou des traitements synthĂ©tique, analogique, simultanĂ© et/ou intuitif par exemple. Lorsque l’on est quelqu’un Ă  dominante cerveau gauche c’est-Ă -dire que l’on utilise en prioritĂ© des traitements analytique, logique, sĂ©quentiel et/ou dĂ©ductif, on aura plus de mal Ă  comprendre des concepts ou Ă  rĂ©aliser des tĂąches qui relĂšvent de l’hĂ©misphĂšre droit du cerveau, c’est-Ă -dire qui font appel Ă  des traitements synthĂ©tique, analogique, simultanĂ© et/ou intuitif, et vice-versa. Mais nous pouvons aussi rencontrer des personnes utilisant principalement un hĂ©misphĂšre du cerveau pour traiter les stimuli extĂ©rieurs, et qui utiliseront ensuite des modes de traitement relatifs Ă  l’autre hĂ©misphĂšre du cerveau. Enfin, il y a aussi des personnes qui sont capables de faire appel Ă  l’un ou l’autre de maniĂšre Ă©gale, sans gĂȘne ou difficultĂ© particuliĂšre, nous dirons comme Jeffrey Freed, qu’elles sont ambidextres du cerveau. Les particularitĂ©s innĂ©es du mode de pensĂ©e, les diffĂ©rentes façons d’utiliser ses hĂ©misphĂšres et de choisir un mode de traitement en prioritĂ© par rapport aux autres, constituent les diffĂ©rentes formes d’intelligences.

La science n’a pas encore vraiment Ă©lucidĂ© le rĂ©el fonctionnement du cerveau, cependant, nous pouvons affirmer que chaque personne, en prĂ©sence de stimuli dĂ©finis, ne fait pas appel aux mĂȘmes formes de traitement. Nous garderons les appellations « hĂ©misphĂšre droit » ou « cerveau droit » et « hĂ©misphĂšre gauche » ou « cerveau gauche » pour faciliter la comprĂ©hension des diffĂ©rentes formes d’intelligence et de fonctionnement en gardant Ă  l’esprit que nul n’est tout l’un ou tout l’autre, mais qu’il y a une infinitĂ© de combinaisons possibles selon le dosage de l’un et de l’autre.

Le plus important est donc :

  • de comprendre que chaque personne utilise certains modes de traitement en prioritĂ©, et qu’en consĂ©quence, tous ne fonctionnent pas de la mĂȘme maniĂšre,
  • de connaĂźtre les genres de traitement auxquels nous avons recours dans l’exĂ©cution des tĂąches, autant nous que nos enfants, afin d’adapter les apprentissages.

En abordant la multiplicitĂ© des formes d’intelligence, on remet en question l’option de « mauvais fonctionnement du cerveau », « manque d’intelligence » pour laisser le champ Ă  la possibilitĂ© d’un « fonctionnement diffĂ©rent » auquel certains apprentissages conviendront et d’autres ne conviendront pas.

Nous n’avons pas tous exactement le mĂȘme cerveau

L’imagerie cĂ©rĂ©brale montre aujourd’hui [2] quelques diffĂ©rences fonctionnelles et morphologiques du cerveau de la personne Ă  ‘’haut potentiel’’ (HP) ou zĂšbre [3] :

  • l’électroencĂ©phalogramme montre une plus grande relation entre les diffĂ©rentes zones du cerveau chez les HP ;
  • l’imagerie fonctionnelle cĂ©rĂ©brale (IRM fonctionnel) montre une plus nette accentuation du fonctionnement de certaines zones du cerveau, principalement les zones frontales et les zones pariĂ©tales, et de maniĂšre bilatĂ©rale chez le HP ;
  • l’IRM morphologique montre que la substance blanche (qui entoure le cerveau et est faite de fibres qui sont des connexions entre les zones du cortex) a une plus riche connectivitĂ© entre les diffĂ©rentes zones du cerveau, tout particuliĂšrement dans la partie qui unit les zones frontales aux zones pariĂ©tales chez le HP.
  • C’est donc une diffĂ©rence morphologique.

Ces différences sont constitutionnelles, elles sont présentes dÚs la naissance et non pas secondaires à un mode de fonctionnement particulier.

Pour Michel Habib, la pensĂ©e en arborescence, censĂ©e qualifier les surdouĂ©s, est battue en brĂšche par le fait que l’IRM fonctionnel montre que c’est seulement certaines zones du cerveau du surdouĂ© qui diffĂšrent de maniĂšre significative au niveau de leur fonction. Il semble Ă©vident pour lui que la pensĂ©e en arborescence est une particularitĂ© fonctionnelle globale du cerveau, ce qui est en contradiction avec l’activitĂ© plus importante des zones frontales et pariĂ©tales qu’il a observĂ©es.

Outre que la pensĂ©e en arborescence n’est pas en contradiction avec le fait d’avoir certaines zones qui s’activent plus, nous observons que :

  • son refus de conserver la pensĂ©e en arborescence comme une particularitĂ© des surdouĂ©s/zĂšbres est en contradiction avec les observations des spĂ©cialistes de la question (Jeanne Siaud-Facchin, Fabrice Bak, 
),
  • sa conclusion n’est qu’une thĂ©orie, c’est son interprĂ©tation,
  • sa conclusion est en totale contradiction avec les tĂ©moignages des surdouĂ©s/zĂšbres eux-mĂȘmes.

Le professeur Michel Habib explique Ă©galement que l’électroencĂ©phalogramme (qui mesure l’activitĂ© Ă©lectrique du cerveau) montre Ă©galement aujourd’hui [4] une diffĂ©rence entre les enfants « prĂ©coces’’ :

  • certains enfants « prĂ©coces’’ ont un fonctionnement homogĂšne entre les deux hĂ©misphĂšres,
  • certains enfants « prĂ©coces’’ ont un fonctionnement hĂ©tĂ©rogĂšne entre les deux hĂ©misphĂšres, ils feraient davantage appel Ă  l’hĂ©misphĂšre droit. Ce sont ces derniers qui sont portĂ©s Ă  avoir des difficultĂ©s d’apprentissage et Ă  devenir dyslexiques, dysphasiques


Ce constat est trĂšs important car il montre bien que les vrais dys peuvent ĂȘtre Ă©galement surdouĂ©s.

Un point commun entre les surdouĂ©s et les TDAH est que le cerveau est en permanence en Ă©bullition Ă  gĂ©rer un grand nombre d’informations puisqu’ils ont aussi tous leurs sens en Ă©veil. La difficultĂ© des TDAH rĂ©side dans le traitement de ces informations qui ne se fait pas de la mĂȘme façon.

Le neurologue Michel Habib a dĂ©couvert [5] que l’aire visuelle de reconnaissance des mots s’active chez les lecteurs ‘’normaux’’ mais pas chez les dyslexiques. Il espĂšre prouver d’ici quelques annĂ©es que cette perturbation cĂ©rĂ©brale est prĂ©natale et non due Ă  la consĂ©quence d’un mauvais apprentissage.

Nous constatons effectivement une certaine hĂ©rĂ©ditĂ© de la dyslexie. En revanche, nous constatons que la mĂ©thode d’apprentissage de Maria Montessori par exemple lorsqu’elle est correctement appliquĂ©e n’engendre pas de dyslexie pour les enfants qui en ont bĂ©nĂ©ficiĂ© petits et qu’elle guĂ©rit les enfants qui sont devenus dyslexiques. Nous verrons que la dyslexie se dĂ©veloppe chez les penseurs en images. C’est la pensĂ©e en images qui est innĂ©e et non la dyslexie. Et la pensĂ©e en images n’est pas une perturbation cĂ©rĂ©brale !

Nous verrons que BĂ©atrice Sauvageot a dĂ©couvert que les dyslexiques n’utilisent pas les mĂȘmes zones du cerveau pour dĂ©chiffrer car ils dĂ©chiffrent les lettres comme un musicien dĂ©chiffre une partition. C’est un mode de fonctionnement diffĂ©rent qui doit ĂȘtre apprĂ©hendĂ© diffĂ©remment.

L’hypersensibilitĂ© du zĂšbre (arborescent, surdoué ) : l’amygdale est une zone du cerveau, en deux parties, situĂ©e de part et d’autre de l’hippocampe, dans le lobe temporal. Les amygdales jouent un rĂŽle fondamental dans le dĂ©codage des Ă©motions. Elles font notamment office de donneurs d’alerte en dĂ©clenchant la peur face Ă  un danger, rĂ©el ou supposĂ©. Elles appartiennent aux structures limbiques impliquĂ©es dans la reconnaissance des Ă©motions, ayant notamment d’Ă©troites connexions avec l’hippocampe, qui joue un rĂŽle dans le stockage de ces derniĂšres. Ainsi, la remĂ©moration d’un souvenir peut-elle provoquer une rĂ©ponse Ă©motionnelle dĂ©clenchĂ©e par l’amygdale.

Jeanne Siaud-Facchin explique [6] qu’il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que le cerveau droit, zone de la pensĂ©e intuitive, et l’amygdale ont une activitĂ© plus intense chez le zĂšbre. L’amygdale, nichĂ©e au fin fond du cerveau archaĂŻque, et dont la fonction est de dĂ©coder les Ă©motions, est beaucoup plus vulnĂ©rable. Le seuil auquel l’amygdale se dĂ©clenche est beaucoup plus bas qu’habituellement chez les autres personnes. La plus petite Ă©motion va dĂ©clencher la rĂ©activitĂ© de l’amygdale et envoyer trĂšs vite des informations au prĂ©frontal qui va transmettre trĂšs vite au pariĂ©tal, puis distribuer Ă  l’ensemble du cerveau
la personne en a plein la tĂȘte et disjoncte.

Le sommeil paradoxal

Jean-Claude Grubar de l’UniversitĂ© de Lille et de Tourcoing, professeur de psychologie expĂ©rimentale, a Ă©tudiĂ© le sommeil paradoxal de l’enfant zĂšbre/HP (2006). Un sommeil normal adulte comporte de 4/5 cycles, de 1 h 30 mn Ă  2 h chacun, et est constituĂ© de 4 stades dont le dernier est appelĂ© sommeil paradoxal (au cours de cette phase, les yeux bougent, le tonus musculaire est aboli, l’activitĂ© cĂ©rĂ©brale est intense). C’est au cours de ce sommeil paradoxal, qui occupe 20% de la durĂ©e totale du sommeil, que les personnes rĂȘvent.

Il y a un parallĂšle entre le taux de sommeil paradoxal et la nĂ©cessitĂ© d’apprentissage (chien 6%, chat 15%, homme 20% – pas chez les oiseaux et les reptiles). Quand on prive un dormeur de sommeil paradoxal, la premiĂšre fonction perturbĂ©e est la mĂ©moire. Quand un animal apprend un nouveau comportement, son pourcentage de sommeil paradoxal augmente. La quantitĂ© de sommeil paradoxal est donc un bon indice de la plasticitĂ© cĂ©rĂ©brale, c’est-Ă -dire de l’aptitude d’un sujet Ă  recueillir et stocker des informations, Ă  rĂ©organiser les connexions entre neurones selon les informations fournies par l’environnement. Chez le nouveau-nĂ©, le sommeil paradoxal reprĂ©sente 50% des 18 Ă  19 h de sommeil quotidien. A 1 an, 25%, Ă  partir de 15 ans 20 % et chez les personnes ĂągĂ©es 16%.

Chez les zĂšbres/HP, il y a 6/7 cycles de sommeil, la durĂ©e d’un cycle de sommeil est plus courte (70mn) et la latence d’apparition de la premiĂšre phase de sommeil paradoxal est plus courte. La durĂ©e totale de sommeil paradoxal chez les HP est donc plus Ă©levĂ©e. Par contre, le rapport des frĂ©quences occulo-motrices est plus Ă©levĂ©, et c’est un bon indice des capacitĂ©s d’un individu Ă  organiser les informations qu’il reçoit. Ils sont capables de recueillir et de stocker plus d’informations qu’un sujet normal et leurs capacitĂ©s d’organisation de ces informations sont plus grandes, ils ont une plasticitĂ© du cerveau plus importante.

A contrario, J.C. Grubar a observĂ© que les dĂ©ficients mentaux avaient une durĂ©e de sommeil paradoxal 2 fois moins importante que celle des ‘’normaux’’, moins de capacitĂ© Ă  stocker des informations et moins d’aptitude Ă  les organiser.

Le cerveau et les apprentissages

Pour Stanislas Deheane [7], qui s’intĂ©resse aux sciences cognitives basĂ©es sur l’imagerie cĂ©rĂ©brale et surtout la psychologie, il est important de ne pas sous-estimer les compĂ©tences du bĂ©bĂ©. DĂšs la naissance, le bĂ©bĂ© continue Ă  mettre en place ses aires cĂ©rĂ©brales et elles fonctionnent trĂšs tĂŽt, d’abord pour comprendre puis pour parler. La comprĂ©hension prĂ©cĂšde la production.

C’est pourquoi, il est primordial de dĂ©velopper tous les sens (vue, ouĂŻe, toucher) du petit enfant afin de crĂ©er des connexions entre ces diffĂ©rents sens, ce qui est fondamental pour les apprentissages futurs.

Les sciences cognitives actuelles dĂ©montrent [8] que le cerveau a besoin d’apprentissages actifs. Pour cela, il a besoin de dĂ©velopper quatre facteurs dĂ©terminants pour la vitesse et la facilitĂ© d’apprentissage qui sont :

  • l’attention : mĂ©canisme qui nous sert Ă  sĂ©lectionner une information et Ă  en moduler le traitement. L’attention empĂȘche de rĂ©aliser deux tĂąches simultanĂ©ment. Lorsque nous sommes engagĂ©s dans une tĂąche donnĂ©e, les stimuli non-pertinents peuvent devenir littĂ©ralement invisibles. S’ils sont visibles, leur traitement est massivement diffĂ©rĂ©. Pour instruire, il faut canaliser et captiver, Ă  chaque instant, l’attention de l’enfant et proposer du matĂ©riel, des supports qui ne distraient pas de la tĂąche primaire. La musique, marcher sur une ligne (Montessori),
 favorisent la concentration.
  • l’engagement actif : les neurosciences ont montrĂ© qu’un organisme passif n’apprend pas. L’apprentissage est optimal lorsque l’enfant peut alterner des pĂ©riodes d’enseignement avec des pĂ©riodes de test immĂ©diats et rĂ©pĂ©tĂ©s de ses connaissances. De plus, cela favorise la mĂ©moire.
  • le retour d’information : il doit ĂȘtre immĂ©diat et est surtout efficace lorsque l’enfant peut observer tout seul le rĂ©sultat. En effet, lorsque l’enfant rĂ©alise une tĂąche, il fait inconsciemment une prĂ©diction sur le rĂ©sultat et si la prĂ©diction s’avĂšre diffĂ©rente du rĂ©sultat, il y a une rĂ©action : il est surpris. L’apprentissage se dĂ©clenche lorsqu’un signal d’erreur montre que la prĂ©diction n’est pas parfaite. L’enfant rĂ©ajuste alors ses connaissances et il est rĂ©compensĂ© en ayant conscience de progresser. Il apprend Ă©galement que l’erreur est normal et mĂȘme indispensable pour apprendre.
  • la consolidation : c’est le transfert de l’explicite vers l’implicite. En dĂ©but d’apprentissage, le cortex prĂ©frontal est fortement mobilisĂ© pour un traitement explicite, conscient et avec effort. Progressivement, l’automatisation transfĂšre les connaissances vers des rĂ©seaux non-conscients et elles deviennent des connaissances implicites et rapides, libĂ©rant les ressources. Par exemple, quand la lecture devient inconsciente, l’enfant peut plus facilement se concentrer sur la comprĂ©hension du texte. Pour la consolidation des apprentissages, le sommeil joue un rĂŽle essentiel. Une pĂ©riode de sommeil, mĂȘme courte, aprĂšs une pĂ©riode d’apprentissage, consolide ces apprentissages (des enfants souffrant de troubles de l’apprentissage peuvent souffrir de troubles du sommeil). C’est pourquoi, Stanislas Deheane prĂ©conise de courtes pĂ©riodes d’apprentissage quotidiennes plutĂŽt que quelques grosses journĂ©es.

Stanislas Deheane recommande un environnement riche pour l’enfant, un enseignement structurĂ© et exigeant tout en Ă©tant accueillant, gĂ©nĂ©reux et tolĂ©rant Ă  l’erreur. Il est trĂšs favorable Ă  un enseignement explicite du code alphabĂ©tique pour la lecture, enseignement systĂ©matique des correspondances graphĂšme – phonĂšme et pour une correspondance spatio-temporelle de gauche Ă  droite.

D’une part, on perçoit dĂ©jĂ  l’importance de crĂ©er de bonnes connexions dĂšs le dĂ©part car des connexions Ă©tablies sur des donnĂ©es erronĂ©es pourraient altĂ©rer des fonctions ultĂ©rieures du cerveau. D’autre part, le cerveau est de plus en plus performant. En effet, plus on fait travailler le cerveau, mĂȘme s’il y a moins de neurones en vieillissant, plus de nouvelles connexions se crĂ©ent et s’ajoutent aux anciennes. Et, c’est l’importance du nombre de connexions stockĂ©es qui rend le cerveau plus performant.

Les différents modes de pensée

Nous allons voir que nous n’avons pas tous le mĂȘme mode de pensĂ©e. En effet, la pensĂ©e peut ĂȘtre linĂ©aire ou arborescente ET en mots ou en images et mots.

Nous verrons également que ces différents modes de pensée engendrent les différents profils spéciaux (précocité, autisme Asperger
) et engendrent certains dysfonctionnements comme la vraie dyslexie, le TDA avec ou sans hyperactivité, la dyspraxie


Catherine Chemin


[1] Conférence de Fabrice Bak :

[2] Professeur Michel Habib, neurologue au CHU de Marseille, confĂ©rence de mai 2011 –

[3] Terme de Jeanne Siaud-Facchin

[4] Expérience réalisée par le docteur Marie-Noëlle Magnier au CHU Pasteur à Nice

[5] http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/04/15/2037…

[6] https://www.youtube.com/watch?v=KJPX0uyhT9A

[7] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au CollÚge de France

[8]

 

Pensée linéaire et pensée arborescente

Sommaire

Introduction

La pensĂ©e arborescente d’aprĂšs Jeanne Siaud-Facchin

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs CĂ©cile Bost Ă  propos des tests de QI

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs Fabrice Bak

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs Christel Petitcollin

Introduction

Les personnes ayant un mode de pensĂ©e linĂ©aire ont une pensĂ©e qui suit la ligne du langage, ils ont une idĂ©e aprĂšs l’autre, les idĂ©es se succĂšdent. Cette pensĂ©e est sĂ©quentielle, procĂšde par Ă©tape, un peu comme une corde Ă  nƓuds : il y a un point de dĂ©part, un dĂ©roulement avec Ă©ventuellement de temps en temps un dĂ©tail qui est analysĂ© plus spĂ©cialement et une arrivĂ©e. Ces personnes ont principalement un, voire deux sens en Ă©veil.

Les personnes ayant un mode de pensĂ©es en arborescence ont tous les sens en Ă©veil mĂȘme si un ou deux sens dominent. Le fait que tous les sens soient en Ă©veil engendre une hypersensibilitĂ©. Plus les sens sont en Ă©veil, plus l’hypersensibilitĂ© est importante. L’hypersensibilitĂ© influe directement sur les apprentissages, sur le profil pĂ©dagogique et sur la personnalitĂ©.

Ceux qui pensent en arborescence ont une pensĂ©e qui s’organise par une multitudes de ramifications. Ils fonctionnent par association d’idĂ©es, par analogies, utilisent des connaissances antĂ©rieures, la pensĂ©e ne s’arrĂȘte pas et créé des nouveaux rĂ©seaux en permanence, c’est un foisonnement infini. D’une idĂ©e de dĂ©part, la pensĂ©e part trĂšs rapidement dans diffĂ©rentes directions qui peuvent se rejoindre par des liens. Les diffĂ©rents rĂ©seaux peuvent s’activer simultanĂ©ment. Ce type de fonctionnement favorise l’émergence de dĂ©couvertes, de crĂ©ativitĂ© dans tous les domaines, car avoir la possibilitĂ© de garder actives plusieurs informations et rĂ©seaux, permet la mise en rapport de tous ces Ă©lĂ©ments et leurs analyses conjointes.

C’est cette forme de pensĂ©e qu’ont les enfants surdouĂ©s, HP, EIP, prĂ©coce
Le terme de prĂ©coce fait supposer une avance qui disparaĂźtrait dans le temps. Or, d’une part le ‘’surdoué’’ ne prend pas forcĂ©ment d’avance, il peut ĂȘtre en Ă©chec, et d’autre part il a surtout un mode de fonctionnement trĂšs diffĂ©rent qui lui façonne une personnalitĂ© vraiment trĂšs particuliĂšre qu’il gardera toute sa vie ! C’est pourquoi nous prĂ©fĂ©rons le terme de ‘’zĂšbre’’ de Jeanne Siaud-Facchin car, finalement, comme les zĂšbres, ils sont tous uniques !

Le mode de fonctionnement diffĂ©rent du zĂšbre rĂ©side dans le fait qu’il conjugue en permanence son hypersensibilitĂ© Ă  son hyperactivitĂ© cĂ©rĂ©brale.

Il est trĂšs difficile pour l’école de s’adapter Ă  ces enfants. D’ailleurs des inspecteurs reconnaissent l’impuissance des enseignants qui n’ont pas reçu de formation spĂ©cifique pour accompagner ces enfants.

Nous pensons qu’il est dĂ©licat de faire tester les enfants qui semblent concernĂ©s car l’aspect Ă©motionnel Ă  une trĂšs grande importance chez eux et est rarement pris en compte. Il faut vraiment trouver un professionnel qui connaisse bien ce profil afin que la personnalitĂ© de l’enfant soit prise en compte dans sa globalitĂ©. Les rĂ©sultats ne sont donc pas forcĂ©ment fiables dans le sens ou beaucoup d’enfants semblent avoir Ă©chouĂ© Ă  ces tests, alors qu’ils ont le profil. Le plus important est la maniĂšre de se servir de son intelligence et de son affect. Un enfant pensant en arborescence et hypersensible est forcĂ©ment ZĂšbre/HP. Le test QI ne peut le dĂ©finir.

Une famille nous dit un jour que son enfant n’était pas ‘’prĂ©coce’’ car il avait eu 129 au test de QI qui requiert 130 pour ĂȘtre considĂ©rĂ© ‘’prĂ©coce’’ ou surdouĂ©. Alors que, en Ă©changeant avec la mĂšre, il Ă©tait Ă©vident que cet enfant avait toutes les caractĂ©ristiques de l’arborescent et Ă©tait hypersensible. L’hypersensibilitĂ© peut faire Ă©chouer aux tests.

Ce qui est primordial, c’est que l’enfant sache en quoi il est diffĂ©rent des autres et qu’il comprenne comment il fonctionne.

Si dans certains cas, on peut parfois parler de haut potentiel, cela ne sous-entend absolument pas qu’il y ait, par consĂ©quent, un sous potentiel. Le fonctionnement en arborescence et par analogie peut engendrer des rĂ©sultats plus performants dans certains domaines : cela leur permet, par exemple, d’analyser une situation beaucoup plus rapidement que la moyenne. Le fonctionnement des arborescents n’a pourtant pas que des cĂŽtĂ©s positifs, loin de lĂ , puisqu’ils vivent sous l’influence de leur hypersensibilitĂ© et de leurs Ă©motions qu’il doivent apprendre Ă  maĂźtriser et qu’ils sont souvent tiraillĂ©s par l’envie de ressembler aux autres…

Ni prĂ©cocitĂ©, ni haut potentiel ne riment avec rĂ©ussite. D’ailleurs, la scolaritĂ© n’est pas toujours facile puisque 1/3 de ces enfants est en Ă©chec scolaire complet, 1/3 s’en sort moyennement ou insuffisamment et 1/3 seulement s’en sort bien Ă  trĂšs bien[4].

Intuitif ou déductif

Selon si l’arborescent est intuitif ou dĂ©ductif, nous n’aurons pas du tout le mĂȘme genre d’enfant.

L’arborescent intuitif trouvera, par exemple, trĂšs rapidement une solution Ă  un problĂšme de mathĂ©matiques mais il sera incapable d’expliquer comment il a trouvĂ© ou cela lui prendra du temps. Il est incapable de restituer le cheminement logique qui l’a conduit au rĂ©sultat. Il devra apprendre Ă  raisonner sur le papier.

L’arborescent dĂ©ductif a l’art et la maniĂšre, face Ă  un problĂšme de mathĂ©matique par exemple, de voir dĂ©filer dans sa tĂȘte toutes les solutions possibles et imaginables, diffĂ©rents chemins plausibles pour aboutir Ă  une trop grande quantitĂ© de mĂ©thodes. Il peut passer du temps, voire beaucoup de temps, Ă  essayer de choisir. Il peut commencer par en adopter une puis changer de mĂ©thode en cours de route. Il peut se mettre Ă  angoisser si le temps lui est comptĂ©. Et au bout du compte, passer pour un enfant trĂšs lent alors qu’il a trop d’idĂ©es et doit apprendre Ă  les maĂźtriser.

 

La pensĂ©e arborescente d’aprĂšs Jeanne Siaud-Facchin

Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, dresse un portrait trĂšs complet de l’enfant Ă  la pensĂ©e arborescente [1] qu’elle nomme ‘’zĂšbre’’.

Pour Jeanne Siaud-Facchin, la pensĂ©e arborescente est une intelligence particuliĂšre, un systĂšme diffĂ©rent qui s’accompagne toujours d’une hypersensibilitĂ©, d’une affectivitĂ© envahissante qui marquent la personnalitĂ©. Ces enfants ressentent trĂšs tĂŽt qu’ils sont diffĂ©rents des autres et, en gĂ©nĂ©ral l’acceptent mal, ils veulent ressembler aux autres. Les autres acceptent mal cette diffĂ©rence et c’est parfois l’origine d’agressivitĂ© voire de violence des autres envers les zĂšbres. Le mode de fonctionnement des arborescents donne une coloration particuliĂšre Ă  leur personnalitĂ© car ils ont Ă©galement un mode de raisonnement diffĂ©rent qui fait que leur intelligence est atypique. « C’est cette particularitĂ© qui rend souvent difficile son adaptation scolaire mais aussi son adaptation social »

Hypersensibilité, hyperesthésie

L’arborescent, de part sa sensibilitĂ© extrĂȘme, perçoit et analyse avec tous ses sens toutes les informations provenant de l’environnement qui l’assaillent en permanence. Il peut ressentir l’état Ă©motionnel des autres et a une capacitĂ© d’empathie naturelle. Ses sens sont tous en Ă©veil, trĂšs supĂ©rieurs et performants, il perçoit avec une acuitĂ© exceptionnelle. Cette exacerbation des sens, l’hyperesthĂ©sie, est liĂ©e Ă  l’hypersensibilitĂ©. L’arborescent hypersensible est capable, par une exploration minutieuse et rapide, de distinguer de nombreux dĂ©tails composant l’environnement, les physionomies, les dĂ©tails vestimentaires
 Ces dĂ©tails Ă©tudiĂ©s peuvent ĂȘtre Ă  l’origine de remarques, commentaires ou comportements de la part de l’arborescent qui peuvent ĂȘtre inexplicables par l’entourage. L’arborescent hypersensible peut enregistrer des sons de diffĂ©rentes provenances simultanĂ©ment, peut Ă©galement sentir des odeurs mĂȘme lĂ©gĂšres et, surtout, peut les identifier, ce qui est habituellement une tĂąche difficile. De mĂȘme, ils ont des capacitĂ©s gustatives, surtout s’ils ont Ă©tĂ© habituĂ©s petits Ă  des saveurs particuliĂšres. L’arborescent hypersensible, en gĂ©nĂ©ral, aime aussi le contact physique, aime toucher les objets.

L’hyperesthĂ©sie « Ă©largit considĂ©rablement la perception qu’a l’enfant surdouĂ© du monde et exalte sa sensibilitĂ©. Il ressent, en qualitĂ© et en quantitĂ©, une multitude de choses imperceptibles Ă  la plupart d’entre nous. De plus, l’information sensorielle est traitĂ©e avec une trĂšs grande rapiditĂ© ».L’hyperesthĂ©sie est aussi Ă  l’origine de comportement plus marquĂ© comme l’enthousiasme, la peur, l’angoisse. Cet emballement Ă©motionnel peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme exagĂ©rĂ©. Le zĂšbre est une vĂ©ritable Ă©ponge Ă©motionnelle, avec des rĂ©actions Ă©pidermiques, une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, c’est un Ă©corchĂ© vif qui vit en Ă©tat d’alerte permanent.

De part ses sens aiguisĂ©s, sa sensibilitĂ© et sa perspicacitĂ© intellectuelle, le zĂšbre est d’une grande luciditĂ© envers son environnement, lui-mĂȘme et les autres. Mais « la luciditĂ© sur les ĂȘtres qui nous entourent est source d’inquiĂ©tude. L’enfant surdouĂ© perçoit la fragilitĂ© des autres, ressent leur souffrance, leurs faiblesses. Quand on est enfant, on a besoin, au contraire, de sentir que les adultes sont solides, qu’ils peuvent nous protĂ©ger, nous rĂ©conforter de nos propres inquiĂ©tudes, nous soulager de nos propres blessures. Comment grandir sereinement lorsque ces adultes censĂ©s ĂȘtre psychologiquement forts sont perçus par l’enfant comme des personnes souvent plus fragiles qu’ils ne le sont eux-mĂȘmes ? Comment se sentir rassurĂ© par des adultes dont on ressent la propre peur ? Comment s’appuyer sur celui dont on a compris la fragilitĂ© ? Par contre, l’enfant surdouĂ© aura un amour, une passion sans borne pour un adulte dont il ressentira la soliditĂ© et la capacitĂ© Ă  surmonter ses faiblesses. Pour lui, cet adulte-lĂ  devient un vĂ©ritable hĂ©ros ». A cause de cela, le zĂšbre cherche constamment Ă  tester les limites des adultes afin de savoir s’il peut compter sur eux.

« L’hypersensibilitĂ© s’observe chez tous les enfants surdouĂ©s. Elle est plus ou moins perceptible selon les amĂ©nagements effectuĂ©s par l’enfant, c’est-Ă -dire selon ses capacitĂ©s Ă  gĂ©rer, Ă©quilibrer, doser cette sensibilitĂ©. L’hypersensibilitĂ© est Ă  la fois un atout, par la finesse perceptive de l’environnement qu’elle permet, mais aussi une source de souffrances et de blessures affectives ». Leur Ă©motivitĂ© est telle qu’il peut mettre en place des stratĂ©gies et des mĂ©canismes de dĂ©fense pour se protĂ©ger. C’est pourquoi le dĂ©veloppement affectif est fragilisĂ© et qu’ils sont vulnĂ©rables psychologiquement. Leur maturitĂ© est Ă©galement diffĂ©rente. Pour Jeanne Siaud-Facchin, il est courant de confondre maturitĂ© et sensibilitĂ©. Le zĂšbre fonctionne avec affectivitĂ©, tout transite par le cƓur. Il peut avoir des rĂ©actions Ă©motionnelles exacerbĂ©es qui peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme de l’immaturitĂ©, ce qui n’est pas le cas. La maturitĂ© n’est pas le refoulement de son affectivitĂ© ! Le zĂšbre est hyper rĂ©ceptif, et il le sera toujours ! Face Ă  tout ce ressenti qu’ils sont seuls Ă  ressentir, les zĂšbres peuvent sembler au mieux ĂȘtre bizarres, au pire ĂȘtre fous. Le doute est toujours prĂ©sent. En outre, « l’enfant consacre une Ă©nergie importante Ă  contrĂŽler ses Ă©motions pour ne pas se laisser envahir ».

« Les particularitĂ©s du fonctionnement affectif de l’enfant surdouĂ© sont Ă  la fois une force et une fragilitĂ© de son dĂ©veloppement psychologique. Ces caractĂ©ristiques sont communes Ă  l’ensemble des enfants surdouĂ©s et constituent des Ă©lĂ©ments de diagnostic. Les singularitĂ©s affectives pĂšsent de façon aussi importante dans la personnalitĂ© de l’enfant surdouĂ© que ses singularitĂ©s intellectuelles ». Ces caractĂ©ristiques affectives – hypersensibilitĂ© Ă©motionnelle, empathie, luciditĂ© – serviront de base Ă  la construction de l’identitĂ© du zĂšbre.

Construction de l’identitĂ©

Pour Jeanne Siaud-Facchin, l’identitĂ© est d’avoir la possibilitĂ© d’ĂȘtre toujours le mĂȘme et Ă  la fois pouvoir Ă©voluer et s’adapter aux diffĂ©rents Ă©vĂ©nements de la vie, ĂȘtre toujours pareil en Ă©tant diffĂ©rent.La construction de l’image de soi passe par la capacitĂ© de se reprĂ©senter ce que l’on est, ce que l’on ressent ĂȘtre. « L’image de soi est la rĂ©sultante de la confrontation entre le sentiment de soi, les attentes du monde extĂ©rieur et les idĂ©aux du moi ».Dans ce cadre, Jeanne Siaud-Facchin insiste sur le fait qu’il est trĂšs important d’adresser le plus souvent possible des messages positifs aux enfants et Ă  quel point il faut ĂȘtre vigilant aux messages nĂ©gatifs qui peuvent s’adresser Ă  l’enfant au lieu de s’adresser Ă  l’acte. PrĂ©fĂ©rez ‘’ce que tu as dit est un mensonge’’ plutĂŽt que ‘’tu es un menteur’’.

« Au contraire, plus un enfant recevra de messages valorisants, plus l’image qu’il se construira de lui-mĂȘme sera stable et solide et plus il sera Ă  mĂȘme d’affronter le monde avec une force tranquille et sereine. Et dans la plus grande humilitĂ© car il n’aura pas besoin de lutter contre les autres pour se sentir exister ».

Enfin, Jeanne Siaud-Facchin affirme qu’une « bonne estime de soi est un facteur essentiel d’équilibre psychologique et un moteur de rĂ©ussite dans la vie. L‘estime de soi comporte une dimension essentielle : la croyance dans la possibilitĂ© d’ĂȘtre aimĂ© ».

Construire son identitĂ©, c’est Ă  la fois se sentir unique et Ă  la fois se sentir partie intĂ©grante d’un groupe. C’est ce qui sera le plus dĂ©licat pour le zĂšbre. Il sera tentant pour lui de renier sa rĂ©elle identitĂ© pour ressembler aux autres, ce qu’elle appelle un faux self qui crĂ©e un conflit interne permanent. L’enfant peut aussi se crĂ©er un faux self pour plaire et rĂ©pondre aux dĂ©sirs de ses parents par exemple.

L’entrĂ©e en maternelle peut ĂȘtre le rĂ©vĂ©lateur du dĂ©calage entre le zĂšbre et son environnement social, d’une part Ă  cause du mode de pensĂ©e des autres si diffĂ©rent du sien et d’autre part de la trop grande diffĂ©rence avec le systĂšme de pensĂ©e scolaire. Tout cela peut engendrer une perte de confiance et d’estime de soi trĂšs forte. Le zĂšbre est partagĂ© entre adopter le systĂšme de pensĂ©e des autres qui semble convenir mais semble moins intĂ©ressant ou garder le sien.

Pour Jeanne Siaud-Facchin, il est impĂ©ratif que le zĂšbres puissent ĂȘtre identifiĂ©s afin de leur expliquer leur fonctionnement et leur permettre d’adopter des stratĂ©gies d’adaptation. Celles-ci doivent ĂȘtre adaptĂ©es Ă  la rĂ©alitĂ© sous peine de devenir excessives et pathologiques. En effet, pour Jeanne Siaud-Facchin, le QI n’est pas une mesure de l’intelligence, mais une Ă©valuation des capacitĂ©s intellectuelles.

Le zĂšbre met en place des mĂ©canismes de dĂ©fense qui sont de trois ordres : la dĂ©fense par la cognition, l’humour et le dĂ©veloppement d’un monde interne hermĂ©tique aux autres.

– La dĂ©fense par la cognition est le fait de faire passer toutes les donnĂ©es Ă©motionnelles par l’intellectuel, la logique, le raisonnement et l’explication rationnelle. Cela a l’avantage de pouvoir « soustraire toute marque affective Ă  une situation, de dĂ©sactiver la charge Ă©motionnelle, de mettre Ă  distance les angoisses ». L’inconvĂ©nient est le repli sur soi, la construction d’une identitĂ© dĂ©saffectivĂ©e. L’enfant peut se rĂ©fugier dans la sphĂšre intellectuelle ou sombrer dans le cynisme.

– L’humour permet de garder Ă  distance l’affectif sans le supprimer mais le zĂšbre ne l’apprĂ©cie pas Ă  son Ă©gard.

– La crĂ©ation d’un monde interne protecteur se fait par le zĂšbre Ă  son image. Il est basĂ© sur la rĂ©alitĂ© mais les rĂšgles et les rapports humains sont Ă©tablis en fonction de ses aspirations. Ce monde est un refuge protecteur qui permet Ă  l’enfant de prendre du recul par rapport aux donnĂ©es Ă©motionnelles qu’il reçoit. Jeanne Siaud-Facchin encourage les parents Ă  respecter le monde de l’enfant car c’est une nĂ©cessitĂ© pour sa vie. Les parents peuvent aider l’enfant en crĂ©ant des ponts entre ses deux mondes et en l’aidant Ă  les faire cohabiter.

Les apports rĂ©cents de la neuropsychologie, des neurosciences et de la neurobiologie du cerveau aident Ă  mieux comprendre les diffĂ©rences de procĂ©dures de raisonnement, comprĂ©hension, mĂ©morisation, construction et Ă©laboration de connaissances. La grande difficultĂ© rĂ©side lĂ  : les diffĂ©rences sont telles qu’elles sont difficilement comprĂ©hensibles pour un ‘’normaux-pensant’’. Une grande difficultĂ© pour tous est de comprendre que nous pensons tous diffĂ©remment. Nous sommes convaincus que les autres pensent comme nous, ce qui peut entraĂźner des problĂšmes de communication et de comprĂ©hension, mĂȘme avec des proches, problĂšmes parfois insurmontables.

Dans certains contexte culturels, familiaux, sociaux comme l’école, il existe un certains nombres de codes implicites que chacun est censĂ© connaĂźtre et respecter. Il est trĂšs difficile pour un arborescent de percevoir ces codes car les siens sont diffĂ©rents. D’oĂč des interprĂ©tations erronĂ©es et une incomprĂ©hension des consignes, ce qui peut ĂȘtre pris pour de l’insolence ou de la provocation par l’enseignant. Il est en effet trĂšs dĂ©routant d’ĂȘtre confrontĂ© Ă  un enfant qui montre souvent des connaissances Ă  l’oral et une certaine aisance dans son savoir, et de le voir dans la confusion ou l’incomprĂ©hension face Ă  un Ă©noncĂ©. Ses codes Ă©tant diffĂ©rents, il interprĂšte l’énoncĂ© avec ses codes et non avec ceux du contexte. Jeanne Siaud-Facchin rapporte cet exemple : « A la question ‘’qu’est-ce qui fait que le fer rouille ?’’, dans un test d’intelligence, une adolescente surdouĂ©e de 13 ans rĂ©pond, perplexe : ‘’Je ne sais pas’’. Pourtant aprĂšs investigation complĂ©mentaire : ‘’Qu’est-ce que c’est que tu ne sais pas ?’’, elle rĂ©pond sereinement : ‘’Je ne connais pas le processus chimique qui permet d’expliquer l’oxydation !’’. La rĂ©ponse ‘’oxydation’’ Ă©tait pour elle une non-rĂ©ponse, c’est-Ă -dire que ce ne pouvait ĂȘtre la rĂ©ponse attendue tellement il s’agissait pour elle d’une Ă©vidence partagĂ©e de tous ».

L’enfant interprĂšte souvent littĂ©ralement le sens des mots et applique Ă  la lettre les consignes. Jeanne Siaud-Facchin nous donne aussi l’exemple d’un enfant de CM2 Ă  qui la maĂźtresse demande de faire un triangle isocĂšle, un carrĂ© et un losange aux dimensions prĂ©cises. L’implicite voulait que les enfants interprĂštent le verbe faire au sens de dessiner. Cet enfant, aprĂšs les avoir dessinĂ©s en respectant les dimensions, les a rendus Ă  la maĂźtresse dĂ©coupĂ©s et reliĂ©s par un trombone. ExcĂ©dĂ©e, celle-ci lui demande comment elle va faire pour les reconnaĂźtre. Il rĂ©pond naĂŻvement : « Alors, toi tu me demandes de faire ces figures et tu ne sais pas les reconnaĂźtre ? ». Imaginez le problĂšme d’incomprĂ©hension avec la maĂźtresse et celui entre celle-ci et les parents qui fonctionneraient comme elle ? Cela peut ĂȘtre une source de conflits inextricables.

La principale prĂ©occupation du zĂšbre est de donner du sens Ă  tout ce qui l’entoure ! Il a une curiositĂ© insatiable et un grand besoin de comprendre le monde et les autres. D’oĂč ses questionnements incessants car l’incertitude l’inquiĂšte et le dĂ©stabilise. Il faut qu’il maĂźtrise sa pensĂ©e qui nĂ©cessite une prĂ©cision absolue. Une grande mission pour les parents peut consister Ă  aider l’enfant Ă  lui faire comprendre que de se tromper, ne pas tout connaĂźtre ou mĂȘme avoir tort n’est pas dramatique pour lui et peut permettre des ouvertures, de voir les choses sous un autre angle. Il faut l’aider Ă  gĂ©rer l’incertitude. Par contre, le zĂšbre dĂ©cortique chaque mot utilisĂ© et veut donner un sens Ă  tout ce qui est dit. Chaque parole, chaque expression utilisĂ©e a forcĂ©ment un sens. Chaque mot employĂ© doit ĂȘtre prĂ©cis, chaque idĂ©e exprimĂ©e doit ĂȘtre claire. Il est donc en permanence en hyper vigilance.

Les apprentissages scolaires

Le zĂšbre a en gĂ©nĂ©ral une facilitĂ© dĂ©concertante avec l’apprentissage des nombres et comprend trĂšs rapidement l’utilitĂ© de leur connaissance. Petit, il aime jongler avec eux et se plait Ă  jouer Ă  les doubler jusqu’à de trĂšs grands nombres. La premiĂšre grande difficultĂ© rĂ©sidera dans l’apprentissage des tables de multiplication, non pas parce qu’il est incapable de les mĂ©moriser mais parce que c’est inutile pour lui car il adopte des stratĂ©gies diffĂ©rentes ultra rapide basĂ©es sur l’addition et la soustraction tout en Ă©tant incapable d’expliquer son raisonnement. Ce procĂ©dĂ© convient dans les classes de primaire et de dĂ©but de collĂšge mais ne convient plus Ă  la fin du collĂšge car l’école lui demande de dĂ©velopper son raisonnement et de justifier ses rĂ©ponses. Il ne sait pas le faire ! Pour le zĂšbre « Les rĂ©sultats apparaissent sur l’écran mental de l’enfant surdouĂ© sans qu’il ait pu prendre conscience du cheminement qui l’a conduit Ă  obtenir cette rĂ©ponse. C’est une fonction Ă©mergente de son systĂšme de pensĂ©e : des associations et des activations de donnĂ©es se sont produites en deçà du seuil de conscience. Le rĂ©sultat est le produit de ce travail ultrarapide et inaccessible Ă  la reprĂ©sentation. De plus, le rĂ©sultat Ă©tant juste, l’enfant ne peut ressentir la nĂ©cessitĂ© de reprendre le processus qui a pu conduire au rĂ©sultat : c’est Ă©vident ! ». Les modalitĂ©s de pensĂ©es standardisĂ©es du systĂšme scolaire ne correspondent pas du tout Ă  ses modalitĂ©s de pensĂ©es Ă  lui. MalgrĂ© cela, il est bon de laisser l’enfant s’approprier les processus d’apprentissage Ă  sa maniĂšre, puis de le questionner trĂšs tĂŽt sur son raisonnement, qu’il prenne conscience de sa maniĂšre de penser puis de dĂ©couvrir comment les autres pensent. Il pourra alors se contraindre Ă  appliquer les rĂšgles imposĂ©es indispensables.

La pensĂ©e en arborescence du zĂšbre favorise l’activation simultanĂ©e de divers rĂ©seaux d’idĂ©es. Toute information est traitĂ©e par associations d’idĂ©es et par analogie. Une autre grande difficultĂ© pour le zĂšbre est l’absence de cadre qui lui permette d’organiser, structurer et exprimer sa pensĂ©e complexe. « La pensĂ©e en rĂ©seaux est Ă  la fois une force et une faiblesse. Elle diffĂšre dans le fond et dans la forme de la pensĂ©e linĂ©aire qui permet une structure logique de la pensĂ©e ».La pensĂ©e arborescente permet donc d’activer simultanĂ©ment plusieurs rĂ©seaux en parallĂšle qui font Ă©merger de nouvelles idĂ©es qui peuvent dĂ©clencher de nouveaux rĂ©seaux et est propice Ă  la crĂ©ativitĂ©. Ces liens peuvent s’associer avec des acquisitions et des connaissances antĂ©rieures, disponibles dans le mĂȘme espace-temps. De par ces associations et connexions multiples qui se confrontent, ce mode de fonctionnement permet l’émergence d’idĂ©es gĂ©niales, de dĂ©couvertes, d’inventions. « Un fonctionnement linĂ©aire de la pensĂ©e, en rĂ©duisant Ă  l’information pertinente chaque Ă©tape de la pensĂ©e est moins propice Ă  la crĂ©ativitĂ© mais beaucoup plus efficace dans un cadre scolaire »La complexitĂ© de la pensĂ©e du zĂšbre rend difficile la sĂ©lection de l’information pertinente. C’est la raison pour laquelle, par exemple, l’enfant aura du mal avec les rĂ©dactions dont le sujet va dĂ©clencher un afflux de donnĂ©es qui l’empĂȘcheront de dĂ©marrer et l’empĂȘcheront de fournir le devoir structurĂ© attendu ou il partira sur une idĂ©e en oubliant le sujet. Pour les adultes linĂ©aires, ce mode de fonctionnement peut ĂȘtre assimilĂ© Ă  un tempĂ©rament rĂȘveur ou a un dĂ©ficit de l’attention. De plus, il « est le principal responsable du manque de structure et d’organisation de la production Ă©crite et de l’éparpillement de la restitution des connaissances Ă  l’écrit comme Ă  l’oral ».

Cette pensĂ©e divergente est crĂ©ative, originale et rarement conforme Ă  ce qui est attendu, dans un contexte scolaire notamment. « La possibilitĂ© d’utiliser sa pensĂ©e divergente est indispensable Ă  l’équilibre de cet enfant dont la pensĂ©e ne peut ĂȘtre constamment verrouillĂ©e par l’impĂ©rialisme du cerveau gauche. Brimer cette spĂ©cificitĂ© de son fonctionnement cognitif peut rĂ©trĂ©cir considĂ©rablement son espace de pensĂ©e et sa possibilitĂ© d’expression intellectuelle ».La pensĂ©e arborescente est une composante gĂ©nĂ©tique qui peut ĂȘtre optimisĂ©e et devenir performante comme n’importe quelle disposition mais elle ne pourra s’affirmer si elle n’est pas exploitĂ©e. Ce mode de fonctionnement ne peut pas s’acquĂ©rir. On l’a de naissance pour toute la vie ou on ne l’a pas.

La dimension Ă©motionnelle est une dimension essentielle chez les arborescents et l’affectif est prĂ©sent Ă  chaque instant. Par exemple, un zĂšbre sera influencĂ© par son lien affectif avec les professeurs. Un affectif positif entraĂźnera de bons rĂ©sultats, un affectif nĂ©gatif, de mauvais. D’oĂč des rĂ©sultats trĂšs fluctuants d’une annĂ©e sur l’autre pour une mĂȘme matiĂšre.

Comment doit faire un zĂšbre pour rĂ©ussir Ă  l’école ? Une surdouĂ©e livre ses clefs de la rĂ©ussite : Ă©couter en cours ; participer ; prendre du plaisir Ă  faire marcher sa pensĂ©e ; accepter les rĂšgles de restitution scolaire (façon de faire demandĂ©e par l’école et qui permettra d’avoir une bonne note). Mais force est de constater que beaucoup de zĂšbres n’arrivent pas Ă  s’adapter, ils dĂ©laissent le plaisir d’activer leur intelligence, pour mĂȘme sombrer dans la phobie scolaire. Ils se sabordent pour ĂȘtre comme les autres, ĂȘtre intĂ©grĂ©s au groupe. Pour Jeanne Siaud-Facchin, c’est un peu Ă  cause de l’école car elle est censĂ©e tenir compte des diffĂ©rences. Or, il n’y a pas toujours l’effort nĂ©cessaire d’admettre qu’ils sont diffĂ©rents dans leur intelligence et non pas plus intelligent, le manque de travail et d’effort sont souvent considĂ©rĂ©s comme responsables de l’échec, l’enseignement n’est pas remis en question. Mais ce n’est pas toujours Ă  cause des enseignants qui ne sont pas formĂ©s pour cela et il est difficile de savoir comment s’y prendre avec ces enfants car il y a encore trop peu d’études Ă  ce sujet.

« Or, dans nos sociĂ©tĂ©s, l’école et son systĂšme restent des parcours incontournables pour atteindre le pallier supĂ©rieur qui permettra de choisir la voie convenant Ă  l’enfant et dans laquelle il pourra exprimer son intelligence dans toute sa richesse, sa crĂ©ativitĂ© et sa singularitĂ©. Ce n’est qu’aprĂšs ce parcours pĂ©rilleux que l’intelligence pourra se dĂ©brider et que le plaisir d’exploiter ses ressources intellectuelles pourra atteindre son plein Ă©panouissement. C’est Ă©galement Ă  ce prix que l’adulte surdouĂ© pourra trouver l’accomplissement dans son activitĂ© professionnelle et la satisfaction d’avoir rĂ©ussi sa vie. L’adulte surdouĂ© Ă  la scolaritĂ© tumultueuse ressent toujours une amertume de n’avoir pu utiliser son intelligence dans la rĂ©alisation d’un projet professionnel et garde au fond de lui une souffrance profonde d’avoir ‘’tué’’ une partie de lui-mĂȘme ».Il faut faire comprendre Ă  l’enfant qu’il pense diffĂ©remment, qu’il a le droit de penser diffĂ©remment, que l’on accepte ce fait mais que le systĂšme scolaire est diffĂ©rent, et que c’est un passage obligatoire pour parvenir aux stades supĂ©rieurs et qu’il pourra utiliser son propre systĂšme plus tard Ă  travers son activitĂ© professionnelle.

Jeanne Siaud-Facchin ne pense pas que l’IEF soit une bonne solution pour les zĂšbres et pense que l’école est incontournable. A CISE, nous sommes convaincus que l’IEF est une solution, nĂ©anmoins l’adaptation aux codes scolaires reste incontournable pour l’obtention des diplĂŽmes. Mais, ceux-ci ne sont pas forcĂ©ment incontournables, loin s’en faut, tout dĂ©pendra du projet professionnel de l’enfant.

Nous pensons Ă©galement que, pour certains enfants, essayer de se fondre dans le moule de l’EN reviendrait vraiment Ă  Ă©touffer leur rĂ©elle personnalitĂ©. Tous ne sont pas capables de se prendre au jeu sans se renier.

Il ne s’agit pas pour l’enfant de se renier, mais de se prendre au jeu de dĂ©coder les demandes scolaires d’un systĂšme conçu pour le plus grand nombre dans le but d’avoir de bonnes notes et de ‘’rĂ©ussir’’. Jeanne Siaud-Facchin imagine une Ă©cole ou le partage des modes de pensĂ©es serait de mise : les zĂšbres feraient l’effort de comprendre le mode de fonctionnement qui convient au plus grand nombre et ils pourraient expliquer aux autres leur mode de fonctionnement pour un enrichissement mutuel et une ouverture Ă  la diversitĂ©.

Tout cela empĂȘchera rarement l’ennui de s’installer ! L’ennui est le dĂ©sƓuvrement, le manque d’intĂ©rĂȘt d’une chose. Il ne s’agit pas lĂ  de manque d’intĂ©rĂȘt sur ce qui est enseignĂ© mais de la façon dont cela est enseignĂ© : la rĂ©pĂ©tition, le rythme des leçons, la simplification des contenus, le dĂ©coupage en petites unitĂ©s d’apprentissage (contraire Ă  sa vision globale : il vaut mieux prĂ©senter toute une leçon dans sa globalitĂ© ou un chapitre quitte Ă  revenir sur des dĂ©tails), l’obligation de rester dans le cadre d’apprentissage imposĂ©, l’impossibilitĂ© d’intĂ©grer des connaissances hors programmes
 Tout Ă  l’école est fait pour que les apprentissages soient simplifiĂ©s, mis Ă  la portĂ©e du plus grand nombre . « les apprentissages sont prĂ©digĂ©rĂ©s afin d’ĂȘtre bien intĂ©grĂ©s ».

Or, c’est exactement ce qui ne convient pas aux zĂšbres qui sont attirĂ©s par la complexitĂ© ! La simplification n’éveille aucune curiositĂ©, aucune stimulation, aucune motivation : il n’accroche pas ? Il dĂ©croche. Cela produit de l’agitation, du bavardage, des troubles du comportement et aussi une forme d’agressivitĂ©. Celle-ci nait de la frustration de ne pas pouvoir utiliser son intelligence, ses compĂ©tences.

Le zĂšbre a besoin de complexitĂ© pour ĂȘtre motivĂ©, se concentrer et s’impliquer « plus c’est difficile, plus on cherche, mieux c’est ! ».

Jeanne Siaud-Facchin raconte que quelques enseignants audacieux prĂ©sentent Ă  des 6Ăšme les devoirs du brevet des collĂšges afin d’amener les enfants Ă  se demander de quels outils, quelles compĂ©tences et quelles connaissances ils ont besoin pour rĂ©soudre ces problĂšmes. L’enfant va ainsi redescendre les marches des difficultĂ©s jusqu’à leur niveau de connaissance et il aura envie de surmonter ces difficultĂ©s.

L’instructeur peut proposer un problĂšme Ă  l’enfant et ouvrir le dialogue par des questions comme « Tu sais comment il faut faire toi ? », « Tu as une idĂ©e ? ». Si l’enfant retourne les questions vers l’adulte « comment je pourrais faire ? » « Tu sais le faire toi ? », celui-ci peut devenir un partenaire et on cherche ensemble. Jeanne Siaud-Facchin recommande ce mode de fonctionnement pour la maison : ne pas hĂ©siter Ă  dire si on ne sait pas, c’est un challenge trĂšs motivant pour l’enfant que de trouver ensemble. Elle prĂ©conise Ă©galement de replacer les notions dans leur contexte et de crĂ©er des ponts entre les matiĂšres. A Ă©viter avec un zĂšbre : donner une rĂ©ponse floue, dire « parce que c’est comme ça ».

En fait, c’est exactement ce qui se produit bien souvent en IEF ! Les parents ne maĂźtrisent pas toutes les notions ou sont limitĂ©s dans un certain domaine que l’enfant veut approfondir, alors on cherche ensemble. L’enfant apprend ainsi Ă  chercher et cela contribue Ă  donner du sens, donnĂ©e indispensable pour ces enfants car il ne peut se conformer que s’il comprend Ă  quoi ça sert.

Jeanne Siaud-Facchin constate que souvent le zĂšbre cumule des problĂšmes d’écriture, de dyslexie et d’orthographe. Les problĂšmes d’écriture peuvent ĂȘtre dus au dĂ©calage entre le dĂ©veloppement du langage et le dĂ©veloppement psychomoteur, au dĂ©calage temporel entre la rapiditĂ© de la pensĂ©e et le geste graphique ou aux attentes de l’école trop exigeantes pour leur rĂ©elles capacitĂ©s (attention tout de mĂȘme aux troubles visuospatial et/ou visuoconstructif possibles !). Mais, l’écriture est pour certains un vĂ©ritable plaisir, plaisir de communiquer leur pensĂ©e Ă  travers poĂšmes, rĂ©cits, nouvelles
 La dyslexie et la dysorthographie sont souvent liĂ©es chez le zĂšbre qui, au cours d’une dictĂ©e par exemple, voit les mots dans sa tĂȘte mais
 en images !

Le plus important avec le zĂšbre est qu’il soit motivĂ© ! La motivation s‘active avec un projet clair, un but prĂ©cis et elle correspond Ă  un projet personnel. La motivation dĂ©clenche les actions nĂ©cessaires pour arriver au but fixĂ© et engendre l’effort indispensable Ă  la rĂ©ussite. La motivation peut ĂȘtre extrinsĂšque, ce que l’enfant va obtenir vis-Ă -vis des autres, ou intrinsĂšque, ce que l’enfant va Ă©prouver comme plaisir, satisfaction. Pour l’instruction, c’est la motivation intrinsĂšque qui est de loin la plus efficace et qui ouvre la porte Ă  l’autonomie.

Pour qu’il y ait motivation, il faut que l’enfant soit reconnu dans ses compĂ©tences, qu’il rĂ©ussisse d’abord dans ses compĂ©tences et qu’il soit beaucoup encouragĂ© et fĂ©licitĂ© !« Plus vous manifestez votre plaisir de le voir rĂ©ussir, plus il a envie de renouveler son exploit. Une autre rĂ©ussite s’enchaĂźnera sur celle-ci si elle a Ă©tĂ© suffisamment valorisĂ©e. En revanche, minimisez les Ă©checs : la valorisation de la rĂ©ussite est beaucoup plus efficace que la sanction des Ă©checs ».Un zĂšbre est peu sensible Ă  la punition mais hyper rĂ©ceptif Ă  la gratification.

Toutes ces difficultĂ©s peuvent entraĂźner une dĂ©motivation qui fait assimiler le zĂšbre au trouble de l’attention (c’est parfois possible). Pour les enfants porteurs du trouble de l’attention, celui-ci est prĂ©sent en permanence pour tout ce que cet enfant essaiera de faire, mĂȘme pour des tĂąches qui l’intĂ©ressent. Pour le zĂšbre, ce sera peut ĂȘtre une dĂ©motivation pour certaines tĂąches avant mĂȘme de les commencer mais il peut ĂȘtre hyperconcentrĂ© pour des tĂąches dont il est passionnĂ©.

Le zĂšbre est, de par son fonctionnement, suractif en gĂ©nĂ©ral, mĂȘme lorsqu’il Ă©coute quelqu’un ou quelque chose. Il peut dessiner, Ă©couter de la musique, 
 tout en Ă©coutant ou en travaillant, il peut sauter sur son lit tout en rĂ©citant sa leçon. Il a besoin de faire plusieurs choses Ă  la fois, de mobiliser son attention sur plusieurs canaux, certains ne seront pas nĂ©cessaires et un le sera pour la tĂąche Ă  accomplir. C’est comme ça ! Si l’ambiance, comme Ă  l’école par exemple, ne lui permet pas d’avoir des canaux non nĂ©cessaires d’ouverts, il ne pourra pas Ă©couter, ĂȘtre attentif et il partira dans ses rĂȘves.

Pour la concentration du zĂšbre, il y a une autre composante essentielle : c’est la dimension affective. En effet, il peut se montrer attentif et concentrĂ© envers quelqu’un pour qui il a de l’estime et est capable de rester tranquille, sans rien faire, pour faire plaisir Ă  cette personne.Ces enfants sont peu touchĂ©s par la crainte de l’autoritĂ© ou de la sanction mais sont touchĂ©s par le renforcement positif.

Toutes ces diffĂ©rences ont besoin d’un enseignement diffĂ©rent.« Adapter une pĂ©dagogie aux enfants surdouĂ©s signifie replacer la dynamique de l’apprentissage au centre du problĂšme. C’est par rapport aux modalitĂ©s d’apprentissage que l’élĂšve surdouĂ© rencontre les plus grandes difficultĂ©s. Il est curieux et motivĂ© par les nouvelles connaissances. Il peut ĂȘtre passionnĂ© et impatient d’apprendre. Mais pas sous la forme proposĂ©e par l’école. Parce que ces modalitĂ©s sont trop diffĂ©rentes et Ă©loignĂ©es de sa façon d’apprendre. Il a besoin de modalitĂ©s d’apprentissage adaptĂ©es Ă  son fonctionnement pour investir l’apprentissage et s’approprier les connaissances. Sinon, le plus souvent, il n’y arrive pas. C’est le paradoxe fondamental ».

[1]Dans son livre L’enfant surdouĂ©. Livre trĂšs complet sur les diffĂ©rents aspects de cette personnalitĂ© particuliĂšre

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs CĂ©cile Bost Ă  propos des tests de QI

A propos des Tests de QI


C’est un sujet qui revient rĂ©guliĂšrement sur les listes
 Devant le comportement de leur enfant, le dĂ©calage qui peut ĂȘtre observĂ© par rapport Ă  ses pairs, des parents se demandent parfois : et s’il Ă©tait prĂ©coce ? Faut-il que nous le fassions tester ?

Tout d’abord, nous l’avons dĂ©jĂ  dit, le terme de prĂ©coce n’est pas appropriĂ© puisqu’il induit que l’enfant a de l’avance Ă  un moment donnĂ© et que cette avance disparaĂźtra au fil des annĂ©es. Personnellement, j’aime bien le terme de ‘zĂšbre’’ de Jeanne Siaud-Facchin puisqu’a priori les zĂšbres se ressemblent mais aucun n’est identique. Un zĂšbre a donc une intelligence diffĂ©rente qu’il gardera toute sa vie et qui en fait un ĂȘtre diffĂ©rent.

Mais qu’est-ce que l’intelligence ? Pour Confucius : « Savoir que l’on sait ce que l’on sait, et savoir que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas : voilĂ  la vĂ©ritable intelligence ». D’aprĂšs le dictionnaire Larousse.fr, l’intelligence est : « L’ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle ; l’aptitude d’un ĂȘtre humain Ă  s’adapter Ă  une situation ; Ă  choisir des moyens d’action en fonction des circonstances, ĂȘtre considĂ©rĂ© dans ses aptitudes intellectuelles en tant qu’ĂȘtre pensant ; manifester dans un domaine donnĂ© un souci de comprendre, de rĂ©flĂ©chir, de connaĂźtre et d’adapter facilement son comportement Ă  ces finalitĂ©s ; la capacitĂ© de saisir une chose par la pensĂ©e ».

fr.wiktionary.org propose cette Ă©tymologie : « empruntĂ© au latin intelligentia, « facultĂ© de percevoir, comprĂ©hension, intelligence », dĂ©rivĂ© de intellegere « discerner, saisir, comprendre », composĂ© du prĂ©fixe inter « entre » et du verbe legere « cueillir, choisir, lire ». Étymologiquement, l’intelligence consiste Ă  faire un choix, une sĂ©lection ». Comme CĂ©cile Bost le note dans son livre DiffĂ©rence et souffrance de l’adulte surdouĂ©, l’intelligence n’est pas seulement la facultĂ© de comprendre mais aussi et d’abord de discerner et de saisir tout ce qui nous entoure.

Sachant que les deux grandes particularitĂ©s du zĂšbre sont la pensĂ©e en arborescence et l’hyperesthĂ©sie, soit une trĂšs grande perception sensorielle puisque le zĂšbre a ses cinq sens constamment en Ă©veil contrairement aux linĂ©aires qui n’en ont que un ou deux, est-ce que les tests de QI qui existent aujourd’hui sont capables de les identifier ? Regardons de plus prĂšs l’historique de ces tests grĂące Ă  CĂ©cile Bost qui a laissĂ© la parole sur son site Ă  StĂ©phanie Aubertin, neuropsychologue chez I-Cog, une structure aixoise qui s’occupe du handicap cognitif.

Histoire des tests du QI et des notions d’intelligence

1904 – Les tests d’intelligence ont Ă©tĂ© inventĂ©s en France par Alfred Binet afin d’aider le ministĂšre de l’Education qui souhaitait dĂ©pister les enfants dĂ©ficients afin de les prendre en charge. A l’époque, le contexte Ă©conomique Ă©tant Ă  l’utilisation grandissante de machines, c’est l’intelligence logico-mathĂ©matique qui a servi de rĂ©fĂ©rence car elle Ă©tait adaptĂ©e Ă  cette demande. Il faut savoir qu’à l’époque, l’utilisation de cette forme d’intelligence n’était pas un choix car tout le monde croyait en une seule forme d’intelligence. Ce qui a Ă©tĂ© dĂ©terminant dans le choix du contenu des tests a donc Ă©tĂ© le contexte Ă©conomique. Binet a donc lancĂ© l’idĂ©e d’ñge mental.

1912 – Stern propose de pondĂ©rer l’ñge mental sur l’ñge chronologique de l’enfant. C’est ainsi que le Quotient Intellectuel est nĂ©.

1931 – Thurstone lance l’idĂ©e de sept facteurs indĂ©pendants : verbal, numĂ©rique, spatial, mĂ©moire, induction, dĂ©duction et fluiditĂ© verbale. Il appela ces facteurs des aptitudes primaires.

1983 / 1996 – Howard Gardner dĂ©veloppe une forme pluraliste de l’intelligence en partant du principe qu’il existe des crĂ©ateurs gĂ©niaux mais dans un seul domaine, qu’il existe des “idiots savants” ou “autistes gĂ©niaux” qui possĂšdent des capacitĂ©s intellectuelles mĂ©diocres par ailleurs, et que des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales prĂ©cises n’affectent que l’intelligence d’un domaine prĂ©cis. Il identifie alors huit formes d’intelligence : verbale-linguistique, logico-mathĂ©matique, visuelle-spatiale, corporelle-kinesthĂ©sique, musicale-rythmique, interpersonnelle et intra-personnelle puis plus tard naturaliste.

1985 / 2003 – Sternberg Ă©labore une thĂ©orie triarchique de l’intelligence en travaillant sur la notion d’intelligence et sur son Ă©valuation. Ces trois formes d’intelligence sont l’intelligence analytique relative au fonctionnement des composantes du traitement de l’information, l’intelligence pratique relative Ă  l’application pratique et concrĂšte des composantes de l’aspect interne Ă  un contexte environnemental donnĂ© et l’intelligence crĂ©ative relative Ă  l’aspect expĂ©rientiel. Ces 3 formes d’intelligence sont prĂ©sentes chez tous mais gĂ©nĂ©ralement il y en a une de plus prĂ©gnante. Pour CĂ©cile Bost , cette thĂ©orie est complĂ©mentaire de celle d’Howard Gardner.

Nous pouvons constater que la ou les notions d’intelligence ont Ă©voluĂ© et qu’elles continueront certainement Ă  Ă©voluer encore avec les progrĂšs scientifiques d’imagerie ou autres. CĂ©cile Bost, auteure de DiffĂ©rence et souffrance de l’adulte surdoué , affirme : « Avant tout, il faut savoir qu’il n’existe pas de consensus sur ce qu’est l’intelligence, et par consĂ©quent, pas de consensus sur la mesure de celle-ci. Il en rĂ©sulte qu’il existe plusieurs thĂ©ories de l’intelligence. Cependant, s’il n’existe pas de consensus sur une dĂ©finition exacte de l’intelligence, les chercheurs admettent tout de mĂȘme ce point : l’intelligence est ce qui nous permet de nous adapter Ă  notre environnement ». En consĂ©quence, je pense qu’il est difficile de considĂ©rer que les tests sont rĂ©ellement objectifs. C’est pourquoi d’ailleurs les psychologues qui connaissent bien le sujet ne se servent des tests de QI que comme un outil parmi beaucoup d’autres. Les tests de QI ne peuvent Ă  eux seuls dĂ©terminer si une personne est zĂšbre ou non, ils peuvent seulement ‘’aider à’’.

Pour CĂ©cile Bost « le surdon ne se rĂ©sume pas Ă  une ‘’note’’ Ă  un test de QI. Le surdon doit Ă©galement prendre en compte l’intelligence Ă©motionnelle (QE) et l’intelligence relationnelle / sociale (QS). Sur son site [1], CĂ©cile Bost dit avoir entendu au cours d’une Ă©mission sur TĂ©lĂ©matin que les tests de QI sont biaisĂ©s et ne prennent pas en compte les difficultĂ©s de ceux qui les passent ! « Certaines recherches remettent en cause l’efficacitĂ© des tests de QI ». Elle cite Ă©galement le site du RĂ©seau National des Psychologues qui Ă©crivait en 2005 que les demandes de test de QI « s’appuient le plus souvent sur une conception rĂ©ductrice et dĂ©passĂ©e de l’intelligence, considĂ©rĂ©e comme unidimensionnelle, statique et facilement mesurable. Avec parallĂšlement l’idĂ©e fausse que cette ‘’intelligence’’ est seule dĂ©terminante dans les difficultĂ©s qu’un enfant peut prĂ©senter Ă  un moment de son histoire ». Elle cite Ă©galement le psychiatre et psychothĂ©rapeute suisse Pierre-Alain Matile : « Le diagnostic de HP reposait jusqu’ici sur une approche quantitative par les seuls tests de QI. Un rĂ©sultat de QI supĂ©rieur Ă  130, voire parfois 125, suffisait Ă  Ă©tablir le haut potentiel. L’inconvĂ©nient qui en dĂ©coule : ce n’est pas le QI qui fait le haut potentiel, il s’agit en fait d’un symptĂŽme, sans plus. De plus, il existe mille et une façons d’échouer Ă  un test de QI et de se voir ainsi renvoyer dans ses foyers avec un pĂ©remptoire ‘’cherchez ailleurs !!!’’ ».

Bien choisir le professionnel

Personnellement, j’ai plusieurs fois Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  des situations oĂč des psychologues n’avaient pas reconnu le surdouement d’un enfant car il avait Ă©chouĂ© aux fameux tests. Je pense Ă  une maman que j’ai eue au tĂ©lĂ©phone un jour et qui avait un petit garçon malheureux Ă  l’école. Je l’ai Ă©coutĂ©e longuement me parler des difficultĂ©s auxquelles son fils Ă©tait confrontĂ©. Plus les exemples s’ajoutaient, plus je me disais que ce petit devait ĂȘtre un zĂšbre. Au bout d’un certain temps, je me risquais Ă  lui demander si elle avait dĂ©jĂ  pensĂ© au surdouement. Elle me dit que oui, qu’elle s’était posĂ© la question avec son mari et qu’ils avaient consultĂ© dans ce sens. Son fils avait passĂ© les tests de QI mais le psychologue de service, peut-ĂȘtre bien intentionnĂ© mais incompĂ©tent en la matiĂšre, avait annoncĂ© que le garçon ne pouvait pas ĂȘtre prĂ©coce car il n’avait eu que 129 de rĂ©sultat !!!! Eh oui, il faut 130 pour ĂȘtre surdouĂ© ! Voyez-vous l’absurditĂ© de la chose ? J’ai alors posĂ© quelques questions Ă  la maman afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant. Toutes les caractĂ©ristiques Ă©taient bien prĂ©sentes. J’ai donc conseillĂ© Ă  la maman de consulter un autre professionnel vraiment compĂ©tent dans ce domaine et surtout de lire quelques ouvrages dont je lui ai donnĂ© les rĂ©fĂ©rences afin qu’elle se fasse elle-mĂȘme son opinion car elle seule pouvait voir son garçon dans sa globalitĂ©. Je pense aussi Ă  une amie dont il Ă©tait Ă©vident pour moi que son fils Ă©tait un zĂšbre mais le diagnostic posĂ© par un premier psychologue clinicien n’a pas rĂ©vĂ©lĂ© son profil. Je me suis permise d’insister, de lui faire lire des articles. Finalement, elle s’est dĂ©cidĂ©e Ă  consulter un autre spĂ©cialiste qui a bien rĂ©vĂ©lĂ© le surdouement de l’enfant.

Il est donc important de bien se renseigner sur la maniĂšre dont les recherches sont effectuĂ©es et de s’assurer que la personnalitĂ© de l’enfant est bien prise dans sa globalitĂ©.

En effet, en France, c’est gĂ©nĂ©ralement l’unique base de l’intelligence qui est utilisĂ©e. En 2000, dans une revue de la littĂ©rature, Ziegler et Raul ont relevĂ© 5 domaines d’identification utilisĂ©s par les recherches aux Etats-Unis : l’intelligence ; les performances extrĂȘmes (rĂ©compenses scolaires, profes- sionnelles et sportives, honneurs et rĂ©compenses par les pairs, les collĂšgues
 ) ; la crĂ©ativitĂ© (capacitĂ© Ă  rĂ©aliser des productions originales et adaptĂ©es aux contraintes d’une situation, d’une tĂąche ou d’un problĂšme) ; la personnalitĂ© (inhibition intellectuelle, dĂ©ficit d’estime de soi, phobie, trouble cognitif ) et les intĂ©rĂȘts et les valeurs.

Pour identifier les zĂšbres, Ziegler et Raul ont Ă©galement rĂ©pertoriĂ© 6 types d’outils d’évaluation utilisĂ©s par les chercheurs : Ă©preuves standardisĂ©es, entretien clinique, questionnaires (ou check lists), Ă©chelles d’évaluation, productions personnelles, observation du comportement.

La France utilise les Ă©preuves standardisĂ©es comme les Ă©chelles de Wechsler (WPPSI, WISC et WAIS selon l’ñge). Certains psychologues utilisent Ă©galement le K-ABC qui s’attache Ă  identifier chez les enfants le processus mental privilĂ©giĂ© (sĂ©quentiel vs simultanĂ©), les Matrices progressives de Raven qui mesurent l’intelligence fluide (le raisonnement) ou encore l’Echelle de dĂ©veloppement de la pensĂ©e logique (EPL).Il faut citer Ă©galement les Tests de PensĂ©e CrĂ©ative de Torrance qui Ă©valuent la capacitĂ© Ă  trouver des idĂ©es originales et qui concernent donc le versant CrĂ©ativitĂ© de l’identification du HP. L’entretien clinique est trĂšs peu utilisĂ©. Pour les Ă©chelles, il n’y a guĂšre que l’inventaire d’identification de Terrassier qui existe, alors qu’aux Etats-Unis, il en existe plusieurs. De plus, l’Inventaire de Terrassier n’a jamais fait l’objet d’une validation empirique. StĂ©phanie Aubertin rappelle que la motivation joue un rĂŽle primordial chez les enfants. En effet, un adulte passe en gĂ©nĂ©ral les tests Ă  sa demande, alors que ce n’est pas forcĂ©ment le cas d’un enfant qui ne donnera donc pas le meilleur de lui-mĂȘme et ses performances ne reflĂ©teront pas la rĂ©alitĂ©.

Elle explique aussi que pour l’enfant, il faut qu’il soit attentif aux consignes. « Dans le milieu scolaire, les enfants ont souvent une mauvaise note non pas parce qu’ils n’ont pas compris la leçon, mais parce qu’ils n’ont pas compris la consigne. De mĂȘme, lors d’un test de QI, un sujet peut ne pas apprĂ©hender correctement ce qu’on lui demande, et il n’osera pas demander de reformuler. Croyez-moi, cela arrive souvent ! ». L’enfant « peut aussi ne pas prendre en compte l’intĂ©gralitĂ© de ce qu’implique la tĂąche : je pense ici Ă  tous les subtests chronomĂ©trĂ©s oĂč certains sujets n’ont pas intĂ©grĂ© qu’il fallait aller vite, et prennent leur temps ; ils perdent ainsi des points ».

Finalement, les tests de QI sont-ils utiles ?

Tous ceux qui sont concernĂ©s conviendront que c’est Ă©puisant pour un zĂšbre d’essayer de comprendre pourquoi il y a un dĂ©calage permanent avec la majoritĂ© des autres. Il y a Ă  la fois un dĂ©sir de vouloir ressembler Ă  la majoritĂ©, le zĂšbre s’épuise alors Ă  essayer de comprendre comment fonctionnent les autres, et Ă  la fois l’impossibilitĂ© d’y arriver, la sensation d’ĂȘtre toujours Ă  cĂŽtĂ© de la plaque.

Je ne pense pas que ce soit la volontĂ© d’avoir un QI supĂ©rieur reconnu mais surtout la volontĂ© de comprendre comment fonctionne le zĂšbre et de pouvoir se situer par rapport aux autres. CĂ©cile Bost le rĂ©sume trĂšs bien dans un de ses articles Ă  propos des zĂšbres qui ‘’ratent’’ leurs tests : « J’ai reçu des tĂ©moignages poignants de personnes particuliĂšrement malheureuses de ce rĂ©sultat. Ce n’est pas en soi le fait d’ĂȘtre classĂ© ‘’surdoué’’ qui les intĂ©resse. C’est le fait de pouvoir valider que les souffrances ressenties correspondent bien Ă  un Ă©tat de fait et qu’elles peuvent se fonder sur quelque chose de patent pour pouvoir (enfin !) trouver une issue Ă  une partie de leurs difficultĂ©s. »

Pour conclure, je dirai que les tests ne sont pas forcĂ©ment utiles, tout dĂ©pend de la situation de l’enfant et de la nĂ©cessitĂ© ou non d’obtenir un certificat. En revanche, pour moi, il est primordial de tout mettre en Ɠuvre afin de permettre Ă  l’enfant de comprendre ce fonctionnement diffĂ©rent qu’est celui du zĂšbre et qu’il puisse se construire sereinement. Il faut valoriser ce qu’ils sont et leurs capacitĂ©s. Vous me direz, cela est valable pour tous les enfants ! Eh bien oui, Ă©videmment mais pour les zĂšbres c’est encore plus important car tout est ‘’plus’’ et ‘’trop’’ chez eux.

Catherine Chemin

[1] http://www.talentdifferent.com

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs Fabrice Bak

Fabrice Bak est psychologue cognitiviste, spĂ©cialiste du dĂ©veloppement de la pensĂ©e de l’enfant et de l’adolescent et auteur du livre La prĂ©cocitĂ© dans tous ses Ă©tats, Ă  la recherche de son identitĂ©( Ă©ditions l’Harmattan ).

Dans une vidĂ©o[1], il nous donne deux citations de deux professionnels qui s’occupent d’enfants Ă  haut potentiel : « Si prĂ©cocitĂ© il y a, elle ne peut pas ĂȘtre une cause de l’échec scolaire, l’intelligence consiste en particulier Ă  savoir s’adapter Ă  une situation, un problĂšme
 Par essence, l’intelligence supĂ©rieure ne peut ĂȘtre en soi une cause d’inadaptation scolaire ». « Si le haut potentiel est Ă©tabli par des compĂ©tences qui apparaissent prĂ©cocement dans la pensĂ©e, Ă  l’ñge adulte on assiste Ă  une remise en phase de ces compĂ©tences avec la population moyenne ».Ces deux phrases montrent bien que des professionnels s’occupant d’enfants ‘’surdouĂ©s’’ peuvent ne pas maĂźtriser du tout leur sujet et qu’il faut bien choisir les professionnels que l’on souhaite rencontrer.

Fabrice Bak note un dĂ©calage dĂ©veloppemental avec les autres enfants, dĂ©calage avec la construction de la pensĂ©e :– entre 2 et 5/6 ans, les enfants normo pensants construisent l’image d’eux-mĂȘmes et la relation aux autres. Les HP sont dans la construction de la rĂ©alitĂ©, la comprĂ©hension du monde : ‘’Plus je comprends ce monde, plus je m’y intĂšgre’’ ;– au niveau primaire, l’école se centre sur la construction de la rĂ©alitĂ© et les HP sont dans la construction d’eux-mĂȘmes. Les HP cherchent Ă  comprendre comment fonctionnent les autres.

Fabrice Bak montre l’évolution de la famille pour un enfant lambda et un HP :– famille nourriciĂšre de 0 Ă  2 ans. Un HP va trĂšs vite chercher Ă  se nourrir seule : 1Ăšre forme d’autonomie ;– famille Ă©ducatrice entre 2 et 6/7 ans. Vers 3 œ/4 ans pour un HP : apprentissages autonomes ;– famille pĂ©dagogue entre 6/7 ans et 11/12 ans. La famille pĂ©dagogue s’arrĂȘte pour les HP vers 6 ans ;– famille guide entre 12 et 18 ans. Le HP cherche le guide vers 7/8 ans. Il va tester la cohĂ©rence du cadre. S’il ne trouvent pas la cohĂ©rence, il peut dĂ©velopper des angoisses, des anxiĂ©tĂ©s. Il va chercher des personnes relais pour se rassurer. Le HP ne s’oppose pas au guide. Par contre, il va tester le guide qui doit l’aider Ă  avancer. Le guide doit avoir la boussole, le GPS. Le HP recherche la sincĂ©ritĂ© dans la relation.

Les HP sont insouciants lorsqu’ils sont avec un guide cohĂ©rent, un adulte cohĂ©rent. Le guide doit faire le lien entre les HP et les autres car le HP ne sait pas comment faire. Le facteur clĂ© du guide est la communication.Le HP ne cherche pas Ă  ĂȘtre supĂ©rieur Ă  l’adulte, il veut l’égalitĂ© dans le respect. D’ailleurs, il respecte la cohĂ©rence des rĂšgles tout en se demandant si le dĂ©tenteur de la loi est capable de la faire appliquer. Si un HP assiste Ă  une violation de rĂšgle et que l’adulte qui doit la faire appliquer ne rĂ©agit pas, l’enfant se met Ă  ne plus respecter les rĂšgles avec cet adulte. L’adulte qui dĂ©tient les rĂšgles doit pouvoir les faire respecter. S’il n’est pas capable de les faire respecter, le HP fait ce qu’il veut.

L’hypersensibilitĂ©

Le HP est hypersensible et doit apprendre Ă  vivre avec et comment s’en servir car l’hypersensibilitĂ© fait peur.Le HP, de par sa grande hypersensibilitĂ©, a le sens de la justice et est en recherche constante de la vĂ©ritĂ© absolue. Il est en hyper vigilance constante face au monde et a une anxiĂ©tĂ© latente. TrĂšs tĂŽt, cet enfant perçoit la fragilitĂ© du monde, est toujours en Ă©tat d’alerte. Il ne lui est pas possible de lĂącher prise, c’est incohĂ©rent pour sa pensĂ©e. Le HP mesure toutes les incohĂ©rences du monde.Le HP est donc fragile, vulnĂ©rable et a des doutes importants. Le HP cherche Ă  ne plus penser Ă  travers les jeux vidĂ©os, l’anesthĂ©sie du cerveau par des addictions comme l’alcool ou le cannabis, l’identification d’un problĂšme ou la crĂ©ation d’un problĂšme. Une solution pour les addicts aux jeux vidĂ©os : dĂ©finir un temps moyen d’utilisation et des rĂšgles qui, lorsqu’elles sont respectĂ©es, donne du crĂ©dit jeu vidĂ©o en plus, et si les rĂšgles ne sont pas respectĂ©es, entraĂźne du crĂ©dit en moins.

Les émotions

Le HP a du mal Ă  mettre des mots sur ses Ă©motions. Il faut l’aider et accueillir sans jugement ce qu’il va dire. La colĂšre est une bonne chose, on sort de soi un truc nĂ©gatif. Le HP a particuliĂšrement besoin d’apprendre Ă  gĂ©rer sa colĂšre, il a tendance Ă  la garder au fond de lui. Un HP a un scanner affectif. Ce scanner affectif permet d’identifier prĂ©cisĂ©ment l’état Ă©motionnel de l’autre. Il se connecte Ă  l’autre Ă©motionnellement et le plus dur pour lui est de se dĂ©connecter. Le cĂŽtĂ© affectif est trop gĂ©rĂ© avec la tĂȘte et pas assez avec le cƓur. Il cherche Ă  donner du sens Ă  la dimension affective qui est en lui. Un HP n’a pas d’avance affective, personne ne peut avoir une avance affective sauf ceux qui ont un choc important qui les fait gagner en maturitĂ©.

Les apprentissages

Le HP n’aime pas la rĂ©pĂ©tition : lorsqu’il a compris, deux exercices lui suffisent. AprĂšs, il ne fait plus attention et peut avoir faux alors qu’il sait le faire. Il peut ne pas paraĂźtre attentif et concentrĂ© alors qu’il Ă©coute tout en Ă©tant en Ă©tat de vigilance. Il ne faut pas chercher Ă  exploiter les compĂ©tences en permanence mais les Ă©couter vraiment lorsqu’ils en ont besoin. Ils ont besoin de sincĂ©ritĂ©. Pour lui « pour rĂ©ussir il faut faire des efforts » n’a pas de sens. RĂ©ussir sans faire d’effort veut dire qu’on Ă©tait lĂ  au bon moment. Si on sait se servir de ses compĂ©tences, on a pas besoin de faire des efforts. Le HP cherche Ă  mettre du sens : comment arriver Ă  ĂȘtre efficace. Le HP ne peut s’épanouir que dans une atmosphĂšre d’affection et de libertĂ©. Fabrice Bak affirme qu’on a explicitĂ© aux professeurs que l’acte d’apprentissage Ă©tait dĂ©saffectivĂ© or, c’est faux. C’est l’acte le plus affectivĂ©. Chez le HP, deux domaines dans la pensĂ©e sont en interrelation : la sphĂšre affective et la sphĂšre cognitive. Des professionnels se retrouvent face Ă  des HP qui ne veulent plus aller Ă  l’école car ‘’le systĂšme est devenu fou’’ et les HP ne veulent pas « ĂȘtre contaminĂ©s’’. L’école impose une course Ă  la performance et Ă  la rĂ©ussite qui n’a plus de sens et ils n’en veulent pas. De plus, Fabrice Bak constate une dĂ©structuration de plus en plus massive du cerveau car les enfants sont plus sollicitĂ©s dans les sphĂšres figuratives et perceptives de la connaissance et de moins en moins dans les sphĂšres opĂ©ratoires.

Construction de l’identitĂ©

Un HP peut faire beaucoup de choses pour ĂȘtre reconnu par les autres. Il cherche Ă  donner du sens Ă  la dimension affective qui est en lui. Il subit des maltraitances psychologiques. Il peut se construire un faux self
. Certains peuvent avoir plusieurs facettes qu’ils montrent en fonction des situations. Fabrice Bak a remarquĂ© que les faux self tombent lorsque le HP veut entrer dans une relation sentimentale. On ne peut pas entrer dans une relation sentimentale avec un faux self, en jouant un jeu. Le faux self s’écroule et il y a reconstruction de l’identitĂ© Ă  travers la relation sentimentale.

La construction de l’identitĂ© passe par 3 Ă©tapes :- l’émergence de la conscience de soi (limite entre le moi et le non moi)- l’émergence de la construction de l’image de soi (en fonction du regard des autres sur soi) d’oĂč l’importance, lorsqu’ils sont petits, des messages valorisants, positifs. Un HP soumis rĂ©guliĂšrement Ă  des messages nĂ©gatifs, dĂ©nigrant son image de soi, va engendrer une faille qui va durer dans le temps. L’image de soi peut ĂȘtre attaquĂ©e dĂšs la maternelle. Pour aider le HP Ă  se construire une image de soi juste, ne jamais le considĂ©rer en dessous de ses compĂ©tences, ne jamais lui renvoyer une image d’anormalitĂ© (le HP est un mode de fonctionnement diffĂ©rent)- l’estime de soi se dĂ©veloppe (consĂ©quence du jugement qu’on porte sur soi-mĂȘme). L’estime de soi implique un bon Ă©quilibre psychologique et surtout va permettre de croire en la possibilitĂ© d’ĂȘtre digne d’amour. Quelqu’un qui a une bonne estime de soi va pouvoir lier une relation sentimentale stable et fiable dans la rĂ©ciprocitĂ©.

Fabrice Bak a remarquĂ© des caractĂ©ristiques positives chez le jeune HP qui peuvent donner en parallĂšle des souffrances chez l’adulte :- La curiositĂ© (apprentissage autonome, vocabulaire adaptĂ©, ĂȘtre avec des plus ĂągĂ©s) donne des adultes passifs, qui sont dans des doutes, avec une forte dĂ©prĂ©ciation d’eux-mĂȘmes ;- L’attention sĂ©lective (plusieurs hobbies, traiter plusieurs informations au mĂȘme moment) donne des adultes qui ont un manque de persĂ©vĂ©rance, des difficultĂ©s de concentration ;- La crĂ©ativitĂ© donne des problĂšmes au niveau d’une mĂ©connaissance d’eux-mĂȘmes, une totale dĂ©sorganisation ;- l’insoumission (libertĂ© de pensĂ©e) donne des adultes qui ont du mal Ă  travailler en groupe, qui subissent l’autoritĂ© ;- la sensibilitĂ© donne des situations d’angoisse, d’abandon, un sentiment dĂ©pressif, une auto agressivitĂ©.

DĂ©pistage :Pour lui, il faut faire un dĂ©pistage prĂ©coce. Plus on identifie tĂŽt le HP, plus on accompagne, plus on anticipe, plus on prĂ©pare ce qu’il va vivre et plus il est rassurĂ©. Mais le diagnostique n’est pas une fin en soi, c’est un dĂ©part vers un autre chemin. Comment l’aider Ă  grandir ? Les parents doivent ĂȘtre un guide sans faille, dans le sens oĂč ils ne sont pas lĂ  pour empĂȘcher l’enfant de tomber mais pour l’aider Ă  se relever.

La pensĂ©e en arborescence d’aprĂšs Christel Petitcollin

Dans son livre Je pense trop, Christel Peticollin – Conseil et Formatrice en communication et dĂ©veloppement personnel, confĂ©renciĂšre et Ă©crivain – met en Ă©vidence ces deux modes de pensĂ©e : pensĂ©e en arborescence et pensĂ©e linĂ©aire. Au cours de sa carriĂšre, toutes les personnes avec qui elle a travaillĂ© avait soit l’un soit l’autre de ces modes de pensĂ©es, pas forcĂ©ment comme mode de pensĂ©e exclusif, mais comme mode de pensĂ©e pour aborder l’extĂ©rieur. Christel Peticollin estime qu’il y a 20% d’arborescents pour 80% de linĂ©aires.

Pour Christelle Petitcollin, les personnes ayant une pensĂ©e en arborescence se posent en gĂ©nĂ©ral plein de questions en permanence, ont un cerveau qui ne s’arrĂȘte jamais et se sentent souvent en dĂ©calage avec leur entourage. Elles sont d’une grande sensibilitĂ©, voire hypersensibles, dans le sens oĂč elle ont toujours plus ou moins les cinq sens en Ă©veil, contrairement aux linĂ©aires qui n’en ont qu’un ou deux. Cette hyperesthĂ©sie engendre une hypersensibilitĂ© qui est responsable d’une perception trĂšs fine du monde en gĂ©nĂ©ral et des personnes rencontrĂ©es en particulier. Cela est dĂ» au raisonnement rĂ©gi par l’hĂ©misphĂšre droit, siĂšge des Ă©motions et de l’affectif, comme si les informations transitaient « par le cƓur avant d’arriver au cerveau ». Une meilleure connaissance de soi aide Ă  gĂ©rer au mieux ces Ă©motions. Cette hypersensibilitĂ© est vraiment une caractĂ©ristique des personnes pensant en arborescence. Cette affectivitĂ© envahissante fait qu’un arborescent ne peut travailler pour lui-mĂȘme ! Ce sera par affection pour la personne qui le fait travailler. Le professeur plaĂźt ? Il excelle. Le professeur ne plaĂźt pas ? Les notes chutent. Il faudrait toujours l’encourager, fĂ©liciter, rassurer sans jamais critiquer, lui faire confiance, et lui donner des dĂ©fis ! La difficultĂ© de l’arborescent en situation scolaire est qu’il est souvent hors sujet, ne respecte pas les consignes, qu’il passe pour « stupide, insolent ou provocateur ». Si ce mode de pensĂ©e permet de trouver une solution trĂšs rapidement, il est plutĂŽt handicapant pour traiter un sujet prĂ©cis car la pensĂ©e se perd dans des mĂ©andres d’idĂ©es
 De plus, la sensation de dĂ©calage rend « les contacts sociaux complexes et fatiguant ». L’arborescent s’ennuie en classe, car il ne peut Ă©tudier un sujet en arborescence. Il peut avoir du mal Ă  mĂ©moriser
 cela dĂ©pend de ce qu’il doit mĂ©moriser et qui lui demande !

Cette pensĂ©e arborescente peut sĂ©vir dans le cĂŽtĂ© positif, comme elle peut sombrer dans le nĂ©gatif. Juste un petit quelque chose qui cloche et les pensĂ©es positives se transforment en idĂ©e noires. L’arborescent peut vite sombrer dans la dĂ©prime et passer pour un maniacodĂ©pressif (pour elle, trop peu de psy sont formĂ©s pour identifier les arborescents). L’humeur peut donc ĂȘtre trĂšs changeante sans rĂ©ellement savoir pourquoi. Il est impĂ©ratif de prendre conscience de ce phĂ©nomĂšne pour arriver Ă  le dompter, et entretenir des pensĂ©es positives. Certains auront une pensĂ©e positive en rĂ©serve qu’ils ressortent dĂšs que les pensĂ©es basculent


Les arborescents peuvent avoir des difficultĂ©s Ă  se concentrer car soit ils sont submergĂ©s par de nombreuses pensĂ©es, soit leur sens, tous en Ă©veil en permanence, ne peut que les distraire et les faire intĂ©resser Ă  ce qui se passe autour d’eux. Pour contrer les pensĂ©es envahissantes lorsque le besoin de concentration est nĂ©cessaire et afin de mieux canaliser ce foisonnement d’idĂ©es, certains arborescents ont besoin, par exemple d’écouter de la musique, d’autres vont penser tout haut


Les arborescents ont une conscience aiguĂ« du temps qui passe et de la fragilitĂ© de la vie, d’oĂč des questions trĂšs prĂ©coces sur la mort par exemple. Ils ont aussi conscience que les actes posĂ©s ont des consĂ©quences.

Pour Christel Peticollin, ce cerveau, comparable Ă  un petit moulin car il ne s’arrĂȘte jamais et sert Ă  moudre, devrait toujours ĂȘtre alimentĂ© « d’apprentissages, de projets Ă  rĂ©aliser, de dĂ©fis Ă  relever », quatre ou cinq en mĂȘme temps n’est pas un problĂšme
 D’ailleurs, quand le petit moulin n’est pas suffisamment alimentĂ©, il passe en mode automatique et la dĂ©pression chronique guette.

Elle a constatĂ© que l’arborescent est une cible privilĂ©giĂ©e pour les manipulateurs car ils se remettent sens cesse en cause et cherchent systĂ©matiquement du sens Ă  toutes choses


Elle pense que les tests de QI ne sont pas utiles, car restrictifs, fermé à la créativité. Et surtout, ils ont été créés par des linéaires qui ont besoin de classer, quantifier tout ce qui les entoure.

Pensée en mots et pensée en images

La pensĂ©e peut ĂȘtre en mots OU en mots et en images.

La pensĂ©e en mots uniquement (dialogue interne, se parler Ă  soi-mĂȘme) est le mode de pensĂ©e des linĂ©aires.

La pensée en images est liée à la pensée en arborescence.

Si, au dĂ©part, un enfant peut penser uniquement en images, peu Ă  peu la pensĂ©e langagiĂšre va se construire et se dĂ©velopper avec l’acquisition du langage. Les personnes ayant une pensĂ©e verbale dĂšs le dĂ©part, peuvent apprendre Ă  se construire des images mentales, mais ce ne sera jamais un film comme pour les personnes ayant une pensĂ©e en images innĂ©e.

Les personnes qui pensent en images[1] ont une pensĂ©e beaucoup plus rapide car c’est un mode de pensĂ©e subliminal, plus rapide que la conscience que l’on peut en avoir, nettement plus rapide que la pensĂ©e en mots. En effet, la pensĂ©e en images est constituĂ©e d’idĂ©es qui s’assemblent par association, en arborescence, c’est comme un cinĂ©ma intĂ©rieur qui peut donner cours Ă  une imagination dĂ©bordante tout en Ă©tant ressentie comme rĂ©elle. Cette pensĂ©e est donc beaucoup plus rapide et prĂ©cise :

  • Cette pensĂ©e est plus rapide car les images dĂ©filent Ă  la vitesse de 32 images par seconde alors que la pensĂ©e en mots est linĂ©aire et sĂ©quentielle comme quand on parle. Elle se dĂ©roule selon la mĂȘme vitesse que les mots exprimĂ©s tout haut, soit 150 mots par minute, 200 mots pour un bon speaker Ă  la radio et la limite pour la comprĂ©hension est de 250 mots maximum.
  • Cette pensĂ©e est plus prĂ©cise car une seule image peut reprĂ©senter un concept qui mĂ©riterait des milliers de mots pour ĂȘtre dĂ©crit verbalement ! Elle est mĂȘme si rapide que la plupart des dyslexiques ne savent pas que c’est ainsi qu’ils pensent.
  • Cette pensĂ©e en images fait aussi que certaines personnes peuvent imaginer en trois dimensions (3D) des objets qu’elles aperçoivent ou d’aprĂšs des photos ou plans en deux dimensions. Ce qu’elles voient en 3D, elles peuvent mĂȘme le voir tourner dans leur tĂȘte comme si elles tournaient autour de l’objet.

Lorsqu’une personne Ă  la pensĂ©e en mots pense au mot ‘’arbre’’, elle peut le voir Ă©crit dans sa tĂȘte et l’entendre dans sa tĂȘte. Une personne pensant en images voit un arbre rĂ©el dans sa tĂȘte, elle le voit en couleur et peut le voir de tous les cĂŽtĂ©s. Elle peut voir des feuilles, des fruits, des oiseaux, une cabane
 Les possibilitĂ©s ne sont limitĂ©es que par l’imagination de la personne !

La pensĂ©e en images est due a une plus grande activation de l’hĂ©misphĂšre droit du cerveau. Pour Ronald Davis[2], elle est un don particulier qui permet aux personnes de se dĂ©sorienter.

Ronald Davis affirme[3] : « La fonction mentale qui produit le gĂ©nie produit aussi la dyslexie. C’est un don au vrai sens du terme : une disposition naturelle, un talent. C’est une facultĂ© spĂ©cifique qui accroĂźt le potentiel mental ».

Etre orientĂ©, c’est savoir oĂč l’on est par rapport Ă  son environnement. La dĂ©sorientation est une fonction naturelle qui se produit lorsque des informations contradictoires arrivent au cerveau. Elle peut se produire chez tout le monde dans certaines situations. Par exemple, si l’on se met Ă  tournoyer une dizaine de fois, lorsqu’on s’arrĂȘte, nous avons l’impression pendant quelques secondes de tourner encore alors que nous sommes arrĂȘtĂ©s. On ressent une dĂ©sorientation sous forme de vertige. Si nous sommes dans un train qui s’arrĂȘte au moment ou nous regardons un train juste Ă  cĂŽtĂ© qui dĂ©marre, nous ressentons aussi une dĂ©sorientation. Pendant quelques secondes, nous pouvons penser ĂȘtre dans le train qui avance mais c’est l’autre qui avance alors que le nĂŽtre est arrĂȘtĂ©. La dĂ©sorientation est donc un phĂ©nomĂšne qui change les perceptions visuelles car le cerveau n’accepte pas de recevoir des informations contradictoires. Ce qui est perçu n’est pas la rĂ©alitĂ©, la rĂ©alitĂ© est donc dĂ©formĂ©e.

Pour la personne qui pense en images, la dĂ©sorientation peut ĂȘtre voulue pour se distraire ! Elle peut aussi ĂȘtre subie lorsque des informations arrivant au cerveau ne peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es. Dans tous les cas, les perceptions sensorielles sont modifiĂ©es. Ce qui est perçu par le cerveau n’est pas forcĂ©ment la rĂ©alitĂ© : cela peut introduire des donnĂ©es erronĂ©es dans le cerveau et influer directement sur les apprentissages et sur le dĂ©veloppement. Ronald Davis propose des exercices pour arriver Ă  maĂźtriser la dĂ©sorientation.

Cette dĂ©sorientation[4] permet Ă  celui qui pense en images une pensĂ©e multidimensionnelle, c’est-Ă -dire une pensĂ©e qui met en Ɠuvre tous les sens : « Lorsqu’une dĂ©sorientation se produit, le cerveau ne voit plus ce que les yeux regardent mais ce Ă  quoi la personne pense, comme si c’était ce que les yeux Ă©taient rĂ©ellement en train de voir. Le cerveau n’entend plus ce que les oreilles entendent mais ce que la personne pense comme si c’était ce que les oreilles entendaient. Le corps ne ressent plus ce que ses sens ressentent mais ce que la personne pense, etc. Un des aspects de la pensĂ©e multidimensionnelle est la capacitĂ© qu’à la personne de vivre ses pensĂ©es comme si elles Ă©taient rĂ©elles ». Ce processus laisse la place Ă  une grande imagination comme pour le mot ‘’arbre’’ plus haut oĂč la personne peut vraiment visualiser toute une vie autour de cet arbre
 Le penseur en images peut intervenir dans son film en tant qu’acteur afin de vivre ou de revivre des situations avec diffĂ©rentes perceptions.

La dĂ©sorientation peut donc modifier la perception visuelle et peut Ă©galement modifier l’ouĂŻe, le temps, l’équilibre et le mouvement. Ainsi, ce qui est perçu mentalement comme la rĂ©alitĂ© ne correspond pas Ă  ce qui se passe rĂ©ellement.

La dĂ©sorientation peut ĂȘtre provoquĂ©e ou subie

La dĂ©sorientation peut ĂȘtre provoquĂ©e pour se distraire, pour faire face Ă  l’ennui, pour faire face Ă  des situations dĂ©concertantes
 Aussi, lorsque la dĂ©sorientation est provoquĂ©e « elle devient leur parade mentale naturelle en cas d’informations sensorielles dĂ©routantes, ainsi qu’une mĂ©thode crĂ©ative pour contourner ces situations ».

La désorientation provoquée permet :

– la capacitĂ© d’accĂ©der intentionnellement Ă  la fonction de dĂ©formation des perceptions
– la capacitĂ© Ă  voir consciemment les images mentales en 3D et Ă  se mouvoir autour d’elles mentalement
– la capacitĂ© Ă  vivre ses images mentales comme si elles Ă©taient rĂ©elles ou, en d’autres termes, vivre l’imaginaire comme la rĂ©alitĂ©
– une tendance ou une prĂ©fĂ©rence pour la pensĂ©e non verbale qui utilise des images de concepts ou d’idĂ©es avec une quasi-absence de monologue interne.
– d’ĂȘtre physiquement quelque part tout en Ă©tant ailleurs en esprit.

Lorsque la dĂ©sorientation est subie, c’est la dyslexie (chapitre suivant).

Ce mode de pensĂ©e en images rend performant en stratĂ©gies, en entreprises crĂ©atives, en activitĂ©s pratiques, pour ‘’voir’’ des solutions aux problĂšmes objectifs dans la vie rĂ©elle. Elle permet une plus grande perspicacitĂ©, une intuition plus dĂ©veloppĂ©e, une perception multidimensionnelle (en utilisant tous leurs sens), une vive imagination, une plus grande curiositĂ©, une conscience accrue de l’environnement et la capacitĂ© de modifier ou crĂ©er des perceptions, une capacitĂ© Ă  vivre la pensĂ©e comme une rĂ©alitĂ©.Ronald Davis insiste sur le fait que les personnes pensant en images ont une trĂšs grande curiositĂ© dĂšs la toute petite enfance qu’il ne faudrait pas entraver, et un besoin crĂ©atif beaucoup plus impĂ©rieux !Les enfants qui naissent avec ce don particulier de penser en images ont une acquisition du langage plus lente car ils ont du mal Ă  utiliser les mots qu’ils ne peuvent pas se reprĂ©senter en images dans leur tĂȘte. Ils peuvent donc acquĂ©rir une pensĂ©e verbale plus tardivement que les autres. Il leur est difficile d’expliquer leur pensĂ©e, car celle-ci va bien plus vite que le dĂ©bit des mots qui peuvent ĂȘtre tronquĂ©s. Adultes, ils ont en gĂ©nĂ©ral plus de difficultĂ© pour raisonner tout haut, en mots, de façon linĂ©aire, point par point.

Ce sont des enfants qui parlent un peu plus tard ou vraiment plus tard que la moyenne. Leur langage est mal cons­tituĂ©, les formulations imprĂ©cises et pauvres en vocabulaire. Ils peuvent avoir des trou­bles de l’évocation (ils cherchent leurs mots) ou de l’idĂ©ation (difficul­tĂ©s de formulation et d’enchaĂźne­ment des idĂ©es). Ils peuvent aussi dessiner ce qu’ils veulent Ă©crire.

Ce sont ces enfants qui pensent uniquement en images et dont le langage se met en place plus lentement qui peuvent devenir dyslexiques, notamment Ă  cause d’apprentissages inappropriĂ©s.
La dyslexie n’est pas un problĂšme neurologique car un enfant ou une personne souffrant de handicaps liĂ©s Ă  la dyslexie peut ĂȘtre rééduquĂ© et ne plus en souffrir tout en gardant les dons liĂ©s Ă  la pensĂ©e en images. La dyslexie touche toutes les familles quels que soient leur milieu et leur situation gĂ©ographique. Pour Ronald Davis, les personnes pensant en images peuvent cumuler des symptĂŽmes de dyslexie avec des symptĂŽmes de TDA avec ou sans hyperactivitĂ©, des problĂšmes en arithmĂ©tique, en orthographe et/ou en graphisme et/ou la dyspraxie. Ils ont souvent du mal avec les langues Ă©trangĂšres. Les dyslexiques trouvent, comme les zĂšbres, les bons rĂ©sultats en mathĂ©matiques grĂące Ă  leur intuition, mais n’arrivent pas Ă  les expliquer.

Le neurologue Michel Habib, soutient que le cerveau du dyslexique souffre d’une dysfonction des aires corticales du langage, ce qui n’est pas contradictoire avec la thĂ©orie de Davis. Au contraire puisqu’il est Ă©galement reconnu que le dyslexique a d’autres parties du cerveau qui s’activent pour la lecture. Ce n’est pas une anomalie mais un fonctionnement diffĂ©rent. Puisque l’enfant qui peut devenir dyslexique pense au dĂ©part en images, il est logique que, petit, les zones du langage travaillent bien moins. En faisant travailler l’enfant sur le langage, sa pensĂ©e langagiĂšre se met en place et les zones du langage s’activent. Si des neurologues observent que la zone langagiĂšre de l’enfant qui peut devenir dyslexique ne s’active jamais autant que pour une autre personne, cela s’explique par le fait que celui qui pense en images au dĂ©part et se met Ă  penser Ă©galement en mots en construisant sa pensĂ©e langagiĂšre, continue de penser en images ! Donc, si cette personne utilise moins les mots, elle utilise les mots ET les images pour une pensĂ©e vraiment trĂšs active mais diffĂ©rente !

Nous avons vu Ă©galement dans la premiĂšre partie sur le fonctionnement du cerveau que Michel Habib explique que les enfants « prĂ©coces’’ peuvent avoir un fonctionnement homogĂšne entre les deux hĂ©misphĂšres ou avoir un fonctionnement hĂ©tĂ©rogĂšne entre les deux hĂ©misphĂšres en faisant davantage appel Ă  l’hĂ©misphĂšre droit. Ce sont ces derniers qui sont portĂ©s Ă  avoir des difficultĂ©s d’apprentissage et Ă  devenir dys alors qu’ils ont des similitudes de fonctionnement comme l’activation plus importantes des zones frontale et pariĂ©tale du cerveau. Ces observations cliniques ne sont pas non plus contradictoires avec la thĂ©orie de Davis puisque nous avons observĂ© que les enfants sujets Ă  la dyslexie et donc penseurs en images ont le mĂȘme genre de personnalitĂ© que les zĂšbres/surdouĂ©s. Normal, ils pensent aussi en arborescence et sont Ă©galement hypersensibles !

BĂ©atrice Sauvageot[5], orthophoniste formĂ©e aux neurosciences, dirige un centre pĂ©dagogique et thĂ©rapeutique pour les dyslexiques et les dysorthographiques. Elle partage l’idĂ©e que les enfants devenant dyslexiques pensent en images. Elle nous dĂ©crit ces enfants comme des enfants trĂšs douĂ©s dans certains domaines comme le scientifique car ils veulent toujours tout comprendre. Ils ont besoin de travail corporel et artistique et ont des capacitĂ©s pour cela. Ils ont des difficultĂ©s dans le temps, sont souvent en retard, oublient souvent quelque chose, ont du mal Ă  appliquer une consigne. Ils sont multitĂąches dans le sens oĂč ils ont besoin de faire autre chose pour pouvoir se concentrer sur un travail : Ă©couter de la musique, tripoter un crayon
 Les dyslexiques sont capables d’écrire correctement Ă  certains moments et Ă  d’autres non. Ils comprennent trĂšs bien les rĂšgles mais ne les appliquent pas forcĂ©ment.

Elle nous donne cet exemple pour nous faire comprendre ce qui se passe dans la tĂȘte d’un enfant pensant en images et dyslexique (11 ans) : un enfant arrive avec sa mĂšre et demande Ă  BĂ©atrice de l’aider Ă  faire un exercice ‘’drammatical’’. L’enfant associe dans sa tĂȘte le drame d’un exercice de grammaire. Il doit apprendre le futur. Sur l’invitation de BĂ©atrice, il choisit le verbe ‘’mourir’’ et choisit la personne ‘’je’’. BĂ©atrice lui demande alors comment il dirait mourir au futur avec je. L’enfant dit : « je vais mourir un jour ». La mĂšre se dĂ©compose
 BĂ©atrice demande : « pourquoi tu dis ça ? ». L’enfant rĂ©pond : « Je sais bien que c’est je mourrai mais ‘’je mourrai’’ ça veut dire que je mourrai tout de suite ! Alors que je veux mourir un jour, je veux mourir dans trĂšs longtemps ». Le dys adapte sa pensĂ©e. « Et au passĂ©, comment tu dirais ? » « Nous sommes tous morts » « Ah ! Pourquoi nous ? » « Car si je meurs, tout le monde meurt avec moi ! Est-ce que tu t’imagines que le monde va exister quand tu seras morte ? »

« Les dyslexiques ont tous un style trĂšs particulier qui est reconnaissable. Ce sont des gens qui Ă©crivent des merveilles parce que les portes de la communication Ă©tant fermĂ©es en permanence, lorsqu’elles s’ouvrent, c’est un vĂ©ritable miracle qui se produit. Ils trouvent des mots, ils trouvent des façons de dire qui sont trĂšs liĂ©es Ă  la sensation et Ă  l’émotion et qui touchent beaucoup le lecteur qui n’est pas dyslexique ».

Le mode de pensĂ©e en images, la dĂ©sorientation volontaire et une trĂšs grande curiositĂ© sont Ă  l’origine d’une grande crĂ©ativitĂ©.
La plus grande force de la créativité est la curiosité, plus importante que la connaissance !
Sans curiositĂ©, pas de crĂ©ativitĂ© et pas d’inventions ! R.Davis

Dyslexiques célÚbres :

Albert Einstein 1879-1955 : il a dit lui-mĂȘme qu’il pensait Ă  l’aide d’images mentales. Il a eu beaucoup de difficultĂ© avec le langage, il avait peu de mĂ©moire pour les mots, avait besoin de beaucoup de temps d’assimilation en particulier avec les tables de multiplication et le calcul arithmĂ©tique, il trouvait toujours des mĂ©thodes astucieuses pour rĂ©soudre les problĂšmes complexes (malgrĂ© des erreurs de calcul). Pour Ă©laborer la thĂ©orie de la relativitĂ©, Albert Einstein utilisa au maximum ses capacitĂ©s Ă  dĂ©placer son imaginationen se demandant ce qui se passerait s’il voyageait au bout d’un rayon lumineux. Il a d’abord compris avec son imagination (apanage du cerveau droit) avant de traduire ce qu’il avait compris en mots et Ă©quations (apanage du cerveau gauche).

Thomas Edison 1847-1931 : « Mon pĂšre me disait stupide, et j’ai presque dĂ©cidĂ© que je devais ĂȘtre un cancre ». Son instituteur affirmait : « Il alterne entre voyager par l’imaginaire vers des mondes lointains et mettre son corps en mouvement perpĂ©tuel sur son siĂšge ».

Léonard de Vinci 1452-1519 : il était gaucher et écrivait aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche avec une écriture phonétique. Certains de ses écrits se lisent dans un miroir. Il avait beaucoup de difficulté avec les mots irréguliers et faisait des erreurs en recopiant des textes. Il a utilisé son imagination pour inventer des véhicules et appareils plusieurs siÚcles avant leur fabrication.

Winston Churchill 1874-1965 : il a eu beaucoup de difficultĂ©s scolaires, des dĂ©fauts de prononciation et n’a jamais maĂźtrisĂ© les mathĂ©matiques scolaires. Il Ă©tait trĂšs facilement distrait par les bruits.

Henry Ford 1863-1947 : il a eu beaucoup de difficultĂ© avec la lecture tout en Ă©tant trĂšs douĂ© pour effectuer des rĂ©parations de toutes sortes. C’est grĂące Ă  l’imagination qu’il a pu inventer les premiĂšres chaĂźnes de fabrication de voitures.

Pour Ronald Davis, tous ces gens ne sont pas des génies malgré leur dyslexie, mais grùce à leur dyslexie !
Ce genre de cerveau n’est ni une anomalie, ni une maladie, ni un handicap.
C’est simplement un mode de fonctionnement diffĂ©rent de la moyenne !

Catherine Chemin


[1] 

[2] Fondateur du Reading Research Council et directeur du Dylexia correction Center, Ronald Davis est l’auteur de Le Don de dyslexie et Le Don d’apprendre

[3] Le don de dyslexie page 23

[4] Chapitre travaux de Ronald Davis

[5] http://www.youtube.com/user/BeatriceSauvageot

TDA TDAH

Le TDA se caractérise par :

  • un dĂ©ficit de l’attention (difficultĂ©s Ă  se concentrer),
  • de l’impulsivitĂ© (agit avant de rĂ©flĂ©chir),
  • avec ou sans hyperactivitĂ© (agitation incessante : hyperkinĂ©sie).

Le ‘’manque de concentration’’ d’un enfant peut intervenir pour accomplir une tñche qui peut sembler facile comme pour recopier un texte. En effet, pour un tel exercice, certains enfants sont capables de recopier en faisant des fautes. Pourtant, la plupart de ces enfants sont capables d’une trùs grande concentration lorsqu’ils effectuent une tñche qui les motive ! Alors ?

Le trouble de l’attention ou TDA

Si dans les annĂ©es cinquante, on parlait de troubles  » affectivo-caractĂ©riels « , dĂ©jĂ  les USA privilĂ©giaient une approche non psychologique et Ă©tudiaient le cortex et les rĂ©gions du mĂ©sencĂ©phale pour y rechercher l’origine Ă©ventuelle du trouble. Le TDA a aussi Ă©tĂ© mis sur le compte de lĂ©sions cĂ©rĂ©brales ou de complications particuliĂšres Ă  la naissance. Mais la thĂ©orie des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales ne s’accordant qu’à une petite partie des TDA, elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e. Il est prouvĂ© qu’une bonne proportion des individus prĂ©sentant ce trouble n’a pas subi de complications particuliĂšres Ă  la naissance. C’est donc l’impossibilitĂ© de mettre en Ă©vidence une lĂ©sion dĂ©finie ou une anomalie structurale du cerveau comme caractĂ©risant l’origine du TDAH qui incita les chercheurs Ă  proposer l’hypothĂšse d’une altĂ©ration des fonctions cĂ©rĂ©brales.

Aujourd’hui, en 2015, les experts sont formels Ă  ce sujet : le TDAH n’est pas causĂ© par des besoins affectifs non comblĂ©s ou par des problĂšmes psychosociaux, mĂȘme s’il peut ĂȘtre exacerbĂ© par ces facteurs. Il est gĂ©nĂ©ralement admis maintenant que le TDA et le TDAH sont des troubles neurologiques avec de mauvaises interactions (entre autres pour le site http://www.tdah-france.fr/ et http://www.tdah.be). PrĂ©cisĂ©ment, le TDAH serait, pour TDAH-France, un trouble neuro-dĂ©veloppemental chronique qui concerne de 3,5 Ă  5,6% des enfants d’ñge scolaire en France. Le trouble persiste dans 65% des cas Ă  l’ñge adulte, la prĂ©valence en population adulte est estimĂ©e Ă  2,5%.

Aucune Ă©tude scientifique n’explique pourquoi et comment les mĂ©canismes du TDA se produisent. Cependant, tous s’accordent pour soutenir l’hypothĂšse selon laquelle des facteurs gĂ©nĂ©tiques entrent en jeu dans l’apparition d’un TDAH, ainsi que des facteurs environnementaux.

Le TDAH est souvent difficile Ă  diagnostiquer et cela engendre beaucoup d’incertitude. La Ritaline, principal mĂ©dicament proposĂ©, altĂšre les symptĂŽmes mais ne s’attaque pas Ă  la nature sous-jacente du problĂšme. La Ritaline est inscrit sur la liste des stupĂ©fiants et engendre des effets secondaires. Certains parents refusant de donner de la Ritaline Ă  leur enfant ont obtenu des rĂ©sultats trĂšs encourageants en augmentant l’absorption de magnĂ©sium, de ferritine et de zinc, et/ou supprimant partiellement ou totalement la casĂ©ine, le gluten, les substances raffinĂ©es, les substances chimiques (additifs, colorants
).

Concrùtement, qu’est-ce qu’un hyperactif ?

Le tiers des enfants hyperactifs commencera Ă  avoir des problÚ­mes de comportement dĂšs sa pre­miĂšre annĂ©e de vie : l’enfant pleure plus souvent et plus long­temps, a des difficultĂ©s pour s’alimen­ter, est plus actif et dort moins. Il bouge et remue beaucoup, ne tient pas assis, court partout, grimpe, touche Ă  tout, tourne Ă  plein rĂ©gime, est inĂ©pui­sable. Il peut com­mencer un travail et ĂȘtre incapable de le terminer, a constamment be­soin de stimuli, semble ne rien é­couter, ne suit pas plus d’une instruc­tion Ă  la fois, n’ar­rive pas Ă  attendre, est impa­tient et inopportun. Il a une mauvaise no­tion du temps, ne voit pas le temps pas­ser, ne peut attendre, il voit le mon­de au ralenti, l’environnement le frustre et il a des difficultĂ©s Ă  obĂ©ir. Il n’antici­pe pas les consĂ©quences de ses actes, tant que la chose n’est pas arrivĂ©e, il ne peut s’en ren­dre compte. Ces symptĂŽmes peu­vent engendrer des problĂšmes sco­laires importants. Un enfant hyper­actif non diagnostiquĂ© vit un vĂ©ri­table cau­chemar : perturbation de la classe et rapports difficiles avec l’ensei­gnant, rejet par ses camara­des. Sans compter les conflits fami­liaux. Par rapport Ă  des enfants non hy­peractifs d’intelligence compara­ble, les enfants hyperactifs ont trois fois plus de risque d’ĂȘtre confrontĂ©s Ă  l’Ă©chec scolaire. Un enfant hyper­actif est capable de concentration envers une activitĂ© qui le passionne. Cela se nomme de l’hyper focali­sation. Ils ont un cĂŽtĂ© obsti­nĂ© qui peut se trans­former en qualitĂ© et en faire des ĂȘtres dĂ©terminĂ©s Ă  aller jusqu’au bout.

Concrùtement, qu’est-ce qu’un TDA ?

Outre les difficultĂ©s Ă  se con­centrer et l’inattention, on constate le fait de ne pas prĂȘter at­tention aux dĂ©tails, l’é­tourderie, sem­bler ne pas Ă©couter, avoir une tendance exces­sive Ă  la distraction, des pro­blĂšmes d’orga­nisation, commencer beaucoup de choses sans rien finir, l’évitement des activi­tĂ©s mentales soutenues, de rĂ©elles difficultĂ©s no­tamment pour mener Ă  bien un travail intel­lectuel, le fait de ne pas pouvoir ef­fectuer plus d’une consigne Ă  la fois.

Les carac­tĂ©ristiques du TDAH sont par consĂ©quent celles du TDA plus celles de l’Hyperac­tivitĂ© ou syndro­me hyperki­nĂ©tique et de l’impulsi­vitĂ©.

Un enfant peut ĂȘtre TDA sans hyperactivité et mĂȘme sous-actif (ou hypoactif). C’est une activitĂ© motrice insuffisante. Ces en­fants, d’un calme excessif, travail­lent lentement et donnent l’impres­sion d’ĂȘtre paresseux, dans la lune. Les TDA peuvent ĂȘtre Ă©galement surdouĂ©s dans un domaine, mais il peut ĂȘtre difficile de les identifier.

Plus curieux et plus intĂ©res­sĂ©s, les TDA ont souvent un QI su­pĂ©rieur Ă  la moyenne et surtout ils ont une imagination, une crĂ©ativitĂ©, une in­tuition et une vivacitĂ© remar­quables. Les TDA font preuve d’une trĂšs grande persĂ©vĂ©rance et tĂ©na­citĂ©, ils ont beaucoup d’énergie pour aller de l’avant lorsqu’ils font quel­que chose qui les passionne et peu­vent ĂȘtre trĂšs productifs. Ils pos­sĂšdent une façon de pĂ©nĂ©trer direc­tement au cƓur mĂȘme des situa­tions alors que les autres doivent raisonner, avec mĂ©thode, durant tout leur cheminement. Il est plus efficace de donner des directives claires, de rĂ©amĂ©nager le travail pour le rendre plus intĂ©ressant et plus motivant, de diriger Ă  nouveau le comportement de l’enfant vers des buts Ă  atteindre plutĂŽt que vers des gratifications immĂ©diates, tout en lui fournissant des rĂ©compenses immĂ©diates pour le travail accompli ou la conformitĂ© aux rĂšgles. Les techniques visant Ă  fĂ©liciter l’enfant pour ce qu’il fait de bien au lieu de le punir pour ce qu’il fait de mal ont fait leurs preuves. Il est trĂšs impor­tant de fĂ©liciter l’enfant pour ses comportements qui mĂ©ri­tent d’ĂȘtre encouragĂ©s, la rĂ©com­pense devant souligner l’effort et non le rĂ©sultat. Ils ont vraiment besoin d’ĂȘtre va­lorisĂ©s et maintenus dans un esprit positif.

Sur le site de tdah-france.fr/ on peut lire que Russel A. Barkley[1] a Ă©laborĂ© une thĂ©orie basĂ©e sur les donnĂ©es rĂ©centes de la neurobiologie et de la neuropsychologie du cerveau. Pour lui, le TDAH serait d’abord un trouble du dĂ©veloppement des capacitĂ©s d’inhibition du comportement et non un trouble de l’attention comme le laisse sous-entendre son nom. Les difficultĂ©s d’attention ne seraient que des consĂ©quences du trouble d’inhibition.

Le dĂ©ficit primaire du TDAH serait un dĂ©ficit des capacitĂ©s d’inhiber ou de retarder une rĂ©ponse, un comportement. Il entraĂźnerait secondairement une perte d’efficacitĂ© de 4 fonctions exĂ©cutives de base impliquĂ©es dans le TDAH :

– l’autorĂ©gulation de l’affect, de la motivation et de la vigilance, permettant la sĂ©paration des faits et des Ă©motions.

En effet, l’hypersensibilitĂ© est gĂ©rĂ©e diffĂ©remment par l’amygdale et le seuil de tolĂ©rance est beaucoup plus bas, c’est un fait chez tous les arborescents/zĂšbres/HP.

– la capacitĂ© Ă  prolonger dans le temps une, ou des, reprĂ©sentation(s) mentale(s) (visuelles, auditives, etc…) d’un signal, d’un message ou encore d’un Ă©vĂ©nement

Cela corrobore la thĂ©orie de Ronald Davis qui explique comment, Ă  cause de la dĂ©sorientation, l’enfant a des difficultĂ©s Ă  intĂ©grer les concepts de temps, de sĂ©quence et d’ordre.

– le langage intĂ©rieur, constituĂ© par les reprĂ©sentations internes de l’information, participant ainsi au contrĂŽle des comportements, reprĂ©sente la capacitĂ© de l’ĂȘtre humain Ă  se parler Ă  lui-mĂȘme.

Cela corrobore la théorie de Davis sur la pensée en images présente exclusivement au départ et la pensée langagiÚre qui se construit plus tard, jusque vers 14 ans parfois au plus tard.

– la reconstitution c’est-Ă -dire, dans le cadre du contrĂŽle des comportements, la capacitĂ© de reconstituer la sĂ©quence d’actions orientĂ©e vers un but, mĂ©canisme en jeu dans tout apprentissage. Elle se dĂ©finit ainsi par la capacitĂ© neuropsychologique Ă  scinder l’information reçue en petites unitĂ©s (analyse) et Ă  recombiner ces unitĂ©s d’information afin de reconstituer le message d’origine (synthĂšse) ou d’en crĂ©er un nouveau Ă  partir des diverses unitĂ©s d’information (crĂ©ativitĂ©)

Cela corrobore la thĂ©orie de Davis qui explique comment, Ă  cause de la dĂ©sorientation, l’enfant a des difficultĂ©s Ă  intĂ©grer les concepts de temps, de sĂ©quence et d’ordre et comment l’enfant peut enregistrer des donnĂ©es vĂ©cues par la dĂ©sorientation, et donc imaginaires, comme des donnĂ©es rĂ©elles.

R.A. Barkley associe donc les difficultĂ©s Ă©prouvĂ©es par les enfants TDAH Ă  des dysfonctions de ces quatre fonctions exĂ©cutives qui dĂ©pendent du lobe frontal et de ses connexions sous-corticales, les rĂ©seaux neuronaux de ces rĂ©gions Ă©tant impliquĂ©s notamment dans les processus d’attention, d’inhibition, d’auto-Ă©valuation et de contrĂŽle du comportement social. Seulement, ce modĂšle thĂ©orique s’applique, selon Barkley lui-mĂȘme, seulement aux hyperactifs mais pas aux hypoactifs.

Le principe de dĂ©sorientation dĂ©crit par Davis explique non seulement chacune de ces difficultĂ©s mais donne aussi une explication Ă  la prĂ©sence ou la non prĂ©sence de l’hyperactivitĂ© par le taux de dopamine. La dĂ©sorientation pouvant provoquer une hausse (hyperactivitĂ©) ou une baisse (hypoactivitĂ©) du taux de dopamine.

Tous les chercheurs s’accordent pour dire que plusieurs rĂ©gions du cerveau et leurs interactions sont en cause. Il s’agit principalement des rĂ©gions frontales et prĂ©frontales. Ces zones cĂ©rĂ©brales responsables de l’attention, du sens de l’organisation et du contrĂŽle des mouvements s’activent de façon anormale ou ont une anatomie singuliĂšre Cela a Ă©tĂ© confirmĂ©e par les techniques de neuro-imagerie fonctionnelle. Cependant, TDAH-France reconnaĂźt que les donnĂ©es neurochimiques « ne peuvent constituer, Ă  elles seules, l’hypothĂšse Ă©tiologique fondamentale du TDAH dans la mesure oĂč, justement, seules, elles ne peuvent expliquer adĂ©quatement ni l’origine, ni l’ensemble des caractĂ©ristiques cliniques du TDAH ».

Les donnĂ©es actuelles plaident pour un dĂ©sĂ©quilibre dans les taux de certains neurotransmetteurs du cerveau, en particulier la dopamine. Comme l’indique M. Lecendreux[2] : « la dopamine est probablement le neurotransmetteur le plus impliquĂ©. Elle est nĂ©cessaire au maintien de l’attention et de la concentration. Or, ces deux fonctions supposent, pour pouvoir fixer son attention sur un objectif dĂ©fini, d’arriver Ă  ignorer et inhiber les faits mineurs et de nĂ©gliger les stimuli extĂ©rieurs ».

Voici la théorie de Ronald Davis sur le TDA[3].

Ronald Davis nous donne l’exemple d’un petit garçon TDA de 5 ans. Il est intelligent, crĂ©atif, imaginatif, hyperactif, pense essentiellement en images et se dĂ©soriente pour se distraire. Son institutrice l’a tout de suite identifiĂ© comme un paquet de nerfs qui n’écoute pas. Un jour, le comble, elle le voit monter au toboggan en passant devant les enfants qui faisaient la queue. La maĂźtresse l’attrape par les Ă©paules et lui dit sur un ton sĂ©vĂšre : « Regarde-moi ! Ce que tu as fait est mal. Tu dois attendre ton tour dans la file ! Tu me comprends ? Tu ne vas pas sur le toboggan avant ton tour ! ». En la regardant dans les yeux, l’enfant lui dit « Oui ! ». La maĂźtresse le lĂąche et il court immĂ©diatement vers l’échelle en redoublant les autres enfants, et redescend du toboggan. La maĂźtresse le punit


Pour ce garçon qui pense en images, les concepts de soi, changement, consĂ©quence, temps, sĂ©quence et ordre sont inexacts, ce qui limite sa comprĂ©hension de ce qu’a dit la maĂźtresse. De plus, il dĂ©finit le bon et le mauvais par ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas.Analyse :« Ce que tu as fait est mal » : « ce’’ et « que’’ n’éveillent aucune image mentale ; « tu’’ Ă©veille l’image mentale de lui-mĂȘme ; « as fait’’ n’est pas compris puisqu’il ne comprend pas le sens d’avant et aprĂšs ; « est’’ n’a pas d’image mentale ; « mal’’ n’a pas de signification Ă  part peut-ĂȘtre qu’avec le « tu’’, il conclut que la maĂźtresse ne l’aime pas.Puis, « Tu dois attendre ton tour dans la file ! » : « tu’’ Ă©veille l’image de lui-mĂȘme ; « dois’’ n’a pas de signification ; « attendre’’ est une fonction de temps qui n’est pas comprise ; « ton’’ Ă©veille une image de lui-mĂȘme ; « tour’’ n’évoque rien ; l’enfant garde l’image de la maĂźtresse qui le tient par les Ă©paules ; « dans’’ et « la’’ n’évoquent rien ; « file’’ Ă©voque un bout de fil.« Tu me comprends ? » : « tu’’ Ă©veille l’image de lui-mĂȘme ; « me’’ reproduit l’image de la maĂźtresse qui le tient par les Ă©paules ; « comprends’’ n’évoque rien.« Tu ne vas pas sur le toboggan avant ton tour ! » : « tu’’ Ă©veille l’image de lui-mĂȘme ; « ne’’ n’a pas de signification ; « vas pas sur le toboggan’’ modifie son image de lui-mĂȘme, il se voit descendant du toboggan ; « avant’’ n’a pas de signification ; « ton’’ renforce l’image de lui-mĂȘme ; « tour’’ n’a pas de signification.La phrase ne lui laisse que l’image de lui-mĂȘme sur le toboggan, il comprend qu’il doit y retourner et fait ce qu’il a compris.

Dans Le Don d’apprendre, Ronald Davis explique que, pour lui, un enfant dĂ©veloppe un TDA trĂšs tĂŽt dans la petite enfance suite aux effets de dĂ©sorientation « Dans leurs cas, les effets de la dĂ©sorientation se produisent pendant la phase de dĂ©veloppement de la petite enfance, bien avant qu’un enfant ne soit en Ăąge d’aller Ă  l’école. Pendant ce stade de dĂ©veloppement de la petite enfance, l’état naturel d’orientation de la personne et la fonction mentale de dĂ©sorientation combinĂ©s dĂ©forment chez certains enfants la perception de l’environnement, au point qu’ils prĂ©sentent une rĂ©alitĂ© alternative ou une conception dĂ©formĂ©e des leçons essentielles de la vie, telles que la consĂ©quence, la cause et l’effet, le changement, etc. L’établissement de ces rĂ©alitĂ©s alternatives peut conduire au dĂ©veloppement de troubles dĂ©ficitaires de l’attention et, dans une certaine mesure, de problĂšmes avec les maths et le graphisme »[4].

Impact de la désorientation sur le développement

Les expĂ©riences de la vie n’ont pas le mĂȘme impact sur toutes les personnes car chaque expĂ©rience nouvelle s’ajoute aux prĂ©cĂ©dentes et sera vĂ©cue en fonction de la façon dont les prĂ©cĂ©dentes ont Ă©tĂ© vĂ©cues. « La cohĂ©rence de la connaissance acquise au cours d’une expĂ©rience vĂ©cue dĂ©pend de la cohĂ©rence des perceptions. La dĂ©sorientation dĂ©forme la perception. La perception dĂ©formĂ©e dĂ©forme notre sens de la rĂ©alitĂ©. Par consĂ©quent, la dĂ©sorientation produit une rĂ©alitĂ© faussĂ©e, ou alternative, de l’expĂ©rience vĂ©cue. Une leçon de vie apprise dans une rĂ©alitĂ© alternative ne sera pas la mĂȘme qu’une leçon apprise dans un Ă©tat ‘’orienté’’ ».

Les enfants pensant en images peuvent trĂšs tĂŽt, mĂȘme bĂ©bĂ©s, adopter volontairement le mode de dĂ©sorientation pendant de longues pĂ©riodes pour se distraire. Ils s’inventent un monde, qu’ils vivent comme si c’était la rĂ©alitĂ©. De l’extĂ©rieur, on pense que l’enfant joue, mais l’enfant le vit comme une rĂ©alitĂ©, qui se dĂ©roule pourtant au grĂ© de son imagination. LĂ , les consĂ©quences n’existent pas. Par ce mode de dĂ©sorientation volontaire vĂ©cu comme le rĂ©el, l’enfant n’intĂšgre pas diffĂ©rents concepts de base comme le changement, le temps, la sĂ©quence, l’ordre, le dĂ©sordre
 car pour lui ‘’chaque chose existe c’est tout’’, ‘’tout peut arriver’’, seul ‘’maintenant’’ existe, les choses sont comme elles sont, lĂ  oĂč elles sont. La perception de l’environnement peut donc ĂȘtre complĂštement faussĂ©e.

En ce qui concerne le temps, Ronald Davis explique : « Bio-mĂ©caniquement, notre perception du temps est un produit de la chimie du cerveau. Des Ă©tudes suggĂšrent une augmentation Ă©levĂ©e des niveaux de dopamine chez les enfants TDA. Je pense que c’est un effet direct de la dĂ©sorientation. Plus il y a de dopamine autour des synapses du cerveau, plus notre ‘’horloge interne’’ va vite. L’inverse est Ă©galement vrai : moins il y a de dopamine, plus lentement va notre horloge interne. Dans les cas oĂč la production de dopamine est augmentĂ©e d’une maniĂšre chronique par la dĂ©sorientation, l’horloge interne de l’individu sera plus rapide et vice versa ». La dĂ©sorientation produit une variation dans la quantitĂ© de dopamine créée et libĂ©rĂ©e par le cerveau et empĂȘche une Ă©valuation prĂ©cise du temps. Si le temps est Ă©valuĂ© prĂ©cisĂ©ment par un enfant ‘’normal’’ vers l’ñge de sept ans, la mesure du temps est quasiment impossible pour un enfant dyslexique dont l’horloge interne se modifie frĂ©quemment. C’est pourquoi les enfants dyslexiques ont si peu la notion de temps !

Les TDA sont souvent dĂ©finis comme ayant une « inattention et impulsivitĂ© dĂ©veloppementales inappropriĂ©es, accompagnĂ©es ou non d’hyperactivitĂ© ». Cependant, pour Ronald Davis, il faut ajouter la dĂ©sorientation spontanĂ©e. Chez le TDA, la dĂ©sorientation peut ĂȘtre provoquĂ©e par une Ă©motion : ennui, curiositĂ©, confusion, peur
ces Ă©motions se regroupent en deux catĂ©gories :

  • l’évitement : la personne se dĂ©soriente pour Ă©chapper Ă  l’ennui. Elle semble rĂȘvasser ou inattentive alors qu’elle est attentive Ă  son monde intĂ©rieur imaginaire ;
  • l’absorption : la curiositĂ© d’un Ă©vĂ©nement extĂ©rieur stimule une dĂ©sorientation considĂ©rĂ©e comme inattention alors que la personne est trĂšs attentionnĂ©e mais son attention est mal placĂ©e. La dĂ©sorientation causĂ©e par l’absorption peut aussi causer l’inverse de l’inattention. Une personne peut ĂȘtre particuliĂšrement concentrĂ©e sur une activitĂ©, un jeu vidĂ©o


Les comportements liĂ©s aux TDA sont l’hyperactivitĂ©, l’hypoactivitĂ©, l’impulsivitĂ© et l’inattention. La vision de Ronald Davis pour chacun de ces comportements en tenant compte de la dĂ©sorientation est la suivante :

  • hyperactivitĂ© et hypoactivitĂ© sont les consĂ©quences de la dĂ©sorientation spontanĂ©e qui s’accompagne d’un changement dans la perception du temps et d’une inversion des sens de l’équilibre. L’hyperactif a son horloge interne qui s’accĂ©lĂšre, au bout d’une heure il pense que deux heures se sont Ă©coulĂ©es, le monde semble aller trop lentement pour lui, il a plus de temps qu’il meuble par des activitĂ©s supplĂ©mentaires. L’hypo actif (lĂ©thargique) a son horloge interne qui est ralentie, une heure semble une demi-heure, le monde semble aller trop vite. Aussi, quand il y a dĂ©sorientation, la personne se sent dĂ©sĂ©quilibrĂ©e comme devant la spirale tournante ! Pour contrer cet effet, la personne peut s’adonner Ă  une activitĂ© opposĂ©e : elle peut crĂ©er la sensation d’ĂȘtre assise sans bouger en remuant lĂ©gĂšrement (balancer un pied, tambouriner d’une main, triturer un objet
).
  • impulsivitĂ© : agir avant de penser ! Nous avons vu que la dĂ©sorientation modifie les perceptions qui dĂ©forment la rĂ©alitĂ© et empĂȘchent les leçons de vie, empĂȘchent de comprendre le concept de consĂ©quence.
  • inattention : pour Ronald Davis, l’inattention n’est pas le problĂšme car les enfants TDA ont beaucoup d’attention et peuvent ĂȘtre trĂšs attentifs mais pas forcĂ©ment envers ce que l’on attend d’eux puisqu’ils se laissent distraire facilement, qu’ils s’évadent facilement. Il faut vraiment arriver Ă  les passionner, les aider Ă  rester sur une tĂąche et Ă  devenir multitĂąches. Il n’hĂ©site pas Ă  dĂ©clarer : « Dans la plupart des cas, on devrait parler de ce phĂ©nomĂšne non pas comme d’un trouble de l’apprentissage mais plutĂŽt comme d’un trouble de l’enseignement ! ».

Pour Ronald Davis, les personnes pensant en images et ayant développé la dyslexie ont souvent des symptÎmes de TDA comme les difficultés à se concentrer ou à rester assis immobiles. Et pour cause, il est persuadé que le TDA et le TDAH, tout comme la dyslexie, sont des facettes de la pensée en images.

Dans ses centres, il propose des programmes de maĂźtrise TDA. Pour lui, les comportements qu’il faut traiter sont associĂ©s Ă  l’impulsivitĂ©, l’inattention et l’hyperactivitĂ©[5]. Ce sont : la difficultĂ© Ă  prendre son tour, agir avant de penser, difficultĂ© Ă  rester assis immobile, courir ou grimper partout, problĂšmes pour organiser son travail, passer continuellement d’une activitĂ© Ă  l’autre, incapacitĂ© de finir les tĂąches demandĂ©es, facilement distrait, apparent manque d’attention, difficultĂ©s Ă  se concentrer sur les tĂąches qui demandent une attention soutenue.Pour Davis, ce qui est dĂ©jĂ  en place ne peut pas ĂȘtre retirĂ© mais on peut ajouter des connaissances qui annuleront les anciennes.Il faut donner l’habitude Ă  l’enfant de s’organiser, planifier, effectuer Ă  temps les tĂąches, faire des activitĂ©s physiques, lui permettre de bouger.Les enfants ayant un TDA ont tout particuliĂšrement besoin de dĂ©velopper un centre d’intĂ©rĂȘt qui leur permettra de dĂ©velopper leur capacitĂ©s et de se revaloriser.

 

[1] Professeur-chercheur au DĂ©partement de psychiatrie de l’UniversitĂ© de l’État de New York Upstate Medical University et psychologue, propose 10 principes directeurs dans l’éducation des enfants TDA http://www.memoireonline.com/03/07/394/m_interet-remediation-cognitive-trouble-deficit-attention19.html

[2] Dr Michel Lecendreux, psychiatre, pĂ©dopsychiatre Ă  l’hĂŽpital Robert-DebrĂ© Ă  Paris, auteur de L’hyperactivitĂ© : T.D.A.H – 2007

[3] Le Don d’apprendre

[4] Le Don d’apprendre page 38

[5] Toutes ces corrections sont dĂ©crites dans son livre Le Don d’apprendre

Les diffĂ©rentes formes d’intelligence selon Antoine de La Garanderie et la gestion mentale

Antoine de La Garanderie[1] (1920-2010), Ă©tait diplĂŽmĂ© d’études supĂ©rieures de philosophie, certifiĂ© en biologie animale et vĂ©gĂ©tale, docteur Ăšs lettres. Il a Ă©tĂ© professeur de philosophie et de culture gĂ©nĂ©rale, maĂźtre de confĂ©rences Ă  la FacultĂ© des lettres de l’Institut catholique de Paris, ancien directeur de l’Institut de l’audiovisuel Ă  Paris.

Pour aider les enfants dans leurs apprentissages, il a conduit une rĂ©flexion pĂ©dagogique sur les motifs de la rĂ©ussite et de l’échec des Ă©tudiants depuis les annĂ©es 70, en mettant en Ă©vidence les diffĂ©rents gestes mentaux qui sont employĂ©s pour rĂ©ussir, rĂ©flĂ©chir, apprendre, comprendre, mĂ©moriser, etc.

La gestion mentale aide Ă  prendre conscience de ces procĂ©dures personnelles, de ce que l’accomplissement d’une tĂąche Ă©voque en nous et conduit Ă  une meilleure connaissance de soi. La gestion mentale propose d’autres mĂ©thodes de fonctionnement qui peuvent complĂ©ter ou Ă©largir les mĂ©thodes naturelles. L’enfant apprend Ă  structurer les gestes mentaux (l’attention, la mĂ©morisation, la comprĂ©hension, la rĂ©flexion, l’imagination), Ă  Ă©largir ses compĂ©tences (transfĂšre les habitudes mentales efficaces aux domaines de difficultĂ© ; aide Ă  Ă©largir ses propres habitudes mentales) et est amenĂ© Ă  l’autonomie. Les cinq gestes mentaux, dont nous n’avons pas forcĂ©ment conscience, sont des activitĂ©s du cortex cĂ©rĂ©bral. Ils utilisent les Ă©vocations et s’articulent entre eux en des stratĂ©gies mentales diffĂ©rentes selon les individus. Ils nous permettent de rĂ©aliser toutes les opĂ©rations intellectuelles.

MĂ©moriser : cela consiste d’abord Ă  regarder et Ă©couter avec le projet de se redonner en images ou en mots ce que l’on perçoit et ensuite de le faire. On s’assurera de la conservation de ces acquis en s’imaginant ĂȘtre dans l’avenir, en train de les utiliser.

Comprendre revient Ă  traduire en mots, en phrases, en images, l’objet concret ou abstrait donnĂ© en perceptions visuelles ou auditives. Le but est de camper une situation de confrontation entre cet objet et la traduction qu’on s’en est donnĂ©. Ainsi seront produits des jugements de comparaison, d’oĂč pourront naĂźtre des intuitions de sens.

RĂ©flĂ©chir, c’est retrouver des acquis susceptibles d’apporter les moyens de traiter une situation d’exercice, de problĂšme, de tĂąches diverses, plus ou moins complexes. Ces acquis seront alors mobilisĂ©s dans la pensĂ©e sous forme d’Ă©vocations concrĂštes ou symboliques. Ils seront enfin confrontĂ©s Ă  ces exercices ou problĂšmes.

Imaginer est dĂ©couvrir ou inventer en s’ingĂ©niant Ă  Ă©voquer l’inĂ©dit des choses ou des ĂȘtres, que cet inĂ©dit soit prĂ©sent en eux, ou qu’on en Ă©labore la construction, toujours en utilisant les Ă©vocations d’images et de mots.

L’effort demandĂ© Ă  l’Ă©lĂšve pour rĂ©aliser les gestes mentaux voit son impact diminuĂ© par le manque d’initiative. En effet, ces gestes permettent le dĂ©veloppement de moyens performants, mais ils ne peuvent pallier le manque d’objectifs chez l’Ă©lĂšve. Il lui faut un espace de libertĂ© suffisant pour se crĂ©er son propre but.

Nous avons peut-ĂȘtre appris ces gestes spontanĂ©ment ou par un tiers, mais ces gestes ne sont pas forcĂ©ment maĂźtrisĂ©s, tout comme certains rĂ©alisent mieux les gestes de la nage libre que d’autres. Ce n’est pas forcĂ©ment une question de don, cela peut ĂȘtre dĂ» Ă  l’apprentissage. Selon Antoine de la Garanderie, chacun peut apprendre Ă  rĂ©ussir au mieux ces gestes, en tenant compte de son profil pĂ©dagogique.

Antoine de La Garanderie a donc commencĂ© Ă  Ă©laborer sa thĂ©orie en interrogeant de jeunes Ă©tudiants, car il Ă©tait stupĂ©fait de constater leur rĂ©ussite dans certains domaines et leur Ă©chec dans d’autres, alors qu’il avait l’intuition, tout comme Maria Montessori soixante ans plus tĂŽt d’ailleurs, que tous les individus ont la mĂȘme quantitĂ© d’intelligence dĂšs le dĂ©part mais avec de multiples fonctionnements parfois bien diffĂ©rents.

Antoine de La Garanderie constata que de dialoguer avec des jeunes sur leurs modes de fonctionnement leur apportait une aide. Ils se rendaient compte que tous n’avaient pas la mĂȘme façon de penser, de raisonner et cela les aidait aussi Ă  comprendre comment ils fonctionnaient eux-mĂȘmes et les incitait Ă  reproduire d’autres schĂ©mas mentaux. Mais ces Ă©tudiants Ă©taient dĂ©jĂ  ĂągĂ©s, alors Antoine de La Garanderie tenta d’intervenir auprĂšs d’enfants plus jeunes pour essayer de discerner comment ils fonctionnaient en situation de rĂ©ussite, afin de les aider Ă  adapter leur fonctionnement dans des situations habituelles d’échec. Il mena alors une enquĂȘte auprĂšs d’élĂšves de troisiĂšme au cours de dix sĂ©ances de deux heures. Le premier travail fut de faire parler les Ă©lĂšves sur leurs mĂ©thodes personnelles de travail selon ce plan :

Mémoire : apprentissage des leçons
– Celles que vous apprenez le plus facilement ;
– Celles que vous apprenez le plus difficilement ;
– Celles que vous nĂ©gligez systĂ©matiquement.

Réflexion : réalisation des devoirs :
– Ceux que vous faites avec le moins de difficultĂ©s ou que vous sentez pouvoir faire ;
– Ceux que vous ne parvenez pas Ă  faire, sinon avec beaucoup de peine.

Attention : écoute en classe :
– Qu’est-ce que vous comprenez le plus facilement ?
– Qu’est-ce que vous comprenez difficilement ? Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ?
– Qu’est-ce qui vous met sur la voie quand vous ne comprenez pas ?
– Qu’est-ce qui, Ă  votre avis, vous fait perdre pied gĂ©nĂ©ralement ?

AprĂšs cette enquĂȘte minutieuse auprĂšs d’élĂšves et d’enseignants sur leurs mĂ©thodes personnelles de travail, Antoine de La Garanderie constate que ceux-ci ne sont gĂ©nĂ©ralement pas conscients des mĂ©thodes qu’ils emploient. De plus, il ressort deux points importants :

« Il n’y a pas autant de mĂ©thodes personnelles de travail que d’individus. Il existe un certain nombre de familles d’esprit qui pratiquent les mĂȘmes mĂ©thodes.
Ces mĂ©thodes personnelles de travail ne changent pas fondamentalement au cours de l’existence de l’individu ».

Ce sont donc de vĂ©ritables habitudes mentales indĂ©pendantes de toute volontĂ©. Ces procĂ©dures personnelles demeurent implicites tant qu’on n’en fait pas prendre conscience aux personnes.

Il donne quelques exemples de fonctionnement qui entraĂźnent des diffĂ©rences nettes dans les compĂ©tences scolaires. Pierre et Paul sont en 5Ăšme. Pierre connaĂźt par cƓur les Ă©noncĂ©s des thĂ©orĂšmes et leur dĂ©finition, mais lorsqu’il doit les appliquer, il est perdu. Paul n’apprend pas ses leçons mais il parvient facilement Ă  rĂ©soudre des exercices et des problĂšmes au tableau, montrant ainsi qu’il a compris. « Faut-il dire que Pierre a de la mĂ©moire mais qu’il n’est pas intelligent ? Inversement, faut-il dire que Paul est intelligent mais qu’il n’a pas de mĂ©moire ? On va parfois plus loin. On estimera que Pierre se contente de faire travailler sa mĂ©moire au lieu d’activer son intelligence. Pour empĂȘcher que l’élĂšve ne continue Ă  user de sa mĂ©moire en laissant pour compte son intelligence, on va lui interdire d’apprendre par cƓur. On accepte beaucoup mieux le cas de Paul qui comprend sans faire l’effort d’apprendre ! Et l’on s’en tient lĂ  »[2]. Ce n’est pas un problĂšme d’intelligence ou de mĂ©moire. Ces diffĂ©rences viennent du fait que Pierre et Paul n’utilisent pas les mĂȘmes images mentales. Ce sont les images verbales qui aident Pierre Ă  retenir les dĂ©finitions alors que ce sont les images mentales visuelles qui permettent Ă  Paul de voir les figures gĂ©omĂ©triques et les symboles en algĂšbre et de pouvoir les utiliser correctement. Pour Pierre, « C’est l’absence de la reprĂ©sentation visuelle, confondue Ă  tort avec une inaptitude (dite naturelle) qui est la cause de son impossibilitĂ© Ă  appliquer ce qu’il a appris »[3]. Pour rĂ©soudre son problĂšme pĂ©dagogique, il faut qu’il se reprĂ©sente les figures et les symboles. Bien qu’il se reprĂ©sente correctement les figures et les symboles, Paul risque d’ĂȘtre limitĂ© Ă  des applications ponctuelles s’il ne prend pas l’habitude de se faire une reprĂ©sentation verbale des figures et des symboles.

Selon les recherches rĂ©centes sur le cerveau, il semble que Pierre soit nettement auditif ce qui l’aide rĂ©ellement Ă  apprendre par cƓur sans pour autant comprendre le sens de ce qu’il a appris, d’oĂč ses difficultĂ©s Ă  appliquer les dĂ©finitions et thĂ©orĂšmes. En effet, les cerveaux gauches ont vraiment besoin de comprendre la rĂšgle pour l’appliquer. Paul est plutĂŽt visuel, ce qui lui permet d’appliquer facilement une rĂšgle, un thĂ©orĂšme, car c’est l’apanage du cerveau droit que de reproduire selon un modĂšle. Paul aura besoin de verbaliser la rĂšgle afin de faire travailler son cerveau gauche et d’apprendre Ă  raisonner.

Jacques et Jean sont en CM1. Jacques est trĂšs bon en orthographe et mauvais en rĂ©daction alors que Jean compose bien avec une orthographe dĂ©plorable. A travers ses lectures, Jacques se fabrique naturellement des images visuelles qui l’aident Ă  Ă©crire comme il faut lorsqu’il le doit ou le veut. Jean, lui, se fabrique des images auditives grĂące Ă  son discours intĂ©rieur car il se rĂ©pĂšte ce qu’il est en train de lire lorsqu’il lit un livre. Il se compose ainsi des rĂ©cits, des raisonnements, des dĂ©veloppements dans sa tĂȘte qui l’aident lorsqu’il doit rĂ©diger.

Il y a donc « un lien intrinsĂšque entre la forme de l’habitude Ă©vocatrice pratiquĂ©e et les adaptations et les inadaptations scolaires. Il y a un lien intrinsĂšque entre le contenu de la mĂ©moire, les aptitudes de l’intelligence et la forme de l’habitude Ă©vocatrice pratiquĂ©e. L’habitude Ă©vocatrice non pratiquĂ©e peut ĂȘtre acquise pour peu qu’on le veuille et qu’on sache comment s’y prendre »[4].

Nous pouvons aussi imaginer les dĂ©gĂąts que peut avoir un enseignement qui soit uniquement et exactement Ă  l’opposĂ© de celui d’un enfant ! Imaginez « un professeur qui comprend par plan. Il estime qu’il n’y a rien de plus clair, rien de plus parlant pour l’intelligence et pour la mĂ©moire, qu’un plan
 HĂ©las ! Cela ne dit rien Ă  l’élĂšve auquel il faut beaucoup, beaucoup d’images pour saisir la moindre chose. Et, alors, l’élĂšve finit par dĂ©sespĂ©rer et par douter de sa capacitĂ©, car, ne l’oublions pas, il n’est pas du tout familiarisĂ© avec l’idĂ©e de diffĂ©rences de procĂ©dĂ©s pour accĂ©der Ă  la comprĂ©hension et Ă  la mĂ©morisation. Il n’a pas en lui les ressources nĂ©cessaires pour continuer dans sa ligne. En dĂ©sespoir de cause, il laisse tout aller et devient paresseux »[5].

Attention ! Pour que l’enseignant puisse Ă©valuer correctement l’enfant, il lui faut la connaissance des profils pĂ©dagogiques et la connaissance de son profil Ă  lui. L’enseignant qui n’a pas dessinĂ© son propre profil pĂ©dagogique et qui, de ce fait, reste dans l’ignorance de ses habitudes Ă©vocatrices ainsi que des paramĂštres qu’il gĂšre, ne pourra pas formuler une Ă©valuation, juste des qualitĂ©s et des limites de ses Ă©lĂšves. Il ne pourra pas comprendre et interprĂ©ter correctement les rĂ©sultats de certains Ă©lĂšves. Vous savez, toutes ces petites remarques qui ne veulent rien dire et qui sont tellement dĂ©motivantes comme « peut mieux faire » 

Pour Antoine de La Garanderie, la pĂ©dagogie est constamment en recherche pour expliquer les Ă©checs scolaires. Pour cela, elle fait souvent intervenir des facteurs psychiques, psycho-sociaux, sociaux, politiques, 
 Ă  travers des analyses freudienne, marxiste, biologique (l’inaptitude Ă  cause de chromosomes), ou tout simplement une certitude d’absence d’aptitude ou de la mauvaise volontĂ©. La tendance se recommande des sciences humaines, plus particuliĂšrement des thĂ©ories psychanalytiques ou de celles qui tournent autour du marxisme. Antoine de La Garanderie, plus modestement et Ă  contre-courant, demande au pĂ©dagogue d’ĂȘtre pĂ©dagogue, de croire en lui, en sa science d’enseignant alors que l’enseignant fait confiance aux sciences humaines.

« Le jeune enfant a besoin que l’adulte l’aide Ă  maĂźtriser les objets, sans l’humilier, c’est-Ă -dire sans lui ĂŽter le pouvoir d’agir ».

Antoine de La Garanderie a proposĂ© Ă  quelques Ă©lĂšves trois sujets de dissertation au tableau. Il les priait de travailler comme ils en avaient l’habitude. « L’un commençait, aprĂšs un temps de rĂ©flexion, Ă  rĂ©diger sa dissertation au propre ; un autre faisait un plan ; un autre soulignait les mots du sujet qu’il avait choisi et les dĂ©finissait ; un autre se laissait aller au courant de la plume pour noter tout ce qui lui passait par la tĂȘte ; un autre cherchait Ă  Ă©voquer les parties du cours qui correspondait au sujet choisi, ainsi que des citations susceptibles de s’y rapporter ; un autre, enfin, n’écrivait rien, mais Ă©laborait dans sa tĂȘte le dĂ©veloppement du sujet ». Ce sont les cas les plus rĂ©pandus qu’Antoine de La Garanderie a rencontrĂ©s. Parmi eux, trois reviennent encore plus frĂ©quemment : ceux qui Ă©crivent d’un premier jet, ceux qui notent tout ce qui leur passe par la tĂȘte, qui laissent courir leur plume, et ceux qui font un plan.

Il est extrĂȘmement important de comprendre que parmi ces mĂ©thodes de travail aucune est bonne, aucune est mauvaise. Elles sont toutes valables, mais chacune demande une aide appropriĂ©e pour complĂ©ter ce qui est naturel et arriver au rĂ©sultat escomptĂ©. Il n’est jamais trop tard pour cela, on peut rĂ©veiller des parties du cerveau qui Ă©taient en sommeil ou en veilleuse mĂȘme depuis longtemps.

Dans le cadre de l’élaboration d’une dissertation, voici ce qu’Antoine de La Garanderie prĂ©conise :♩ Le ‘’rĂ©dacteur’’ qui rĂ©dige d’un premier jet finit souvent par ĂȘtre bloquĂ©, il ne sait plus quoi dire. De plus, il est parfois, soit partiellement, soit complĂštement, hors sujet, et/ou a oubliĂ© une partie des consignes


  • Il y a deux difficultĂ©s majeures dans ce cas. Soit lorsqu’il s’arrĂȘte, il ne sait plus oĂč il en est ! Il faut relire tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit et, en gĂ©nĂ©ral, le fil des idĂ©es est retrouvĂ©. Soit, lorsqu’il relit sa dissertation, il s’aperçoit qu’il n’a pas rĂ©pondu Ă  la question ou seulement Ă  une partie. Il faut recopier la dissertation en refaisant les passages qui ne convenaient pas. Ce genre d’enfant en a le temps car il est trĂšs rapide Ă  Ă©crire.

♩ Le ‘’courant de la plume’’ ou chercheur d’idĂ©es ne parvient pas Ă  bĂątir un plan. Il manque de rigueur dĂ©monstrative, l’ensemble est mal structurĂ© et de valeur inĂ©gale.

  • Il faut relire tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit en se rĂ©fĂ©rant sans cesse au sujet, plusieurs fois s’il le faut. Puis, il faut sĂ©lectionner les passages Ă  conserver et ceux Ă  supprimer. Enfin, réécrire ce qui a Ă©tĂ© conservĂ©, le retravailler en se rĂ©fĂ©rant toujours au sujet afin d’obtenir un bon enchaĂźnement et d’obtenir le texte dĂ©finitif.

♩ Le ‘’planificateur’’ rĂ©dige facilement un plan bien structurĂ© mais a de la peine Ă  dĂ©velopper ses idĂ©es.

  • Sa principale difficultĂ© est le dĂ©veloppement. Il ne doit pas chercher Ă  dĂ©velopper ! Il faut trouver des exemples. Aussi, il faut recueillir une documentation, s’en imprĂ©gner, chercher des citations, mettre de cĂŽtĂ© la documentation et rĂ©diger de tĂȘte. Petit Ă  petit, l’écriture sera plus facile.

En interrogeant de trĂšs bons Ă©lĂšves, Antoine de La Garanderie s’est rendu compte qu’ils avaient Ă©galement chacun des mĂ©thodes personnelles de travail mais qu’ils n’étaient pas enfermĂ©s dans ces mĂ©thodes qui auraient limitĂ© leurs capacitĂ©s. Ils utilisaient aussi, sans le savoir, des fonctionnements qui ne leur Ă©taient pas naturels, qu’ils avaient dĂ©veloppĂ©s inconsciemment aprĂšs un effort d’adaptation pour remĂ©dier aux limites de leurs propres mĂ©thodes.A travers des dialogues pĂ©dagogiques, il remarque aussi avec d’autres Ă©lĂšves que certains dĂ©couvrent que l’effort auquel ils rĂ©pugnaient Ă©tait la condition de la rĂ©ussite ou celle pour Ă©chapper Ă  l’échec.Par la suite, Antoine de La Garanderie ne s’est pas limitĂ© au domaine scolaire car certains enfants sont mĂ©diocres Ă  l’école et excellents dans un domaine extrascolaire. C’est en comprenant le fonctionnement de l’enfant dans cette activitĂ© extrascolaire oĂč l’enfant montre de rĂ©elles capacitĂ©s qu’il peut dĂ©terminer le profil de l’enfant afin de remĂ©dier au domaine scolaire.En conclusion, la majoritĂ© des enfants ont besoin d’ĂȘtre ouverts Ă  d’autres procĂ©dĂ©s pour Ă©tendre leurs compĂ©tences.

Antoine de La Garanderie appelle la forme naturelle d’évocation ‘’langue maternelle pĂ©dagogique’’ et l’autre forme d’évocation qu’il est possible d’apprendre ‘’seconde langue pĂ©dagogique’’.Il a classĂ© les diffĂ©rentes formes d’images mentales visuelles et auditives sous leur langue pĂ©dagogique propre.

Langue pédagogique visuelle

Les images des objets perçus rĂ©ellement dans le monde visible : choses, ĂȘtres, scĂšnes de la vie. Certains sujets bornent leurs Ă©vocations visuelles Ă  cette catĂ©gorie d’objets.
Les images des mots eux-mĂȘmes. Ce n’est pas le fait de tout sujet qui utilise la langue pĂ©dagogique visuelle d’évoquer visuellement les mots lus ou entendus.
Les images des figures, des croquis, des symboles… Autre forme nouvelle de reprĂ©sentations par des images mentales visuelles. Et nous devons faire une distinction entre les sujets qui Ă©voquent les figures gĂ©omĂ©triques Ă  l’exclusion des symboles algĂ©briques et rĂ©ciproquement.
L’élaboration d’images visuelles mentales pour se reprĂ©senter ce qui n’a pas Ă©tĂ© perçu ou pour symboliser des objets perçus
 Nous ne nous contenterions plus de reproduire par des images mentales des objets perçus ; nous serions en situation « crĂ©ative » d’images visuelles.

Langue pédagogique auditive

Les images auditives des sons perçus, des conversations tenues, des mots entendus dĂ©signant des choses ou des ĂȘtres.
Les images auditives des mots appris, les séries de mots appris mécaniquement qui sont évoqués auditivement en images mentales.
Les enchaĂźnements de phrases constituant des ensembles logiques Ă  teneur historique, scientifique
, Ă©voquĂ©es par des successions d’images mentales auditives.
L’élaboration par des images auditives internes de rĂ©cits inventĂ©s, d’histoires complĂ©tĂ©es ou transformĂ©es
 Nous sommes en situation crĂ©ative d’images auditives.

A partir de là, Antoine de La Garanderie a conçu les paramÚtres intervenant pour la constitution du profil pédagogique.

Sa thĂ©orie repose donc sur diffĂ©rents concepts de l’Ă©vocation comme :

  • la nature (ou langue) de l’Ă©vocation : visuelle, auditive, verbale, etc.
  • les paramĂštres mis en jeu : concret (Ă©vocation des choses, des ĂȘtres, des scĂšnes, des gestes ou P1), convention (Ă©vocation des mots ou P2), liens logiques (Ă©vocation des rapports et des relations ou P3) ou liens inĂ©dits (Ă©vocation en complĂ©tant, en prolongeant, en innovant ou P4)
  • le codage : premiĂšre ou troisiĂšme personne
  • le lieu de sens : spatial ou temporel.

Tableau des paramĂštres mis en jeu selon la nature de l’évocation (visuelle ou auditive) pour la constitution du profil pĂ©dagogique :

Opérations mentales simples

Évocations visuelles

Évocations auditives

P1 – Évocation des choses, des ĂȘtres, des scĂšnes, des gestes.

Le sujet voit en image mentale, donc visuelle, les choses, les ĂȘtres et les gestes.

Le sujet entend parler par une image mentale, donc auditive de ces choses, de ces ĂȘtres, de ces scĂšnes, de ces gestes.

P2 – Évocation des mots.

Le sujet voit en image mentale, donc visuelle, les mots à leur place dans la page et comment ils sont écrits, et se font les accords grammaticaux par la vue.

Le sujet entend en images mentales, donc auditive, les mots prononcĂ©s dans des sĂ©ries de mots et se font les accords grammaticaux par l’oreille.

Opérations mentales complexes

Évocations visuelles

Évocations auditives

P3 – Évocation des rapports et des relations : lois, causes-effets, principes Ă  consĂ©quences
etc


Le sujet voit les figures géométriques, les équations, les rÚgles de grammaire sur le livre, le cahier, comme ils sont visuellement posés.

Le sujet entend l’énoncĂ© des rĂšgles de mathĂ©matiques et de grammaire


P4 – Évocation en complĂ©tant, en prolongeant, en innovant.

Le sujet opÚre visuellement ces évocations.

Le sujet opÚre auditivement ces évocations.

Le codage 1Ăšre personne : certains retiennent mieux lorsqu’ils rĂ©pĂštent eux-mĂȘmes ce qu’ils veulent apprendre.

Le codage 3ùme personne : d’autres retiennent mieux lorsqu’ils entendent de quelqu’un d’autre ce qu’ils veulent apprendre.

La rĂ©alisation de ces gestes mentaux repose sur deux notions fondamentales : l’Ă©vocation et le projet

L’évocation correspond Ă  la crĂ©ation ou au rappel d’images mentales, des mĂ©thodes personnelles de traitement de l’information visuelle, auditive ou verbale, par lesquelles le sujet rend prĂ©sent, mentalement, le monde qui l’entoure, la rĂ©alitĂ© qui est ou celle qu’il invente. Chacun code les informations Ă  sa maniĂšre pour mieux les comprendre et les retenir. Ces images existent en l’absence de l’objet externe et constituent le matĂ©riau de base de l’activitĂ© intellectuelle. Il ne peut y avoir d’acte intellectuel Ă  proprement parler sans Ă©vocation. Apprendre Ă  Ă©voquer et prendre conscience de ses Ă©vocations sont deux voies concrĂštes de progrĂšs.

Évocation visuelle : reprĂ©sentation mentale faite d’Ă©lĂ©ments semblables Ă  ceux que l’on perçoit par la vue : revoir mentalement des scĂšnes de la vie courante, des objets, des lieux, des personnes, des chiffres, des mots, des schĂ©mas, des cartes, des espaces, des mouvements, des couleurs, etc.

Évocation auditive : reprĂ©sentation mentale faite d’Ă©lĂ©ments semblables Ă  ceux que l’on perçoit par l’ouĂŻe: rĂ©entendre mentalement une mĂ©lodie, des sons naturels ou non, des voix humaines, des intonations, etc.

Évocation verbale : discours intĂ©rieur que le sujet se tient Ă  lui-mĂȘme. Ce discours peut reprendre les propos d’autrui, plus ou moins fidĂšlement, mais la voix est celle du sujet qui Ă©voque. Ce discours intĂ©rieur peut aussi ĂȘtre original, fabriquĂ© par le sujet au fur et Ă  mesure que sa pensĂ©e se dĂ©roule. Ce discours peut dĂ©crire ce que le sujet voit, a vu, a entendu, commenter, construire un argumentaire, inventer des histoires, etc.

Le projet est le sens, l’orientation que nous donnons Ă  ce que nous voulons faire, il ancre l’acte intellectuel dans le temps et dans l’espace. Il se traduit dans l’acte pĂ©dagogique par le fait d’Ă©veiller chez l’enfant le projet visĂ© par la tĂąche qu’il a Ă  effectuer. C’est un projet Ă  trĂšs court terme, qui anime l’acte intellectuel. Nous n’aborderons pas de la mĂȘme façon un texte si nous avons comme projet de le rĂ©citer de mĂ©moire ou celui d’en expliquer le contenu. De mĂȘme que nous ne regarderons pas un paysage de la mĂȘme façon, si nous avons comme projet de l’admirer ou celui de le raconter Ă  quelqu’un. En s’imaginant un cadre pour restituer ce que l’on a appris ou pour l’exploiter soi-mĂȘme, la motivation grandit et aide Ă  la mĂ©morisation. Le projet structure les gestes mentaux (l’attention, la mĂ©morisation, la comprĂ©hension, la rĂ©flexion, l’imagination). Le projet Ă©tant dĂ©terminĂ©, nous dĂ©clenchons la bonne Ă©vocation qui produit la rĂ©ussite. Le contraire est Ă©galement vrai.

En analysant les paramĂštres utilisĂ©s par une personne, Antoine de La Garanderie dĂ©termine les capacitĂ©s et incapacitĂ©s qui en dĂ©coulent. Il peut Ă©galement dĂ©terminer ce qu’il convient de faire si l’on veut supprimer la consĂ©quence d’incapacitĂ© en transfĂ©rant les habitudes mentales efficaces aux domaines de difficultĂ©. Il faut partir du constat positif qui incite l’élĂšve Ă  continuer Ă  faire ce qui lui rĂ©ussit, « Le diagnostic aura ainsi plus de chance d’ĂȘtre compris puisqu’il se fonde non sur un manque mais sur un plein qui est la cause directe de ce manque »[6]. C’est le ‘’trop’’ qui souvent explique le ‘’pas assez’’. Le diagnostic et l’entraĂźnement pĂ©dagogiques sont les moyens qu’il faut mettre en Ɠuvre pour aider les Ă©lĂšves Ă  s’adapter Ă  leurs tĂąches scolaires (sans oublier les avantages personnels qu’ils pourraient en tirer).

Antoine de La Garanderie a recensĂ© 80% d’auditifs, 20% de visuels et 80% de kinesthĂ©siques (associĂ© soit aux auditifs, soit aux visuels).

Pour Antoine de La Garanderie, tous les enfants sont capables de rĂ©ussir, il suffit de s’intĂ©resser Ă  leur façon de fonctionner.

« Quand on connaĂźt l’impact de la rĂ©ussite scolaire sur la personnalitĂ©, quand on sait Ă  quel point elle est une condition d’identitĂ© – par rapport Ă  autrui, certes, mais aussi par rapport Ă  soi-mĂȘme – je dis qu’il est criminel de maintenir des Ă©lĂšves en situation d’Ă©chec.

Tous les enfants sont en Ă©tat de rĂ©ussite immĂ©diate. Nous avons Ă  notre portĂ©e des moyens simples pour les y conduire. La gestion mentale n’est pas un truc, ce n’est pas non plus une recette : c’est une pĂ©dagogie des moyens qui se fonde sur des processus simples Ă  mettre en Ɠuvre, c’est une philosophie de la vie oĂč le rĂ©el reste encore Ă  rĂ©aliser. Tous ensemble, enseignants, Ă©lĂšves, parents, nous pouvons faire reculer les frontiĂšres de l’Ă©chec.

Il faut, de la maternelle Ă  la terminale, que chaque acteur du monde scolaire prenne sa part de responsabilitĂ©. Et la gestion mentale, c’est une pĂ©dagogie de la responsabilisation, de la prise de conscience, par chacun, du rĂŽle qu’il a Ă  jouer. Il est plus que temps de rĂ©agir. »

Ces mots d’Antoine de la Garanderie datent de 1988.

Un prĂ©-requis important pour AdLG est la motivation. La motivation ne se base pas sur des plaisirs d’états : avoir des dĂ©corations, des diplĂŽmes, des postes importants
 du genre « si tu travailles bien, tu auras une bonne situation ».

Il faut que la motivation soit basĂ©e sur des plaisirs d’actes pas des plaisirs d’états. Les plaisirs d’actes, l’amour de soi-mĂȘme, l’amour de l’autre : regarder une Ɠuvre d’art, Ă©couter de la musique
 « J’agis lorsque je suis Ă©merveillĂ© ! » Il faut favoriser les dĂ©sirs qui partent d’un dĂ©veloppement de l’ĂȘtre humain, qui permettent d’exister d’avantage : « Si tu travailles, tu auras la joie de connaĂźtre, tu vas ĂȘtre capable de jouer tels morceaux
 ». Il est nĂ©cessaire de mettre l’enfant dans une situation de plaisirs d’actes.

TĂ©moignage d’une adhĂ©rente de CISE :

« J’avais deux enfants Ă  la maison pour le week-end : deux garçons de 6-7 ans dont l’un lisait assez bien et l’autre n’arrivait pas Ă  lire. Antoine de la Garanderie nous avait parlĂ© des enfants auditifs au CP, qui ne parviennent pas Ă  assimiler la lecture : quand on leur demande, le soir, par exemple, de « relire » la leçon du jour, on a l’impression qu’ils disent « n’importe quoi ». En fait, ils ne disent pas « n’importe quoi » : ils se souviennent des mots ou des phrases Ă©tudiĂ©s en classe, et les redisent… mais comme ils n’ont pas « codé » la forme des mots, ils ne les disent pas forcĂ©ment au bon endroit.

Les deux garçons Ă©taient donc plongĂ©s dans la lecture d’AstĂ©rix. Je m’approchai de celui qui avait des difficultĂ©s et lui demandai si, dans les deux pages qu’il avait sous les yeux, il reconnaissait des mots. Il parcourut des yeux les bulles : non, il ne reconnaissait rien. Puis soudain, arrivant Ă  la derniĂšre vignette : – LĂ , c’est « A l’attaque! » – Ah ? Comment tu le sais ? – Parce qu’il y a un A, et puis un L et encore un A, alors je me suis dit « A l’attaque ! ».

‘’Je me suis dit’’… Un « auditif »…

Par la suite, j’ai rencontrĂ© beaucoup d’auditifs qui avaient eu des difficultĂ©s en CP : tous ceux que je connais qui ont redoublĂ© leur CP Ă©taient des auditifs… Et comme la plupart des enseignants sont des visuels, ils enseignent naturellement pour des visuels, sans savoir que certains de leurs Ă©lĂšves ne comprennent pas un certain nombre de choses qui leur paraissent pourtant, Ă  eux enseignants, Ă©videntes (Ă©videntes : qui se voient !).

Par exemple : vous Ă©crivez au tableau le plan d’une leçon, vous faites des titres, numĂ©rotĂ©s, des retraits pour les sous-titres, et encore des retraits pour des contenus. Vous passez dans les rangs… et vous vous Ă©nervez contre quelques Ă©lĂšves qui nĂ©gligent vos beaux retraits et copient tout contre la marge : « Mais enfin! Tu ne vois pas ce qui est au tableau? » Bien sĂ»r que si, ils voient, quand ils regardent… mais tous vos beaux retraits ne leur disent rien, ils ne sont pas porteurs de sens pour eux.

J’ai donnĂ© quelques cours particuliers Ă  une Ă©lĂšve de 5Ăšme, que je reconnus assez vite comme auditive. Ces cours particuliers m’ont permis de dĂ©couvrir certains problĂšmes… et d’apprendre Ă  les traiter. L’Ă©lĂšve en question devait faire le plan d’un texte. Le problĂšme Ă©tait qu’elle n’arrivait absolument pas Ă  comprendre ce qu’on attendait d’elle : qu’est-ce qu’Ă©tait un plan ? Elle lut le texte, puis me le raconta. Je m’aperçus alors qu’elle avait parfaitement compris, mais Ă©tait incapable de retrouver dans le texte les diffĂ©rentes parties : l’auditif n’ayant pas de repĂšres visuels, il est obligĂ© de tout relire Ă  chaque question pour trouver la rĂ©ponse; alors que le visuel saura qu’il lui faut la chercher dans le 2Ăšme paragraphe, par exemple. Pour faire le fameux « plan », nous nous basĂąmes donc uniquement sur l’oral : lui faisant redire l’histoire, je lui demandai de retrouver les diffĂ©rents Ă©pisodes et de les formuler sous forme de titre. Ce qui ne lui posa aucun problĂšme ».

Depuis quelques annĂ©es, un autre mouvement de gestion mentale s’est créé qui fonctionne diffĂ©remment. Des exercices types sont proposĂ©s, et le profil pĂ©dagogique est Ă©tabli en fonction de la maniĂšre dont les problĂšmes sont rĂ©solus. Le but Ă©tant Ă©galement de faire dĂ©couvrir Ă  la personne son mode de fonctionnement, afin qu’elle puisse l’adapter dans toutes les situations.

Exemple d’un exercice pour aider Ă  dĂ©terminer la dominante du cerveau :

Un pĂšre dĂ©cide de donner 100 € Ă  ses enfants Ă  raison de 5 € pour l’aĂźnĂ©, 3 € pour le second et 2 € pour le troisiĂšme. Combien donnera-t-il Ă  chacun ?

Une personne linĂ©aire et dĂ©ductive a rĂ©solu ce problĂšme de maniĂšre linĂ©aire, par soustraction successives. Son raisonnement est : « au dĂ©part, j’ai 100 € ; j’enlĂšve 5 € pour l’aĂźnĂ©, il reste 95 € ; j’enlĂšve 3 € pour le second, il reste 92 € ; j’enlĂšve 2 € pour le troisiĂšme, il reste 90 € ; j’enlĂšve Ă  nouveau 5 € pour l’aĂźnĂ©, il reste 85 € ; j’enlĂšve 3 € pour le second, il reste 82 € ; j’enlĂšve 2 € pour le troisiĂšme, il reste 80 € ; j’enlĂšve encore 5 € pour l’aĂźnĂ©, il reste 75 € ; j’enlĂšve 3 € pour le second, il reste 72 € ; j’enlĂšve 2 € pour le troisiĂšme, il reste 70 € ; etc. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. J’ai fait cela 10 fois, donc l’aĂźnĂ© reçoit 50 €, le second reçoit 30 € et le troisiĂšme reçoit 20 € ».

Une personne arborescente et intuitive a rĂ©solu ce problĂšme de maniĂšre spatiale : 5 € pour l’aĂźnĂ© + 3 € pour le second + 2 € pour le troisiĂšme font 10 €, ce qui est dix fois moins que 100 €, donc chacun a pu recevoir 10 fois plus, soit 50 € pour l’aĂźnĂ©, 30 € pour le second et 20 € pour le troisiĂšme.

La encore, il n’y a pas de bonne ou mauvaise maniĂšre, chacun trouve le rĂ©sultat !

Ce mouvement de gestion mentale est codifiĂ© par dominante cerveau gauche et dominante cerveau droit. Tout ĂȘtre humain est donc plus sensible Ă  une certaine façon d’apprendre. Pour ce mouvement de gestion mentale, il existe trois formes principales d’intelligence : auditive/verbale, visuelle/spatiale et kinesthĂ©sique/corporelle. Il y a de nombreuses combinaisons possibles en les mixant selon diffĂ©rentes proportions. La gestion mentale permet de bien connaĂźtre le fonctionnement du cerveau de son enfant afin de l’aider Ă  personnaliser les informations et Ă  adapter les apprentissages pour une optimisation de la comprĂ©hension et de la mĂ©morisation. Utiliser la gestion mentale permet de profiter des capacitĂ©s naturelles de l’enfant tout en l’aidant Ă  dĂ©velopper celles qui le sont moins. De plus, la motivation est bien meilleure quand l’enfant traite lui-mĂȘme les informations Ă  sa façon. Pour les parents, connaĂźtre son fonctionnement propre et celui de son enfant qui peut ĂȘtre complĂštement opposĂ©, peut permettre de comprendre pourquoi nous avons parfois l’impression de ne pas ĂȘtre capable d’expliquer une notion ; que notre enfant ne comprend rien ; de parler Ă  un mur.

Les enfants qui sont « auditif/ver­bal » utilisent particuliĂšrement l’hĂ©misphĂšre gauche et apprennent principalement en Ă©coutant ou en lisant. Ils sont donc sensibles aux sons, aux mĂ©lodies, aux voix, aux intonations et aux dĂ©tails. Selon leur codage, ils seront plus sensibles aux sons extĂ©rieurs ou Ă  leur propres sons (premiĂšre ou troisiĂšme personne) : certains retiendront mieux ce qu’ils entendent, d’autres retiendront mieux ce qu’ils lisent, commentent, rĂ©pĂštent
 Ils fonctionnent dans le temps, de maniĂšre linĂ©aire, il leur faut un point de dĂ©part et un point d’arrivĂ©e. Ils ont des facilitĂ©s pour lire, s’exprimer et pour apprendre par cƓur, mais sans forcĂ©ment comprendre. Ces enfants ont tendance Ă  relire leur leçon entiĂšrement dans leur tĂȘte, mĂȘme pour trouver une information qui se trouve au milieu ou Ă  la fin de leur leçon. Il est important d’aider ces enfants Ă  reformuler ce qu’ils lisent afin de dĂ©velopper une bonne comprĂ©hension, afin qu’ils puissent s’approprier les informations et qu’ils puissent isoler les diffĂ©rentes parties de leur leçon. Ils doivent aussi apprendre Ă  rĂ©sumer. De mĂȘme qu’ils prĂ©fĂšrent partir du dĂ©tail pour arriver Ă  l’ensemble, ils ont besoin de faire plusieurs exercices pour dĂ©couvrir et comprendre une rĂšgle. Ceux-ci sont de plus en plus en Ă©chec scolaire, car l’école ne leur offre plus la possibilitĂ© de cette nĂ©cessaire rĂ©pĂ©tition. Leur rythme n’est plus respectĂ©. Ils demandent toujours ‘’pourquoi ?’’ (si l’adulte est dĂ©passĂ© par les ‘’pourquoi’’ de l’enfant et ne sait que rĂ©pondre, reporter la rĂ©ponse avec une tierce personne ou chercher ensemble est prĂ©fĂ©rable Ă  une rĂ©ponse erronĂ©e). Pour les autres enfants, il est important de dĂ©velopper cette capacitĂ© Ă  comprendre le langage oral pour qu’ils puissent exprimer correctement et explicitement leurs pensĂ©es. Une mauvaise maĂźtrise du langage peut entraĂźner une certaine violence face Ă  ceux qui le maĂźtrisent mieux.

Ceux qui sont « visuel/spatial » utilisent particuliĂšrement le cerveau droit et ont besoin de voir des images ou de faire des dessins pour comprendre : revoir mentalement des scĂšnes de la vie courante, des objets, des lieux, des personnes, des chiffres, des mots, des schĂ©mas, des cartes, des espaces, des mouvements, des couleurs, etc. Selon leur codage, ils seront plus sensibles aux images extĂ©rieures ou Ă  leurs propres images, leur Ă©criture, leur dessin
 Les « cerveaux droits » ont besoin d’espace, ils demandent toujours ‘’comment ?’’. Ces enfants sont incapables d’apprendre par cƓur en lisant simplement plusieurs fois un texte. Ils ont besoin de se crĂ©er des images mentales pour retenir. Comme ils abordent les choses Ă  partir de l’ensemble, ils ont besoin de connaĂźtre une rĂšgle pour faire des exercices. Les personnes Ă  dominante cerveau droit pensent souvent qu’ils n’ont aucune mĂ©moire, alors qu’ils n’ont simplement pas l’habitude de se construire des images mentales. Pour les autres enfants, dĂ©velopper cette capacitĂ© Ă  visualiser peut faciliter les processus de comprĂ©hension et de rĂ©solution de problĂšmes. En effet, les images mentales aident Ă  la pensĂ©e et Ă  la rĂ©flexion.

Ceux qui sont « kinesthĂ©sique/corporel » sont Ă©galement soit Ă  dominante cerveau droit, soit Ă  dominante cerveau gauche, ou ambidextre du cerveau. Ils ont particuliĂšrement besoin de manipuler, de sentir du bout des doigts pour se fabriquer des images mentales et de bouger pour apprendre. Ce sont des enfants qui bougent tout le temps et qui touchent Ă  tout. Ces enfants ont souvent besoin de triturer un objet ou de griffonner afin de pouvoir se concentrer ! Ce qui exaspĂšre en gĂ©nĂ©ral les enseignants qui ne fonctionnent pas comme cela. Ils sont trĂšs sensibles et racontent surtout leur ressenti. Pour apprendre une leçon ou une poĂ©sie par cƓur, ils peuvent ĂȘtre aidĂ©s si on associe des gestes aux mots. Mais permettre aux autres enfants d’apprendre en touchant et en bougeant les aidera Ă  se sentir Ă  l’aise dans leur corps.

Catherine Chemin


[1] Voir bibliographie

[2] Extrait du livre Les Profils pĂ©dagogiques d’Antoine de La Garanderie

[3] Extrait du livre Les Profils pĂ©dagogiques d’Antoine de La Garanderie

[4] Extrait du livre Les Profils pĂ©dagogiques d’Antoine de La Garanderie

[5] Extrait du livre Les Profils pĂ©dagogiques d’Antoine de La Garanderie

[6] Extrait du livre Les Profils pĂ©dagogiques d’Antoine de La Garanderie

Les diffĂ©rentes formes d’intelligence selon Howard Gardner

Howard Gardner[1] (1943-), psychologue cognitiviste et « dĂ©veloppementaliste » amĂ©ricain, professeur en cognition et en Ă©ducation Ă  la Harvard Graduate School of Education, professeur de psychologie Ă  l’universitĂ© de Harvard et professeur de neurologie Ă  la facultĂ© de mĂ©decine de l’universitĂ© de Boston, est le pĂšre de la thĂ©orie des intelligences multiples qu’il prĂ©sente en 1983. C’est en travaillant sur les lĂ©sions cĂ©rĂ©brales de personnes nĂ©s avec ces lĂ©sions ou des personnes lĂ©sĂ©es suite Ă  un accident qu’il dĂ©couvre que les malades privĂ©s d’une facultĂ© intellectuelle bien prĂ©cise sont parfaitement capables d’en assumer d’autres. Le cerveau a une capacitĂ© de compensation extraordinaire.

En travaillant sur certaines formes de handicap mental, il conçoit ces diffĂ©rentes formes d’intelligences indĂ©pendantes dont nous sommes tous dotĂ©s dans des proportions extrĂȘmement variables comme le montre la grande variĂ©tĂ© des profils individuels. Chaque individu dispose de plusieurs types d’intelligences, pour lesquelles il a naturellement une plus ou moins grande compĂ©tence.

L’approche classique, qui prend en compte l’intelligence comme Ă©tant unique, est mesurable par QI. Hors, selon Howard Gardner, comme les tests utilisĂ©s pour mesurer le QI ne font appelle qu’à deux formes d’intelligence (compĂ©tences verbal-linguistiques et logique-mathĂ©matiques), ils ne sont absolument pas crĂ©dibles au regard de la science comme des besoins de la sociĂ©tĂ©.

Gardner cherche à élargir la portée du potentiel humain au-delà des limites érigées par le QI.

Selon Gardner, l’intelligence porte davantage sur la capacitĂ© de rĂ©soudre des problĂšmes ou de crĂ©er des produits, dans un cadre naturel et enrichissant. À son avis, l’intelligence humaine comprend trois composantes :

  • une sĂ©rie d’habiletĂ©s qui permet Ă  l’individu de rĂ©soudre les problĂšmes rĂ©els qu’il rencontre dans sa vie;
  • l’habiletĂ© de produire quelque chose ou d’offrir un service qui a de la valeur dans sa propre culture;
  • une capacitĂ© de trouver ou de faire ressortir des situations problĂšmes qui permettent Ă  des individus d’acquĂ©rir un nouveau savoir.

Notre culture serait portĂ©e Ă  dĂ©finir la notion ‘’d’intelligence’’ de façon trop Ă©troite, alors que nous naissons avec des potentiels biologiques intellectuels bruts et variĂ©s que nous dĂ©veloppons au cours de notre vie. C’est la combinaison particuliĂšre de ces intelligences en tout individu qui fait que nous sommes singuliers et diffĂ©rents des autres.

Howard Gardner recense huit formes d’intelligence, dont deux seulement sont reconnues dans les milieux scolaires : l’intelligence logique-mathĂ©matique et l’intelligence verbal-linguistique. Les six autres sont souvent dĂ©laissĂ©es par l’école et ne sont Ă©galement pas assez valorisĂ©es au travail.

L’utilisation de la thĂ©orie des Intelligences multiples ne vise pas Ă  catĂ©goriser les individus selon un seul type d’intelligence. Il s’agit de s’appuyer sur des capacitĂ©s naturellement plus dĂ©veloppĂ©es pour dĂ©velopper les autres. De plus, la ou les formes d’intelligences privilĂ©giĂ©es par un individu peut Ă©voluer avec le temps.

Les diffĂ©rentes forme d’intelligence d’Howard Gardner

L’intelligence logique-mathĂ©matique : c’est la capacitĂ© Ă  raisonner, Ă  compter, Ă  calculer, Ă  mesurer, Ă  ordonner le monde, Ă  faire preuve de logique et de rĂ©soudre des problĂšmes mathĂ©matiques et scientifiques. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui aime rĂ©soudre des problĂšmes ; chez ceux qui veulent des raisons Ă  tout, veulent des relations de cause Ă  effet ; qui aiment les structures logiques, et aiment expĂ©rimenter d’une maniĂšre logique ; chez ceux qui prĂ©fĂšrent la prise de note linĂ©aire ; etc. Cette forme d’intelligence est considĂ©rĂ©e comme essentielle et prioritaire dans notre sociĂ©tĂ©.

L’intelligence verbal-linguistique : c’est la capacité à ĂȘtre sensible les structures linguistiques sous toutes leurs formes. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui aime lire, qui parle facilement, aime raconter des histoires et aime en entendre, qui aime les jeux avec des mots (mots croisĂ©s, Scrabble, etc.), les jeux de mots, les calembours. Cette forme d’intelligence est Ă©galement considĂ©rĂ©e comme essentielle et prioritaire dans notre sociĂ©tĂ©.

L’intelligence visuelle-spatiale : c’est la capacitĂ© Ă  crĂ©er des images mentales, et Ă  percevoir le monde visible avec prĂ©cision dans ses trois dimensions. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui a un bon sens de l’orientation, ceux qui crĂ©ent facilement des images mentales, ceux qui aiment l’art sous toutes ses formes, ceux qui lisent facilement les cartes, les diagrammes et les graphiques, ceux qui aiment les puzzles, ceux qui aiment arranger l’espace, ceux qui se souviennent avec des images, ceux qui ont un bon sens des couleurs, ceux qui ont besoin d’un dessin pour comprendre. Les personnes ayant cette forme d’intelligence pensent essentiellement avec des images.

L’intelligence corporel-kinesthĂ©sique : c’est la capacitĂ© Ă  utiliser son corps d’une maniĂšre fine et Ă©laborĂ©e, Ă  s’exprimer Ă  travers le mouvement, Ă  ĂȘtre habile avec les objets, permet la manipulation fine et augmente les capacitĂ©s cognitives pour le sport. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui contrĂŽle bien les mouvements de son corps ; chez ceux qui aiment toucher, sont habiles en travaux manuels ; ceux qui aiment faire du sport, aiment jouer la comĂ©die ; chez ceux qui apprennent mieux en bougeant, qui aiment faire des expĂ©riences. Enfant, elle se reconnaĂźt car elle se trĂ©mousse s’il n’y a pas suffisamment d’occasion de bouger, se lĂšve pour tailler un crayon ou mettre un papier Ă  la poubelle. Les personnes utilisant beaucoup cette forme d’intelligence devront expĂ©rimenter pratiquement et avoir la possibilitĂ© de toucher, de bouger et de manipuler pour comprendre.

L’intelligence musicale-rythmique : c’est la capacitĂ© Ă  ĂȘtre sensible aux structures rythmiques, sonores et musicales. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui fredonne souvent, bat du pied, chante, se met Ă  danser sur le moindre rythme ; ceux qui sont sensibles au pouvoir Ă©motionnel de la musique, au son des voix et Ă  leur rythme ; ceux qui saisissent facilement les accents d’une langue Ă©trangĂšre. Les sciences cognitives prouvent aujourd’hui que cette forme d’intelligence est trĂšs prĂ©sente chez les petits qui ont besoin, par exemple, de sons et de comptines mais pas indĂ©pendamment des apprentissages. Les enfants ayant bien travaillĂ© tout ce qui sonore, et cela liĂ© aux apprentissages, auront l’oreille Ă©duquĂ©e et acquerront la lecture beaucoup plus rapidement. Ce travail n’est pratiquement plus rĂ©alisĂ© en maternelle.

L’intelligence intrapersonnelle : c’est la capacitĂ© Ă  avoir une bonne connaissance de soi-mĂȘme. C’est le « Connais-toi toi-mĂȘme » de Socrate. Qui suis-je ? Quelles sont mes limites ? OĂč est-ce que j’en suis ? Cette forme d’intelligence permet de savoir oĂč on en est, ce dont on a besoin, ce dont on est capable de faire, de connaĂźtre ses limites. Quelqu’un qui est Ă  l’aise avec son intrapersonnelle sera Ă  l’aise avec son interpersonnelle, avec les autres. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui a une bonne connaissance de ses forces et de ses faiblesses, de ses valeurs et de ses capacitĂ©s ; chez ceux qui apprĂ©cient la solitude ; qui savent se motiver personnellement ; qui aiment lire, qui Ă©crivent un journal intime ; qui ont une forte vie intĂ©rieure. Cette forme d’intelligence permet Ă©galement d’avoir des facultĂ©s pour percevoir l’Ă©tat d’esprit dans lequel se trouve les autres. Cette spĂ©cificitĂ© est Ă  apprivoiser pour ne pas en souffrir. Elle peut entraĂźner de grandes difficultĂ©s pour les trĂšs jeunes enfants, notamment lorsqu’ils se trouvent en contact avec des personnes inconnues. Cette forme d’intelligence puise ses fondements dans les parties les plus anciennes du cerveau.

L’intelligence interpersonnelle : c’est la capacitĂ© Ă  entrer en relation avec les autres. On reconnaĂźt particuliĂšrement cette intelligence chez quelqu’un qui entre bien et facilement en relation, se mĂ©lange et s’acclimate facilement ; chez ceux qui aiment ĂȘtre avec d’autres et ont beaucoup d’amis, ceux qui aiment bien les activitĂ©s de groupe ; chez ceux qui communiquent bien (ou parfois manipulent), chez ceux qui aiment rĂ©soudre les conflits, jouer au mĂ©diateur. Les personnes ayant une intelligence interpersonnelle dominante apprendront plus facilement en groupe. Cette forme d’intelligence puise Ă©galement ses fondements dans les parties les plus anciennes du cerveau.

L’intelligence naturaliste : c’est la capacitĂ© Ă  observer la nature sous toutes ses formes (minĂ©rale, vĂ©gĂ©tale ou animale), Ă  reconnaĂźtre et Ă  classer, Ă  identifier. On la reconnaĂźt chez ceux qui savent organiser des donnĂ©es, sĂ©lectionner, regrouper, faire des listes ; chez ceux qui sont fascinĂ©s par les animaux et leurs comportements, qui sont sensibles Ă  leur environnement naturel et aux plantes ; chez ceux qui cherchent Ă  comprendre la nature et Ă  en tirer parti (de l’Ă©levage Ă  la biologie) ; chez ceux qui se passionnent pour le fonctionnement du corps humain, qui ont une bonne conscience des facteurs sociaux, psychologiques et humains.

Elle permet aussi d’avoir des perceptions sensorielles trĂšs au dessus de la moyenne, une sorte d’effet loupe sur l’environnement. Cela explique des situations de panique quand petits, ils se retrouvent dans des endroits trop riches en sensations multiples comme les grands magasins par exemple. Cette qualitĂ© manifeste qui est celle du chasseur-cueilleur, permet de trouver des moyens de survie dans la nature.

Howard Gardner prĂ©cise : « L’essence de la thĂ©orie des intelligences multiples est le respect des nombreuses diffĂ©rences parmi les individus, les innombrables variations dans leurs maniĂšres d’apprendre, les diffĂ©rents modes par lesquels ils peuvent ĂȘtre Ă©valuĂ©s, et les maniĂšres presque infinies par lesquelles ils peuvent laisser leur trace dans le monde.»

Dans une confĂ©rence, VĂ©ronique Garas[2] partage son expĂ©rience rĂ©cente de mise en application d’ateliers correspondant Ă  chacune des 8 intelligences multiples de Howard Gardner afin que chaque enfant puisse aborder une nouvelle leçon d’une façon qui lui convienne.

VĂ©ronique Garas commence par expliquer en quoi elle note, dĂšs la maternelle, des diffĂ©rences fondamentales de raisonnement et de fonctionnement entre les enfants. Elle pense que l’enseignement laisse les enfants trop passifs et qu’il est trĂšs mauvais de laisser des enfants sans pouvoir s’exprimer verbalement pendant plus d’une heure plusieurs fois par jour. Elle constate que des enfants peuvent entendre sans pour autant Ă©couter, qu’ils peuvent voir sans pour autant observer et qu’il est du devoir de l’enseignant d’apprendre Ă  l’enfant Ă  Ă©couter et Ă  observer.

VĂ©ronique Garas partage avec Howard Gardner l’idĂ©e que les tests de QI ne permettent que d’évaluer les intelligences verbale/linguistique et logique/mathĂ©matique et constate qu’en France, ces 2 formes d’intelligences sont largement privilĂ©giĂ©es au dĂ©triment des autres.

VĂ©ronique Garas pense que nous possĂ©dons tous les huit intelligences de base dĂšs le dĂ©part. Ces huit formes d’intelligence fonctionnent habituellement en corrĂ©lation et de façon complexe. Chacun peut dĂ©velopper chaque intelligence jusqu’à un niveau satisfaisant de compĂ©tence et il y a de nombreuses façons d’ĂȘtre intelligent dans chaque catĂ©gorie. Nous faisons souvent appel Ă  une forme d’intelligence particuliĂšre dans certaines situations. Pour certains cette derniĂšre sera toujours diffĂ©rente et pour d’autre, il y aura vraiment une forme d’intelligence qui domine.

VĂ©ronique Garas regrette qu’en maternelle, on favorise trop rapidement le verbal/linguistique au lieu de favoriser en premier le kinesthĂ©sique. Elle pense Ă©galement que la construction du concept mathĂ©matiques se construit avant le concept de langage. Proposer l’inverse est pour elle une grave erreur et explique pourquoi il y a autant d’apprentissages ratĂ©s dĂšs le dĂ©part.

Lorsque cette intelligence logique-mathĂ©matique n’est pas correctement mise en place, elle empĂȘche une bonne comprĂ©hension de tout ce qui est chronologie et calcul de nombre. Si l’enfant a des difficultĂ©s, VĂ©ronique Garas est persuadĂ©e que c’est parce qu’on lui a mal appris.

Mise en application des intelligences multiples par Véronique Garas dans un cadre scolaire

Avant toute introduction de sĂ©quences s’appuyant sur la thĂ©orie des intelligences multiples, il faut d’abord observer les Ă©lĂšves et tenter de dĂ©couvrir leurs intelligences fortes. Pour cela, les enfants sont invitĂ©s par petites sĂ©quences Ă  aller dans le « salle des intelligences ». Les enseignants connaissent dĂ©jĂ  un peu leurs Ă©lĂšves auparavant et ils vont pouvoir ainsi conforter leur vision de chacun des Ă©lĂšves mais aussi parfois « dĂ©couvrir » des talents cachĂ©s.
Dans cette salle, six espaces ludiques, correspondant aux six intelligences « palpables » s’offrent aux enfants. L’observation des intelligences interpersonnelle et intrapersonnelle sera faite directement par l’enseignant, lors des dĂ©placements des Ă©lĂšves et des interactions qui peuvent se produire dans la salle.
L’hypothĂšse est que les Ă©lĂšves se dirigeront prioritairement vers les espaces correspondant Ă  leurs intelligences fortes. L’enseignant observe, note sur le tableau des observables, et veille Ă  ce que les enfants passent dans plusieurs ateliers.

Ateliers proposés :

L’intelligence corporelle / kinesthĂ©sique : bacs Ă  sable, pĂąte Ă  modeler, espaliers avec cloche Ă  installer Ă  diffĂ©rents niveaux.
L’intelligence logique-mathĂ©matique : engrenages, mĂ©mory des nombres, encastrements, dominos, jeux de dĂ©s, lotos des nombres, boĂźtes Ă  compter.
L’intelligence musicale / rythmique : Ă©couteurs et supports musicaux, instruments (percussions, xylophone…)
L’intelligence naturaliste : phasmes et escargots Ă  observer, plantes avec boĂźtes et loupe, Loto des odeurs, diffĂ©rents matĂ©riaux de la nature (marron, feuille, plantes, fleurs, graines
) avec compartiments pour trier.
L’intelligence verbale-linguistique : coin bibliothĂšque, Ă©coute de contes, marionnettes, table avec papier et crayons, modĂšles d’Ă©criture divers.
L’intelligence visuelle / spatiale : table avec diffĂ©rents papiers, pochoirs, feutres, crayons de couleur, cire, modĂšles Ă  colorier, jeux de construction (kapla, duplo, cubes…)

Le tableau des observables, une fois complet, donnera une vue d’ensemble des intelligences dominantes de chaque enfant. DĂšs lors, des groupes pourront ĂȘtre constituĂ©s, soit dĂ©marrant l’apprentissage par leur intelligence forte, soit par leur intelligence Ă  dĂ©velopper.La dĂ©couverte des intelligences dominantes de chaque enfant permet Ă  chacun de comprendre qu’il a une intelligence pertinente et que tous ont une intelligence pertinente mĂȘme si elles sont diffĂ©rentes. Chacun peut partir de son positif, il n’y a pas de concurrence, la situation est Ă©quitable.

Pour atteindre un objectif, il est possible de suivre plusieurs chemins cognitifs. L’organisation en atelier puis des Ă©changes entre Ă©lĂšves et la prĂ©sentation des travaux Ă©clairent la notion abordĂ©e sous diffĂ©rents angles et participent Ă  sa comprĂ©hension par tous.

Exemple de mise en pratique en CE2 sur le thĂšme des Grandes DĂ©couvertes.6 ateliers sont proposĂ©s aux enfants qui disposent chacun d’une feuille de route sur laquelle il note les activitĂ©s effectuĂ©es et ses commentaires.

2 ateliers incontournables :Intelligence logique-mathématique :
– crĂ©ation d’une frise chronologique des grands voyageurs
– intelligence verbale-linguistique : qu’appelle-t-on les grandes dĂ©couvertes ?
4 ateliers au choix permettant aux enfants d’entrer dans la sĂ©quence par une activitĂ© qui les met en confiance :
– intelligence visuelle / spatiale : de la carte au tableau : les Ă©changes commerciaux au XVe siĂšcle
– intelligence naturaliste : Ă©volution du monde
– intelligence musicale : jeux de rythmes
– intelligence kinesthĂ©sique : je construis ma boussole et je m’oriente

AprĂšs les ateliers, les enfants se retrouvent pour un dĂ©bat synthĂšse sur l’ensemble de la sĂ©quence sur le thĂšme :« Pourquoi la nouvelle pĂ©riode historique des Temps modernes dĂ©bute-t-elle par les Grandes dĂ©couvertes ? ». Il permet de mettre en action, chez tous les Ă©lĂšves, l’intelligence interpersonnelle.Pour l’intelligence intrapersonnelle, les enfants sont invitĂ©s Ă  rĂ©diger : « Mon journal de bord de marin embarquĂ© sur la caravelle de J. Cartier. »

Autre exemple de mise en pratique en CM2 sur le thÚme de la1Úre guerre mondiale.

2 ateliers incontournables :intelligence logique-mathématique :
– rĂ©alisation d’un topogramme (ou carte heuristique) de la guerre 14-18. Chaque groupe d’enfant lit un texte sur un thĂšme (les causes de la guerre, les Ă©vĂšnements, les consĂ©quences, les personnages principaux, les diffĂ©rentes batailles, les alliances
) et liste. Tous ensembles, ils rĂ©alisent le topogramme.
– intelligence verbale-linguistique : sur diffĂ©rents documents reprenant plusieurs thĂšmes, rechercher des mots clĂ©s et faire un rĂ©sumĂ© (travail classique)
4 ateliers au choix permettant aux enfants d’entrer dans la sĂ©quence par une activitĂ© qui les met en confiance :
– intelligence visuelle / spatiale : comparer deux cartes (une avant et l’autre aprĂšs la 1Ăšre guerre, sans couleur mais avec les noms des pays) et colorier d’une couleur les pays qui ont changĂ© de frontiĂšre et d’une autre couleur ceux qui n’ont pas changĂ©s. Mettre les donnĂ©es dans un tableau.
– intelligence naturaliste : l’alimentation des populations pendant la guerre
– intelligence musicale : mettre en sons le journal d’un poilu. Les enfants lisent le texte d’un poilu, s’imprĂšgne de l’atmosphĂšre qui s’en dĂ©gage et crĂ©er un fond sonore (percussions, xylophones
) et le produise devant les autres groupes ou l’enregistre.
– intelligence kinesthĂ©sique : le bataillon scolaire, c’est le jeu ‘’Jacques a dit’’ ou mimer des ordres militaire (rester debout au garde Ă  vous ; prenez la position du soldat couchĂ©e dans les tranchĂ©es ; vous ĂȘtes blessĂ© ; une balle vous atteint Ă  la jambe ; Ă  l’épaule, dans le bras
). Les enfants prĂ©parent le jeu et l’effectue.

Intelligence interpersonnelle : le jeu des alliances. A partir du topogramme, relever des informations pouvant composer des familles et rĂ©aliser des cartes. Le jeu terminĂ©, les enfants y joue.Intelligence intrapersonnelle : j’écris au prĂ©sident de la RĂ©publique lui demander d’arrĂȘter la guerre en donnant 5 arguments.

VĂ©ronique Garas constate que les enfants se montrent trĂšs motivĂ©s, ils peuvent exprimer tout leur potentiel et prennent confiance en eux. Les Ă©lĂšves les plus en difficultĂ© prennent conscience qu’ils peuvent tout aussi bien rĂ©ussir que leurs camarades et acquĂ©rir les compĂ©tences et les savoirs attendus en utilisant d’autres chemins d’accĂšs. L’autonomie est renforcĂ©e. Aborder un concept ou une nouvelle notion par une activitĂ© qui s’appuie sur une intelligence dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ©e permet de mieux apprĂ©hender cette notion nouvelle ou ce nouveau concept.

Catherine Chemin


[1] Auteur de Les Formes de l’intelligence (1997), Les PersonnalitĂ©s exceptionnelles (1999) et Les 5 Formes d’intelligence pour affronter l’avenir (2009).

[2] Conférence du 17 avril 2014 :

Alors, la rĂ©ussite pour tous, c’est possible ?

Si on en croit Stanislas Deheane, Howard Gardner, Antoine de La Garanderie, Maria Montessori, Elisabeth Nuyts entre autre, il semblerait que oui, mais pas avec n’importe quelle pĂ©dagogie ! Nous avons vu que nous fonctionnons tous diffĂ©remment, que nous n’avons pas tous les mĂȘmes capacitĂ©s naturelles, les mĂȘmes aptitudes ; pour que chacun puisse rĂ©ussir, il faut que chacun soit respectĂ© dans son mode de fonctionnement ; il faut donc une pĂ©dagogie qui respecte au mieux les diffĂ©rents fonctionnements et qui respecte le rythme de chacun. Nous sommes bien loin, avec le fonctionnement de l’école actuelle, des besoins de la plupart des enfants. Beaucoup de spĂ©cialistes reconnaissent que l’école ne convient qu’à 20% des enfants, voire mĂȘme 5% d’aprĂšs Elisabeth Nuyts dont nous parlerons plus loin.

Une Ă©cole voulue Ă©galitaire entre tous semble renier les diffĂ©rences que la nature prodigue. Chaque mode de fonctionnement, ajoutĂ© Ă  l’éducation et l’environnement propre Ă  chacun, contribue Ă  construire une multitude de personnalitĂ©s, ce qui fait la richesse mĂȘme de la sociĂ©tĂ©. Encore faut-il que toutes les personnalitĂ©s puissent se dĂ©velopper sans entrave.

Pour nous, l’égalitĂ© des chances consisterait plutĂŽt Ă  proposer des pĂ©dagogies et un rythme d’apprentissage personnalisĂ© qui conviennent Ă  chaque enfant, afin qu’il puisse exploiter au mieux ses capacitĂ©s, ses besoins et ses envies, que chacun puisse donner le meilleur de lui-mĂȘme.

Oui, nous sommes tous diffĂ©rents ! Et l’enseignement ne doit ni gommer ces diffĂ©rences, ni les ignorer, mais les connaĂźtre, les reconnaĂźtre, les comprendre et les respecter afin que chacun puisse rĂ©ussir.

« Il n’y a pas une mĂ©thode unique pour Ă©tudier les choses. » Aristote

ExpĂ©rience d’une classe Montessori en ZEP qui montrent que tous peuvent rĂ©ussir lorsque les enfants sont respectĂ©s dans leurs besoins fondamentaux

Une expĂ©rience intĂ©ressante a eu lieu entre la rentrĂ©e 2011 et juin 2014 Ă  Genevilliers (Seine saint Denis) au sein d‘une Ă©cole publique en ZEP (zone d’éducation prioritaire) et Plan Violence, avec le soutien de la Direction GĂ©nĂ©rale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) : une classe expĂ©rimentale (3-6 ans) a Ă©tĂ© fondĂ©e par CĂ©line Alvarez. Elle a expliquĂ© le 14 septembre 2013 Ă  l’évĂ©nement TEDxIsĂšreRiver organisĂ© Ă  Grenoble[1] l’importance d’utiliser, en pĂ©dagogie, les dĂ©couvertes des sciences cognitives.

Les sciences cognitives[2], aujourd’hui, ont identifiĂ©s quatre facteurs dĂ©terminant pour la vitesse et la facilitĂ© d’apprentissage : ĂȘtre attentif ; ĂȘtre engagĂ© activement ; recevoir un retour d’information immĂ©diat sur l’action effectuĂ©e (le signal d’erreur va permettre au cerveau d’ajuster les hypothĂšses qu’il est en train d’émettre sur l’action qu’il effectue et c’est le dĂ©calage entre la prĂ©diction du cerveau et l’observation qui va crĂ©er la surprise et qui va crĂ©er l’apprentissage) ; la consolidation (lorsque nous sommes attentif, engagĂ©, et que nous avons des retours d’informations positif sur l’action effectuĂ©e nous avons besoin de rĂ©pĂ©ter pour consolider. Et cette rĂ©pĂ©tition va permettre au savoir de s’automatiser).

CĂ©line Alvarez pense que l’école doit se rĂ©organiser de l’intĂ©rieur selon ces 4 principes. Ces mĂ©canismes de bases doivent ĂȘtre respectĂ©s pour que les enfants puissent s’épanouir au niveau scolaire. De plus, en respectant ces 4 paramĂštres, les compĂ©tences non cognitives – la confiance en soi, l’estime de soi, la capacitĂ© d’entraide, de coopĂ©ration – se dĂ©veloppent, sans avoir cherchĂ© Ă  les provoquer.

L’inĂ©galitĂ© de rĂ©sultat se creuse entre 0 et 6 ans car, aujourd’hui, l’école maternelle sollicite bien trop peu ces quatre paramĂštres de l’apprentissage. Actuellement, sur 3 heures de cours, il n’y a en moyenne que 30 minutes, 45 minutes en grande section, de moments dĂ©diĂ©s aux apprentissages directs guidĂ©s par l’enseignant et l’activitĂ© n’est pas choisit par l’enfant, elle est imposĂ©e par l’enseignant. Il n’y a pas de dĂ©cision, de motivation personnelle de la part de l’enfant. Il n’y aura donc que trĂšs peu d’attention, et trĂšs peu d’engagement. Le signal d’erreur que pourrait recevoir l’enfant va ĂȘtre trĂšs pauvre, trĂšs insuffisant parce que l’enseignant ne peut pas donner lui seul avec 30 enfants un signal d’information immĂ©diat sur toutes les hypothĂšses de tous ces petits cerveaux qui vont ĂȘtre en train de travailler. Un enfant Ă  qui l’on a imposĂ© une tĂąche n’aura qu’une seule envie, surtout Ă  3 ans, c’est de s’en libĂ©rer pour pouvoir aller dans les coins jeux ou bibliothĂšque. Il n’y aura donc pas de rĂ©pĂ©tition et pas de consolidation.

Par contre, ces 4 principes sont respectés avec la pédagogie de Maria Montessori. Céline Alvarez explique également à quoi est dû la réussite de cette classe en ZEP qui pratique la pédagogie Montessori :

– l’autonomie (ils choisissent librement leur travail, ils sont motivĂ©s, ils veulent ce qu’ils font. L’enseignant peut s’occuper des enfants qui ont plus de difficultĂ©s) ;
chaque activité proposée réunit les paramÚtre cités ci-dessus ;
– le contrĂŽle de l’erreur se fait par le matĂ©riel, l’enfant cherche Ă  se perfectionner, ce qui renforce l’attention et ce qui se reporte sur les autres formes d’apprentissages. C’est un cercle vertueux ;
– le matĂ©riel proposĂ© est sensoriel : les enfants ont besoin de toucher, d’intĂ©grer sensoriellement afin de pouvoir intĂ©grer intellectuellement ;
– les enfants sont mĂ©langĂ©s de 3 Ă  6 ans afin de favoriser l’interaction sociale. L’enseignement devient horizontal, le savoir se partage entre les enfants ;
– il n’y a pas de compĂ©tition, de comparaison mais une Ă©mulation constante.

CĂ©line Alvarez montre que lorsque ces conditions sont rĂ©unies, il est surprenant d’observer avec quel enthousiasme et quelle facilitĂ© l’enfant s’approprie naturellement la culture qui s’offre Ă  lui. Les enfant sont calmes, apaisĂ©s, heureux de travailler. Lorsque l’enfant a l’opportunitĂ© de s’épanouir individuellement, il s’épanouit socialement. Il faut spĂ©cifier que dans cette Ă©cole, des enfants arrivent ne sachant pas parler français et que 60% des enfants de cette ZEP entre habituellement au collĂšge en Ă©chec scolaire.

Bilan : 100% des enfants sont entrés dans la lecture en GS dont 90 % maßtrisent la lecture et 90% des enfants de MS sont entrés dans la lecture.

Cette expérience nous montre bien que tous peuvent réussir !

Or, la Direction GĂ©nĂ©rale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) n’a pas reconduit le contrat de 3 ans passĂ© avec CĂ©line Alvarez. Cette expĂ©rience n’a donc pas Ă©tĂ© renouvelĂ©e


A ce stade, nous pouvons dĂ©jĂ  comprendre que l’instruction en famille peut permettre et mĂȘme favoriser l’enseignement individualisĂ© dont chacun a besoin. D’ailleurs, c’est bien la dĂ©marche adoptĂ©e en gĂ©nĂ©ral par les familles que d’observer, de guider et d’accompagner l’enfant !

A retenir :

Le fonctionnement cĂ©rĂ©bral et la pensĂ©e peuvent donc ĂȘtre trĂšs diffĂ©rentes d’une personnes Ă  une autre suivant :

  • la plus ou moins grande dominante de l’hĂ©misphĂšre gauche ou de l’hĂ©misphĂšre droit ;
  • le besoin de kinesthĂ©sie ;
  • la dominante des autres formes d’intelligence
  • si la pensĂ©e est arborescente ou linĂ©aire ;
  • si la pensĂ©e est en mots uniquement (appelĂ©e aussi pensĂ©e linguistique ou pensĂ©e langagiĂšre) ou en images (appelĂ©e aussi pensĂ©e visuelle) et en mots.

Du fonctionnement spécifique du cerveau aux profils particuliers

Si les formes d’intelligence de chacun peuvent ĂȘtre bien diffĂ©rentes les unes des autres, les modes de fonctionnement dans un sens plus large le sont Ă©galement et influent sur les personnalitĂ©s pour former ce que l’on appelle les profils spĂ©ciaux.

Nous pouvons déjà comprendre que :

  • la pensĂ©e en arborescence, souvent conjuguĂ©e Ă  une pensĂ©e en images et toujours Ă  une trĂšs forte sensibilitĂ© forment la particularitĂ© de l’enfant appelĂ© de maniĂšre inappropriĂ©e ‘’prĂ©coce’’ qui a de fait un mode de fonctionnement trĂšs diffĂ©rent et, surtout, une personnalitĂ© trĂšs particuliĂšre qu’il gardera toute sa vie ;
  • c’est une pensĂ©e en image qui entraĂźne la vraie dyslexie ;
  • c’est une pensĂ©e en image associĂ©e Ă  une hypersensibilitĂ© importante qui caractĂ©rise l’autiste asperger ;
  • c’est un mode de fonctionnement cĂ©rĂ©bral particulier qui entraĂźne un trouble de l’attention (TDA) avec ou sans hyperactivitĂ© (TDAH ou TADHA). Ces particularitĂ©s sont souvent associĂ©es Ă  la pensĂ©e en arborescence et Ă  la pensĂ©e en images.

Si les enfants sont tous diffĂ©rents dans leur fonctionnement cĂ©rĂ©bral, nous allons voir dans le chapitre suivant que certains apprentissages entravent le mode de pensĂ©e, et que c’est cette entrave qui dĂ©veloppe les dysfonctionnements, certaines maladies et gĂ©nĂšre de la violence.

Il est à noter que Maria Montessori, qui était médecin, ne parle jamais, dans aucun de ses ouvrages, de dyslexie ou de tout autre dysfonctionnement.

Oui, la rĂ©ussite pour tous, c’est possible !

Catherine Chemin


[1] http://lamaternelledesenfants.wordpress.com/2014/0…

[2] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au CollÚge de France

Dys & cie

Quand le mode de fonctionnement est entravé

Introduction

Nous allons voir maintenant que la pĂ©dagogie n’est pas neutre et qu’elle joue un rĂŽle important, d’une part, pour la rĂ©ussite de l’enfant et, d’autre part, pour sa construction :

  • pour sa rĂ©ussite : si certaines pĂ©dagogies favorisent les apprentissages de l’enfant car elles lui permettent d’utiliser au mieux ses capacitĂ©s naturelles, d’autres au contraire, ne favorisant pas le fonctionnement cĂ©rĂ©bral naturel, engendrent le cahot dans la construction des connexions cĂ©rĂ©brales et engendrent mĂȘme des dysfonctionnements qui entravent les facultĂ©s de l’enfant. Ces pĂ©dagogies peuvent aussi entraĂźner l’enfant vers un Ă©chec scolaire jusqu’à le sortir du circuit scolaire sans aucun diplĂŽme, avec l’assurance intime d’ĂȘtre nul ;
  • pour sa construction : au-delĂ  des apprentissages scolaires, les pĂ©dagogies influencent le dĂ©veloppement gĂ©nĂ©ral de l’enfant car l’utilisation de pĂ©dagogies qui entravent le fonctionnement cĂ©rĂ©brale de l’enfant engendre des maux physiques. Nous verrons que les pratiques d’instruction, tout comme la pĂ©dagogie en gĂ©nĂ©ral – soit l’éducation – influence et modĂšle le dĂ©veloppement de l’enfant.

Depuis quelques dizaines d’annĂ©e, le nombre d’enfant avec des dysfonctionnements et/ou des troubles du comportement a largement augmentĂ©. Les causes rĂ©elles sont parfois difficiles Ă  Ă©tablir par les professionnels qui cherchent des explications cliniques autour de l’enfant ou des explications psychologiques aussi bien chez l’enfant que chez les parents. Alors que, bien souvent, ce sont les mĂ©thodes d’enseignement qui ne correspondent pas du tout au fonctionnement cĂ©rĂ©bral de ces enfants.

Pour bien le comprendre, nous allons nous intĂ©resser aux travaux d’Elisabeth Nuyts, de Ronald Davis et de BĂ©atrice Sauvageot, qui ont tout trois Ă©laborĂ© des mĂ©thodes de remĂ©diation efficaces aux diffĂ©rents dysfonctionnements. Nous avons choisis ses trois exemples car plusieurs familles de CISE les ont expĂ©rimentĂ©es avec succĂšs. Cela admet donc que d’autres mĂ©thodes efficaces puissent exister, nous parlons de ce que nous connaissons.

Les travaux d’Elisabeth Nuyts : dysfonctionnements

Elisabeth Nuyts est chercheur en pĂ©dagogie et professeur. Initialement formĂ©e Ă  la traduction de confĂ©rences internationales, elle a toujours Ă©tĂ© sensibilisĂ©e Ă  la recherche du sens prĂ©cis d’un message, qu’il soit Ă©crit ou oral. D’oĂč son intĂ©rĂȘt pour la recherche des mĂ©canismes qui conditionnent l’accĂšs au sens. Elle s’occupe en libĂ©ral, depuis plus de trente ans, d’enfants, d’adolescents et d’adultes en difficultĂ©s d’apprentissage, de lecture, d’expression, ou de mĂ©moire, et plus particuliĂšrement ayant un dysfonctionnement (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie).

Ayant complĂ©tĂ© sa formation en travaillant pendant 9 ans en supervision avec un psychologue cognitiviste, elle a ensuite effectuĂ© des recherches sur la comprĂ©hension des mĂ©canismes cĂ©rĂ©braux responsables des apprentissages de la parole, de la lecture et de l’Ă©criture. C’est donc Ă  la lumiĂšre des derniĂšres dĂ©couvertes sur les mĂ©canismes du cerveau, qu’elle a analysĂ© la pĂ©dagogie actuelle. Ce va-et-vient mĂ©thodique entre Ă©tudes de cas (prĂšs de 1000 personnes), pĂ©dagogie, psychologie, et biologie lui a donnĂ© la preuve que notre Ă©cole entrave le dĂ©veloppement de l’autonomie intellectuelle de nos enfants. Mais comment ?

Il arrive que des enfants butent sur des obstacles que l’adulte n’arrive pas Ă  leur faire franchir. Ils semblent incapables de rĂ©flĂ©chir dans certains domaines, alors qu’ils ont dĂ©jĂ  prouvĂ©s leur intelligence dans d’autres. Elisabeth Nuyts vĂ©rifie alors s’ils ne sont pas entravĂ©s dans leur pensĂ©e par certaines pratiques utilisĂ©es dans leur enfance, qui auraient montĂ© chez eux des circuits neurologiques inadĂ©quats. Elle a donc listĂ© celles qu’elle a frĂ©quemment constatĂ©es et dont elle a dĂ» contrer les mĂ©faits. Elles ne permettent pas aux enfants de s’épanouir intellectuellement, et les empĂȘchent de devenir des personnes responsables et autonomes. De plus, elles les privent de la joie de vivre.

Si un enfant a des difficultés, il faut changer de méthode

Les pĂ©dagogies utilisĂ©es Ă  l’école actuellement ne correspondent pas Ă  tous les enfants, et peuvent entraĂźner des handicaps plus ou moins lourds. Elle a une dĂ©marche analytique personnelle qui aide l’enfant Ă  acquĂ©rir une autonomie intellectuelle. A travers son expĂ©rience, elle a dĂ©couvert que ces dysfonctionnements Ă©taient principalement dus Ă  une mĂ©thode pĂ©dagogique qui ne convenait pas Ă  l’enfant, car chaque enfant fonctionne diffĂ©remment. En changeant de mĂ©thode d’apprentissage, elle parvient Ă  faire disparaĂźtre le dysfonctionnement. De plus, en remĂ©diant aux manques de ses Ă©lĂšves, elle a pu en constatĂ© l’impact positif sur leur comportement gĂ©nĂ©ral.

De plus, pour Elisabeth Nuyts, il n’y a pas de manque d’intelligence chez les enfants. Pour que chacun puisse utiliser au mieux ses propres ressources, elle est favorable Ă  une pĂ©dagogie qui aide l’enfant dĂšs son plus jeune Ăąge Ă  utiliser toutes « ses entrĂ©es » (auditive, visuelle, kinesthĂ©sique), et Ă  favoriser le langage afin de ne pas permettre de blocage.

Tout apprentissage, quel qu’il soit, « consiste Ă  monter des circuits neuronaux qui seront utilisĂ©s automatiquement par la suite. »

« Ces circuits neuronaux permettent :– l’intĂ©gration consciente des informations sensorielles,– la prise adĂ©quate de repĂšres spatiaux-temporels,– la comprĂ©hension fine,– la mĂ©morisation Ă  long terme,– l’expression libre de sa propre pensĂ©e. »

Afin de permettre l’intĂ©gration consciente des informations sensorielles, elle recommande d’établir des connexions entre les diffĂ©rentes entrĂ©es du cerveau (ouĂŻe, toucher, vue) par la parole. Ainsi, on devrait trĂšs tĂŽt favoriser la mise en mot par l’enfant de ses diffĂ©rentes perceptions. Si la mise en mots des perceptions procure l’ancrage dans la rĂ©alitĂ©, la concentration, la mĂ©moire, le plaisir de vivre, elle affirme que le manque de parole Ă  un moment donner peut engendrer des blocages d’écriture ou de lecture par exemple, voire mĂȘme des maladies. « L’homme est un ĂȘtre de parole », il faut donc la favoriser, car tous les modes de fonctionnement utilisent la parole Ă  un stade ou un autre de leur cheminement. L’Ɠil, la main, l’oreille et la parole doivent ĂȘtre coordonnĂ©s. Elle est convaincue que la plupart des dyslexies sont liĂ©es Ă  l’absence de parole, car ces enfants atteints de dyslexie ont particuliĂšrement besoin de mettre en mots leurs perceptions.

Il est important aussi de favoriser l’évocation, l’attention et la mĂ©moire auditive en racontant des histoires aux enfants, en ayant des conversations avec eux. Cela leur permet d’écouter, d’imaginer et d’échanger, de construire l’évocation, qui, avec l’analyse, permettrons de monter les circuits de mĂ©moire et d’écriture. Elle conseille de parler Ă©normĂ©ment des lectures avec son enfant en faisant des pauses rĂ©guliĂšres et en lui faisant reformuler, et de beaucoup parler de maniĂšre gĂ©nĂ©rale. De plus, l’enfant doit apprendre Ă  lire avec une mĂ©thode analytique. Rien que les mots outils appris globalement en maternelle peuvent engendrer des difficultĂ©s chez certains enfants, mĂȘme avec une mĂ©thode analytique (syllabique) au CP. Elle recommande de ne pas laisser l’enfant s’installer dans une passivitĂ© auditive et visuelle face aux Ă©crans.

La gestion mentale met Ă©galement en Ă©vidence le fait que, outre l’entrĂ©e privilĂ©giĂ©e, certains apprennent mieux quand les informations viennent extĂ©rieurement Ă  eux, alors que d’autres apprennent mieux lorsque les informations viennent d’eux-mĂȘmes, c’est-Ă -dire lorsqu’ils rĂ©pĂštent ces informations. Elisabeth Nuyts explique aussi que le fait pour certains enfants de ne pas avoir la possibilitĂ© de rĂ©pĂ©ter les informations, les empĂȘche de les mĂ©moriser sur un moyen ou long terme. Pouvoir rĂ©pĂ©ter la parole d’autrui leurs permet de l’intĂ©grer. C’est ce qu’Antoine de La Garanderie appelle le codage : 1Ăšre personne (certains retiennent mieux lorsqu’ils rĂ©pĂštent et qu’ils s’entendent) et 3Ăšme personne (d’autres retiennent mieux lorsqu’ils entendent de quelqu’un d’autre). C’est pourquoi elle recommande de laisser l’enfant lire Ă  voix haute, et de le laisser parler tout haut en Ă©crivant, et mĂȘme d’épeler les mots Ă  haute voix. « C’est la parole qui permet d’accĂ©der consciemment aux souvenirs engrangĂ©s. Sans parole, ni intĂ©riorisĂ©e ni extĂ©riorisĂ©e, leur Ă©criture est entiĂšrement mĂ©canisĂ©e ».

Elisabeth Nuyts a remarquĂ© que les perceptions tactiles et le geste sont indispensables aux dysorthographiques et aux dyspraxiques. Des exercices comme toucher un objet cachĂ© et en faire la description orale, est trĂšs efficace pour eux, de mĂȘme que dĂ©crire des gestes qu’ils doivent reproduire.

Apprentissage lecture/écriture

L’apprentissage par leur image globale de mots Ă©crits est nuisible car cela les transforme en idĂ©ogrammes, avant d’avoir la perception claire des lettres. Les visuels et les kinĂ©siques chez qui vue et mĂ©moire visuelle sont couplĂ©s parviennent Ă  « reconnaĂźtre » des mots, et les ayant reconnus, par les apprendre. Les auditifs n’ont pas cette possibilitĂ©.

Ceux qui ont appris Ă  lire oralement, de la lettre vers la syllabe, puis de la syllabe vers le mot et ensuite la phrase, et qui ont travaillĂ© la lecture oralement en la menant de pair avec des exercices d’Ă©criture, ont mis en place une quantitĂ© de liens entre le signe, le son, le sens et l’Ă©criture alors que les mĂ©thodes actuelles ne sollicitent que les aires visuelles et manuelles.

Pour Elisabeth Nuyts, l’orthographe fantaisiste est le symptĂŽme visible d’un trouble profond dĂ» Ă  une Ă©criture simplement visualisĂ©e, sans parole extĂ©riorisĂ©e, mĂ©canique. La lecture globale ou semi globale, la lecture et l’écriture silencieuse engendre une Ă©criture mĂ©canique, qui reste intuitive et non mĂ©morisable Ă  long terme. Une information apprise par cƓur avant d’avoir Ă©tĂ© comprise transforme notre cerveau en mĂ©canique, tue la crĂ©ativitĂ©, et le plaisir d’apprendre, voire le plaisir d’ĂȘtre. Afin d’éviter ou de palier Ă  cette Ă©criture mĂ©canique, elle conseille plusieurs Ă©tapes.

Au dĂ©but de l’apprentissage, elle prĂ©conise :– dĂ©crire la forme de la lettre,– Ă©peler les mots,– syllaber.

Dans les exercices de copies :– analyser le texte (petit, quelques lignes) et Ă©voquer la scĂšne,– le dĂ©couper en phrases ou en unitĂ©s de sens,– analyser les difficultĂ©s orthographiques et grammaticales,– se dicter le texte en Ă©pelant les mots nouveaux et syllabant le reste.

Pour l’écriture personnelle :– Ă©voquer la scĂšne,– dire les phrases Ă  Ă©crire,– se les dicter syllabes aprĂšs syllabes et Ă©peler tant que nĂ©cessaire.

Elisabeth Nuyts a constatĂ© que des enfants en difficultĂ©s, ayant rĂ©appris en suivant ce protocole, se sont transformĂ©s en amĂ©liorant leur orthographe, leur vocabulaire qui s’est enrichi et prĂ©cisĂ©, leur style qui est devenu plus fluide, leur expression plus personnelle et profonde. Tout cela engendre le plaisir d’écrire et permet l’accession au raisonnement conscient.

En lecture, pour le passage Ă  la phrase, elle conseille des textes simples permettant la lecture Ă  haute voix mais porteurs de sens, imprimĂ©s en gros caractĂšres. Elle prĂ©conise encore de suivre du doigt les lignes de gauche Ă  droite, pour habituer l’Ɠil Ă  ce mouvement qui n’est pas spontanĂ©. Et puis, viennent la copie, puis l’Ă©criture sous la dictĂ©e de ces textes simples.

Une fois accompli le grand passage de la lettre Ă  un texte simple, Elisabeth Nuyts pense qu’avant de passer Ă  la lecture silencieuse subvocalisĂ©e, il faut continuer pendant plusieurs annĂ©es la pratique de la lecture Ă  haute voix.

Apprentissage mathématiques

En ce qui concerne l’apprentissage des mathĂ©matiques, Elisabeth Nuyts explique que ce qui manque le plus aux dyscalculiques c’est le rapport Ă  la rĂ©alitĂ©, et l’origine du blocage peut remonter jusqu’à la maternelle. Ces enfants sont mĂ©canisĂ©s. Le cerveau humain passe correctement Ă  l’abstraction qu’aprĂšs la comprĂ©hension du rapport Ă  la rĂ©alitĂ©, donc aprĂšs la manipulation, qu’il faut favoriser chez les petits. Elle souligne qu’il ne faudrait pas prĂ©senter Ă  l’enfant la soustraction comme une addition Ă  trou, ni la division comme une soustraction multiple. Pour la multiplication, qui est bien une suite d’additions, il faut impĂ©rativement prĂ©ciser explicitement qu’il s’agit de plusieurs fois le mĂȘme nombre. Le calcul mental doit commencer aprĂšs la comprĂ©hension des opĂ©rations.

Elisabeth Nuyts est dĂ©sormais persuadĂ©e que la grammaire construit l’identitĂ© propre, alors qu’à ses dĂ©buts, elle pensait que la grammaire avait uniquement un rĂŽle au niveau de l’acquisition de l’orthographe et la maĂźtrise du langage. La bonne connaissance du rĂŽle et du sens des mots, notamment les pronoms et les verbes, aide l’enfant Ă  se percevoir acteur de ses propres actions. DĂ©composer des phrases en cherchant le verbe, le sujet, les diffĂ©rents complĂ©ments qui expriment des conditions, des causes, des consĂ©quences, des oppositions, les mots qui expriment des attĂ©nuations, permet de percevoir consciemment la valeur du pronom JE et de se situer par rapport aux autres et par rapport au monde. Elle a rencontrĂ© beaucoup d’enfants et mĂȘme des adultes, qui, avec les pĂ©dagogies actuelles centrĂ©es sur la seule orthographe et la place des mots dans la phrase, n’avaient pas rĂ©alisĂ© que le JE reprĂ©sentait eux-mĂȘmes. Ils sont minĂ©s par un dĂ©ficit identitaire. En « montant une machine Ă  faire des tris sur des repĂšres spatiaux et formels en vue d’accord Ă©ventuels », les pĂ©dagogies actuelles « entravent la construction de l’ĂȘtre conscient et l’émergence de la responsabilitĂ© ».

C’est en ne procĂ©dant pas Ă  une analyse fine, linĂ©aire et complĂšte du texte mettant peu Ă  peu en place la pensĂ©e langagiĂšre, que « viennent les difficultĂ©s de comprĂ©hension et de mĂ©moire dont tant de lecteurs se plaignent actuellement. La pensĂ©e langagiĂšre, le fait de penser en mot dans sa tĂȘte, se met donc en place par l’analyse linĂ©aire, chronologique d’un texte, en ayant l’habitude de le reformuler avec ses propres mots pour se l’approprier. Si en plus, l’enfant n’a pas l’occasion de s’exprimer chez lui, il ne pourra plus penser du tout avec des mots ! La seule pensĂ©e qu’il pourra avoir, c’est une pensĂ©e flash de l’intuition, et cela peut engendrer de la violence vis-Ă -vis de lui-mĂȘme et vis-Ă -vis des autres. Cette violence est possible, car l’enfant devient « instinctif, prisonnier de ses sensations et de ses Ă©motions, voir de ses pulsions » et facilement manipulable.

Elisabeth Nuyts affirme que les pĂ©dagogies utilisĂ©es Ă  l’école ne permettent pas une bonne comprĂ©hension pour la plupart des modes de fonctionnement. Elle affirme « Que ce soit dans leur accĂšs Ă  la lecture, Ă  l’écriture, Ă  l’écoute, Ă  la logique mathĂ©matique, ou Ă  la mĂ©moire Ă  long terme, tous seront touchĂ©s ». Les mĂ©thodes globales et semi-globales d’apprentissage de la lecture obligent l’enfant Ă  une vue d’ensemble qui ne convient pas aux auditifs, car ils ont besoin de partir du dĂ©tail, la lettre, pour aller vers l’ensemble, la phrase. La lecture Ă  voie basse, en vogue depuis quelques annĂ©es, ne permet pas une bonne comprĂ©hension et une mĂ©morisation Ă  long terme de mĂȘme que l’écriture silencieuse empĂȘche certains enfants de mĂ©moriser l’orthographe. Car, pour elle, il ne suffit pas de donner Ă  l’enfant les clĂ©s pour « faire du son », faire le lien entre signe et son, il faut aussi « faire du sens », en apprenant Ă  l’enfant Ă  reformuler un texte avec ses propres mots, en posant des questions sur les passages complexes, ce qui l’aidera Ă  mĂ©moriser les idĂ©es et Ă  accĂ©der Ă  la comprĂ©hension fine.

Tout est mis en Ɠuvre dans les pĂ©dagogies de l’Éducation Nationale pour que l’enfant automatise ses connaissances avant mĂȘme de les avoir intĂ©grĂ©es consciemment, ce qui mĂ©canise son accĂšs. Et tout ce qui est automatisĂ© sort du champ de la conscience.

De plus, l’enfant est invitĂ© Ă  une lecture spatiale Ă  travers diffĂ©rents exercices des programmes scolaires comme lire uniquement le premier mot et le dernier mot de chaque ligne d’un texte, survoler du regard le texte en prĂ©levant quelques mots par ci, par lĂ ,. Elisabeth Nuyts est persuadĂ©e que toutes ces mĂ©thodes engendrent des blocages et des dysfonctionnements comme la dysorthographie et n’aide pas l’enfant Ă  construire son raisonnement. Tout est fait pour Ă©carter la raison, la ridiculiser au profit de l’intuition. Pour elle, « seule l’analyse mĂ©thodique d’un texte plus ou moins littĂ©raire permet de construire la capacitĂ© de comprendre ce qui n’est que suggĂ©rĂ©, et de mĂ©moriser Ă  long terme les informations ainsi dĂ©cortiquĂ©es. » La personne formĂ©e aux pĂ©dagogies privilĂ©giant nettement l’utilisation de l’hĂ©misphĂšre droit « risque de se fermer peu Ă  peu, ou de se mĂ©caniser ». Ce phĂ©nomĂšne n’est pas forcĂ©ment perceptible dans les notes, mais il se traduit dans les corps par des maladies comme l’anorexie, la boulimie la dĂ©pression, les allergies, les crises d’asthme, les problĂšmes dermatologiques ou gastriques. Au contraire, en faisant un travail qui dĂ©veloppe les fonctions du cerveau gauche et l’utilisation conjointe des deux hĂ©misphĂšres, Elisabeth Nuyts a remarquĂ© l’amĂ©lioration, et mĂȘme la disparition, de ces maladies.

Elisabeth Nuyts pense qu’il est primordial, pour le bon dĂ©veloppement de l’enfant, qu’il puisse dĂ©velopper ses capacitĂ©s analytiques. Si on le laisse dans un mode de traitement analogique, « dans un systĂšme binaire de la reconnaissance (connais / connais pas), il est mĂȘme susceptible d’obĂ©ir inconsciemment Ă  un opĂ©rateur extĂ©rieur, via la tĂ©lĂ©vision, les jeux vidĂ©o ou le net ». L’enfant qui subit ce genre d’apprentissage, est dĂ©barrassĂ© de sa raison et programmĂ© pour refaire Ă  l’identique, car son cerveau fonctionne principalement en mode visuel, intuitif et analogique.

Cette pĂ©dagogie obligeant l’utilisation principale du cerveau droit a Ă©tĂ© qualifiĂ©e « d’automate prĂ©conscient » par Sir John Eccles[1], prix Nobel en 1963. Monter toute une scolaritĂ© sur un hĂ©misphĂšre prĂ©conscient, qui ne travaille qu’en reconnaissance, n’augure pas une autonomie intellectuelle. Ce type de pĂ©dagogie a Ă©tĂ© abandonnĂ© trĂšs rapidement aprĂšs aux États-Unis.

Chaque personne est unique et dans l’idĂ©al, l’enseignement devrait consister comme l’Ă©crivait Platon Ă  aider l’individu Ă  « accoucher » de lui mĂȘme (philosophie de la maĂŻeutique) alors que les pĂ©dagogies du cerveau droit conduisent Ă  reproduire un modĂšle de personnalitĂ© choisi par la sociĂ©tĂ©. L’enjeu est immense pour le futur. Le professeur Lucien IsraĂ«l expliquait dans une interview Ă  propos de son livre sur le cerveau que la maniĂšre dont on apprenait Ă  lire aux enfants influait sur le comportement de l’adulte : la mĂ©thode globale s’adressant au cerveau droit, maintient la comprĂ©hension Ă  un stade Ă©motionnel et pauvre en raisonnement, ce qui peut expliquer l’emploi du sensationnel dans le cadre de l’information et de la publicitĂ©, par exemple, pour capter l’intĂ©rĂȘt de nos contemporains. Pour Elisabeth Nuyts Ă©galement, les pĂ©dagogies actuelles favorisent l’emploi du cerveau droit, et influe complĂštement sur le dĂ©veloppement de l’enfant et la construction de sa personne.

C’est l’effet pervers d’un mode d’apprentissage, reconnu inappropriĂ© et pourtant prĂ©servĂ© sur les comportements d’une partie de la sociĂ©tĂ© !

Pour Elisabeth Nuyts comme pour le professeur IsraĂ«l, ces changements sont voulus, afin que les enfants grandissent en demeurant manipulables. Devenus adultes, ils seront trĂšs sensibles aux Ă©vĂ©nements par leur impact Ă©motionnel et raisonneront Ă  partir de ce critĂšre Ă©motionnel tout en restant dans la globalitĂ© de l’information, incapable d’analyser et de raisonner sur les faits.

Dans son livre sur les dysfonctionnements[2], Elisabeth Nuyts nous parle de John L. Bradshaw, professeur en neurologie cognitive en Australie, qui prĂ©cise que le cerveau gauche est un inhibiteur des conduites nĂ©gatives. Pour lui, les personnes qui ne peuvent y accĂ©der sont portĂ©es Ă  un comportement primaire et violent. En effet, elle a remarquĂ© qu’en privilĂ©giant des mĂ©thodes qui font appel aux deux hĂ©misphĂšres, les comportements violents s’attĂ©nuent. John L. Bradshaw prĂ©cise Ă©galement qu’une surchauffe de l’hĂ©misphĂšre droit entraĂźne une perturbation des dĂ©fenses immunitaires. L’homme a besoin d’un certain Ă©quilibre entre l’utilisation des deux cĂŽtĂ©s du cerveau.

« L’accĂšs au cerveau droit est innĂ©, mais c’est par l’éducation que peu Ă  peu nous pouvons nous ouvrir aux fonctions de notre cerveau gauche : analyse, liens logiques, temps, identitĂ© propre ».

Elisabeth Nuyts nous parle Ă©galement de Joseph VaillĂ©[3] qui a analysĂ© le rapport entre la violence et la pĂ©dagogie silencieuse, entre l’abandon de l’étude des temps grammaticaux et la perte des rapports sociaux, l’impact psychologique de la mĂ©thode globale qui nĂ©gligent le sens pour un rĂ©sultat automatique. Il explique que du fait de l’apparition de nouvelles pĂ©dagogies, la mĂ©moire Ă  long terme rĂ©gresse, la culture s’amenuise, les repĂšres s’estompent, et l’identitĂ© personnelle devient floue. La prééminence des activitĂ©s visuelles, non mises en mots, met les enfants en prise directe avec leurs Ă©motions et les Ă©loigne de la rĂ©flexion. « Le comportement des jeunes est impulsif et ils rĂ©agissent plus facilement Ă  des stimuli affectifs que raisonnĂ©s ». Plus insidieusement, les nouvelles grammaires ne donnent pas aux Ă©lĂšves les Ă©lĂ©ments pour accĂ©der Ă  leur identitĂ© propre, ni Ă  la gestion correcte du temps et des rapports au monde et aux autres. Elles ne construisent plus des personnes autonomes et responsables, et brouillent les repĂšres comportementaux des enfants. L’enfant, incapable de comprendre et d’exprimer ses Ă©motions, perd la maĂźtrise de soi. La violence, souvent sans objet, est le seul moyen qu’il lui reste de se faire entendre. « La violence peut ĂȘtre bridĂ©e par l’amour et par la raison. Pour cela, encore faut-il que la rĂ©flexion soit en place ».

Elisabeth Nuyts nous demande d’évacuer les propos du genre « laissons-nous guider par nos sensations et nos Ă©motions », car c’est justement le but de l’éducation que d’amener l’enfant Ă  sortir des sensations brutes pour l’amener rĂ©guliĂšrement vers plus de conscience et de rĂ©flexion. Pour elle, trop d’adolescents sont tiraillĂ© par leur bouleversement physique sans avoir atteint l’ñge de raison. Or, c’est le dĂ©veloppement de l’utilisation de l’hĂ©misphĂšre gauche qui aide l’enfant Ă  gagner en conscience et en rĂ©flexion, alors que les pĂ©dagogies actuelles maintiennent l’enfant dans une pensĂ©e globalisante de l’enfance et dans la non-construction du raisonnement intĂ©rieur. Joseph VaillĂ© prĂ©cise : « Avant l’ñge de raison, l’enfant agit en rĂ©pondant Ă  des besoins immĂ©diats ou en refaisant ce qu’il voit faire ». L’homme nouveau ainsi créé de toutes piĂšces est dangereusement dĂ©pendant et il est bĂąti sur du sable mouvant. Les bases de la pensĂ©e autonome doivent ĂȘtre solidement construites pour que les enfants parviennent tous Ă  devenir des adultes Ă©panouis Ă  part entiĂšre.

Les anciens Grecs, philosophes et savants, ont relevĂ© que l’usage de la raison est une caractĂ©ristique de l’homme, qui s’exprime par la parole, la conscience et la rĂ©flexion. L’enjeu de l’Ă©ducation est en effet de donner les moyens de s’exprimer, de savoir Ă©couter, entendre, discerner, et par-lĂ  d’ĂȘtre en relation Ă  autrui.

Elisabeth Nuyts affirme :« Toute puissance de la parole analytique qui humanise l’homme » .

A l’époque de « Rabelais et de Montaigne, le but de l’école n’était pas qu’engranger une grande quantitĂ© de connaissances, mais de rĂ©aliser l’apprentissage du raisonnement, afin d’élever les enfants dans la dĂ©couverte d’eux-mĂȘmes et du monde, la tolĂ©rance et le respect d’autrui pour qu’ils soient des ĂȘtres pensants. » nous rapporte Elisabeth Nuyts dans L’Ecole des illusionnistes.

Ghislaine et Catherine Chemin

[1] Neurophysiologiste australien

[2] Voir bibliographie à la fin de cet ouvrage.

[3] Essayiste, auteur de Violence, illettrisme : la faute Ă  l’école aux Ă©ditions de Paris Max Chaleil.

Les travaux de Ronald Davis : pensée en images et dyslexie

Lorsqu’un enfant a dĂ©veloppĂ© une dyslexie, il peut rĂ©apprendre Ă  lire correctement. La plupart des enfants qui ont des problĂšmes de dyslexie vont chez un orthophoniste mais tous les orthophonistes n’obtiennent pas les mĂȘmes rĂ©sultats. Il n’existe pas actuellement de mĂ©thode particuliĂšre en France pour palier Ă  la dyslexie. Beaucoup d’ orthophonistes Ă©laborent eux-mĂȘmes leur mĂ©thode et il faut compter au moins trois ou quatre ans pour obtenir des premiers rĂ©sultats, voire beaucoup plus d’annĂ©es, mais les rĂ©sultats ne sont pas toujours flagrants.

Une mĂ©thode trĂšs efficace pour rééduquer les dyslexiques est celle de Ronald Davis qui est lui-mĂȘme dyslexique. A 18 ans, il Ă©tait incapable de lire, Ă©crire et orthographier, malgrĂ© un QI de 137 rĂ©vĂ©lĂ© trĂšs tardivement. Un mĂ©decin lui a mĂȘme dit qu’il devait avoir eu le cerveau endommagĂ© Ă  la naissance.

A 38 ans, il dĂ©couvre un procĂ©dĂ© pour pallier Ă  son handicap
 Ronald Davis a ouvert de nombreux centres aux États-Unis qui permettent aux enfants, comme aux adultes, de comprendre leur dĂ©sorientation dans certaines situations et d’apprendre Ă  contrĂŽler cette dĂ©sorientation Ă  travers diffĂ©rents exercices. La plupart des personnes ne sont plus dyslexiques en trois mois. Les deux livres de Ronald Davis, Le Don de dyslexie et Le Don d’apprendre, sont Ă©ditĂ©s en français et regroupent tous les exercices Ă©laborĂ©s pour remĂ©dier Ă  ce dysfonctionnement. Un parent peut donc rééduquer son enfant dyslexique avec les deux livres de Ronald Davis. Quelques personnes commencent Ă  ĂȘtre formĂ©es en France.

Qu’est-ce que la dyslexie ?

La dyslexie est le symptĂŽme des difficultĂ©s dues Ă  certains procĂ©dĂ©s d’apprentissage chez les personnes ayant une pensĂ©e en images. Nous verrons que l’enfant pensant en images a besoin d’associer son corps aux sons, qu’il a besoin que soit donnĂ© du sens aux mots qui n’évoquent pas d’images mentales. Il a besoin d’apprendre d’une maniĂšre visuelle et a besoin d’ĂȘtre aidĂ© pour construire sa pensĂ©e langagiĂšre.

Pour ĂȘtre dyslexique, il faut : penser en images, ĂȘtre dĂ©sorientĂ© et ĂȘtre dans la confusion. La dĂ©sorientation est un changement de perception de l’image qui fait que la rĂ©alitĂ© est dĂ©formĂ©e. Lorsque ce processus est contrĂŽlĂ©, la personne peut voir du 2D en 3D par exemple. Lorsque ce processus n’est pas contrĂŽlĂ©, il devient un handicap : la dyslexie. ConcrĂštement, laissons Ronald Davis[1] nous expliquer ce qui se passe pour l’enfant qui pense en images.

Si les dyslexiques ne dĂ©veloppent pas tous les mĂȘmes dons, Ronald Davis a remarquĂ© qu’ils ont tous en commun certaines fonctions mentales :– ils peuvent utiliser l’aptitude de leur cerveau pour transformer ou crĂ©er des perceptions ;– ils sont trĂšs conscients de leur environnement ;– ils se montrent plus curieux que la moyenne des gens ;– ils pensent essentiellement en images plutĂŽt qu’en mots (adultes) ;– ils sont trĂšs intuitifs et perspicaces ;– ils pensent et perçoivent de maniĂšre multidimensionnelle (en utilisant tous leurs sens) ;– ils sont capables de vivre la pensĂ©e comme si c’était la rĂ©alitĂ© ;– ils ont une imagination trĂšs vive.

Si ces capacités ne sont pas supprimées ou détruites par les parents ou le systÚme éducatif, elles peuvent engendrer une intelligence supérieure à la normale et une créativité extraordinaire.Pour Ronald Davis, la dyslexie « est un produit de la pensée et une maniÚre particuliÚre de réagir à un sentiment de confusion ».

Les dyslexiques ont peu ou pas de dialogues internes. La difficultĂ© pour la lecture va rĂ©sider dans le fait de devoir lire des mots qui n’évoqueront pas d’images visuelles. Ce sera le cas pour les dĂ©terminants, les conjonctions, les prĂ©positions, les mots abstraits, les mots inconnus
 Ronald Davis nous explique dans Le Don de dyslexie ce qui se passe rĂ©ellement pour un enfant dyslexique en apprentissage de lecture qui doit lire : ‘’le cheval brun sauta par-dessus le mur de pierre et traversa le pré’’. L’enfant qui pense en image commence Ă  lire ‘’le’’. Ce mot « a provoquĂ© un blanc dans la reprĂ©sentation mentale parce qu’il n’existe pas d’image de celui-ci. Une image blanche est l’essence mĂȘme de la confusion. Aucune expĂ©rience ne peut rivaliser avec cette impression. En se concentrant cependant, l’enfant surmonte le ‘’blanc’’ et dit ‘’le’’ et s’oblige Ă  passer au mot suivant. Le mot ‘’cheval’’ suscite une image mentale de cheval sans couleur dĂ©finie. En se concentrant, l’enfant dit ‘’cheval’’. Le mot ‘’brun’’ transforme l’image de cheval en cheval de cette couleur. Continuant Ă  se concentrer, il dit ‘’brun’’. Le mot ‘’sauta’’ fait s’élever le poitrail du cheval brun. L’enfant continue Ă  se concentrer en disant ‘’sauta’’. Le mot ‘’par-dessus’’ fait s’élever l’arriĂšre-train du cheval brun. Toujours en se concentrant, l’enfant dit ‘’par-dessus’’. Le mot suivant ‘’le’’ provoque un nouveau blanc. La confusion chez le lecteur augmente mais le seuil n’est pas encore atteint. L’enfant doit redoubler de concentration pour passer au mot suivant. Il risque alors d’omettre le mot ’’le’’. Le mot ‘’mur’’ produit une image de mur. Redoublant de concentration, il dit ‘‘mur’’. Le mot ‘’de’’ provoque un nouveau blanc et le redoublement de la concentration. Le mot suivant ‘’pierre’’ transforme le mur en mur de pierre. Toujours trĂšs concentrĂ©, l’enfant dit ‘’pierre’’. Le mot suivant ‘’et’’ provoque un nouveau blanc. Cette fois-ci le seuil de confusion est atteint et l’enfant devient dĂ©sorientĂ©. Il est Ă  nouveau arrĂȘtĂ©, plus confus. Il redouble de concentration. Le seul moyen de pouvoir continuer est d’accroĂźtre son effort de concentration. Mais maintenant qu’il est dĂ©sorientĂ©, les symptĂŽmes dyslexiques apparaissent. Il est trĂšs probable qu’il oubliera de dire le mot ‘’et’’ ou qu’il le remplacera par ‘’un’’ ou ‘’le’’. A ce point, il n’a plus de perception prĂ©cise des mots qui se trouvent sur la page. Il dĂ©pense dĂ©sormais des efforts et une Ă©nergie considĂ©rables pour se concentrer, simplement pour pouvoir continuer. Le mot suivant ‘’traversa’’ est transformĂ© en ‘’traverse’’ parce qu’il est dĂ©sorientĂ©. Il se voit en train de traverser une rue sans aucune relation avec l’image du cheval. Puis, il dit ‘’traverse’’. Le mot ‘’le’’ provoque un nouveau blanc dans l’image. L’enfant est de nouveau arrĂȘtĂ©, encore plus confus et toujours dĂ©sorientĂ©. Son seul recours est de quadrupler sa concentration. Il en oublie alors de dire ‘’le’’. La dĂ©sorientation lui donne un sentiment de vertige. Il a mal au ventre, les lettres et les mots tournoient sur la page. Il doit dĂ©chiffrer chaque lettre l’une aprĂšs l’autre, pour arriver Ă  prononcer le mot ‘’pré’’. Il voit alors un lieu couvert d’herbe. Bien que dĂ©sorientĂ© par ses efforts supplĂ©mentaires et l’énergie dĂ©pensĂ©e pour lire chaque lettre, il dit le mot ‘’pré’’ correctement. Parvenu Ă  la fin de la phrase, il referme le livre et le met de cĂŽtĂ©. En voilĂ  assez ! » Bien Ă©videmment, l’enfant n’a pas compris ce qu’il a lu et une relecture n’y changera rien !

DĂ©jĂ , dans le langage oral, l’enfant qui pense en images a beaucoup de mal Ă  intĂ©grer les mots qui ne correspondent pas Ă  une image mentale. Tant que ces mots ne sont pas intĂ©grĂ©s oralement, tant qu’ils n’ont pas de sens oralement, il est trĂšs difficile pour lui de les lire puisqu’ils provoquent des ‘’blancs’’. La confusion augmente jusqu’à la dĂ©sorientation au 5Ăšme mot qui provoque un blanc. « Tant que les mots dĂ©clencheurs ne seront pas compris et qu’il ne saura pas les utiliser au sein de ses processus de pensĂ©e, toute tentative de correction ne fera qu’aggraver le problĂšme ».C’est cette dĂ©sorientation qui modifie la perception visuelle qui fait que la perception du symbole change et se dĂ©forme : les lettres et les mots sortent rĂ©ellement de la page pour l’enfant, se retrouvent en 3D, se mettent Ă  danser, l’enfant les voit s’inverser ou se retourner en 3D.

Ronald Davis a fabriquĂ© une machine Ă  vertige : un grand disque, sur lequel il a dessinĂ© une spirale, fixĂ©e sur un tourne-disque vertical. Tous (dys et non dys) en fixant cette spirale qui tournait avaient du mal Ă  estimer le temps passer, avaient du mal Ă  rĂ©pĂ©ter des phrases difficiles Ă  prononcer, et Ă  conserver leur Ă©quilibre. Les jeunes dys ont tout de suite reconnu une dĂ©sorientation similaire Ă  celle Ă©prouvĂ©e en lisant. Un jeune s’est exclamĂ© au milieu de l’expĂ©rience : « C’est ça ! C’est ma dyslexie ! C’est ce que je ressens quand je dois lire ! » il ajouta aprĂšs « J’aimerais vraiment que mon pĂšre vienne s’asseoir devant ce truc. Quand il commencerait Ă  dĂ©gobiller, je lui dirais que c’est de la paresse ! ».

« La dyslexie ne devrait pas ĂȘtre qualifiĂ©e de trouble de l’apprentissage. Il serait plus juste de la dĂ©finir comme un dĂ©savantage dĂ» au conditionnement. » Ronald Davis

La désorientation subie

La dĂ©sorientation est subie si un symbole ou un mot Ă©crit ne s’accompagne pas d’une image mentale et d’une signification, ce qui engendre des erreurs. Lorsque la dĂ©sorientation est subie : c’est la dyslexie, le TDA, la dyscalculie, la dysgraphie
Ronald Davis donne quelques exemples de symptĂŽmes de la dĂ©sorientation en fonction des sens. Il est possible qu’un enfant ait plus de difficultĂ©s avec un sens en particulier ou plusieurs.

La vision : les formes et sĂ©quences de lettres ou de chiffres paraissent changĂ©es ou inversĂ©es ; les lettres ou les chiffres donnent l’impression de bouger, de disparaĂźtre, de grossir ou de rĂ©trĂ©cir ; les mots sont Ă©pelĂ©s de maniĂšre erronĂ©e ou incohĂ©rente ; des mots ou des lignes sont omis au cours de la lecture ou de l’écriture ; la ponctuation ou les majuscules sont omises, ignorĂ©es ou ne sont pas vues ; des mots ou des lettres sont omis, transformĂ©s ou substituĂ©s au cours de la lecture ou de l’écriture.

L’ouĂŻe : certains sons du discours sont difficiles Ă  Ă©mettre ; des sons erronĂ©s sont entendus ; la personne donne l’impression de ne pas Ă©couter ou de ne pas entendre ce qui est dit ; les sons sont perçus comme s’ils Ă©taient plus doux, plus forts ou provenant de plus loin ou de plus prĂšs qu’ils ne le sont en rĂ©alitĂ©.

L’équilibre et le mouvement : vertige ou nausĂ©es pendant la lecture ; mauvais sens de l’orientation ; incapacitĂ© Ă  rester assis tranquillement ; graphisme malhabile ; problĂšme d’équilibre et de coordination ;

Le temps : hyperactivitĂ© ; hypoactivitĂ© ; peine dans l’apprentissage des concepts mathĂ©matiques ; difficultĂ©s Ă  ĂȘtre ponctuel ou Ă  savoir lire l’heure ; rĂȘvasse trop ; perd aisĂ©ment le cours de sa pensĂ©e ; difficultĂ©s Ă  mettre dans le bon ordre.

« Lorsque nous montrons Ă  un dyslexique comment dĂ©sactiver les dĂ©sorientations dĂšs qu’elles se produisent et que nous l’aidons Ă  identifier et Ă  maĂźtriser l’information symbolique qui a dĂ©clenchĂ© cette dĂ©sorientation, les problĂšmes de lecture, de maths, d’écriture et d’orthographe commencent Ă  disparaĂźtre ».

Un enfant pensant en images peut avoir comme difficulté :

– l’apprentissage de la lecture
– l’orthographe
– l’apprentissage du calcul
– expliquer comment il rĂ©sout un problĂšme puisqu’il l’a rĂ©solu dans sa tĂȘte avec des images et non avec des mots
– l’orientation gauche-droite
– suivre des directions, suivre des instructions sĂ©quentielles
– apprendre Ă  lire l’heure
– ĂȘtre Ă  l’heure
– apprendre les notes de musique
– la coordination des mouvements en sports et en danse
– l’ordre chronologique

Pour Ronald Davis, dĂ©sorientation et troubles de dyslexie apparaissent lorsque l’enfant commence l’apprentissage de la lecture alors que pour le TDA, nous le verrons plus loin, les effets de la dĂ©sorientation se produisent pendant le dĂ©veloppement de la petite enfance.

Les solutions de Ronald Davis

La dĂ©couverte rĂ©volutionnaire de Ronald Davis est d’avoir trouvĂ© comment maĂźtriser la dĂ©sorientation.Ronald Davis explique que lorsque nous fermons les yeux pour penser Ă  quelque chose, ce que nous voyons n’est pas forcĂ©ment vu avec les yeux mais avec un « Ă©picentre de la perception » qu’il appelle l’Ɠil imaginaire. Il situe cet Ɠil imaginaire derriĂšre et un peu au-dessus de la tĂȘte. Il a dĂ©couvert que lorsque l’Ɠil imaginaire s’éloigne de ce point de rĂ©fĂ©rence, cela entraĂźne des changements de perception, toutes les perceptions (la vue, l’ouĂŻe, l’équilibre, le mouvement
à part le goĂ»t), y compris le sens du temps. R.D. a mis au point diffĂ©rents exercices qui permettent au penseur en images, devenu dyslexique Ă  cause des dĂ©sorientations subies, de contrĂŽler son Ɠil imaginaire. C’est un acte volontaire, un peu comme s’il avait un interrupteur mental car lui seul peut faire bouger son Ɠil imaginaire. Le penseur en images pouvait passer volontairement en mode dĂ©sorientation dĂšs la petite enfance pour percevoir le monde de façon multidimensionnelle afin d’en tirer un maximum d’informations. Avec ces exercices, il peut stopper la dĂ©sorientation qu’il n’a pas provoquĂ©e. La prĂ©sence d’un Ɠil imaginaire peut sembler surnaturel, c’est pourtant une particularitĂ© des vrais dyslexiques/penseurs en 3D !

L’enfant qui ne contrĂŽle pas son Ɠil imaginaire et qui est en Ă©tat de dĂ©sorientation subie ne perçoit pas le monde tel qu’il est rĂ©ellement, ses perceptions ne sont pas justes. Il « ne sait plus ce qui est juste ou faux et il rĂ©agit Ă©motionnellement. Ces Ă©motions nĂ©gatives provoquent des frustrations, c’est pourquoi il invente des solutions compulsives pour masquer ses problĂšmes ». Pour Ronald Davis, les phĂ©nomĂšnes apparaissent dans cet ordre : dĂ©sorientation ; erreurs de perception ; Ă©motions nĂ©gatives ; frustrations ; solutions compulsives.

La lecture : pour Ronald Davis, l’enfant dyslexique a besoin de pouvoir penser avec les symboles et les mots qui dĂ©clenchent chez lui la dĂ©sorientation. MĂȘme si ces mots font partis de son vocabulaire, il ne saurait sĂ»rement pas les dĂ©finir. Il faut aider l’enfant Ă  se crĂ©er des images mentales avec ces mots, et lui permettre d’ĂȘtre trĂšs crĂ©atif ! « Une fois que tous les mots dĂ©clencheurs sont maĂźtrisĂ©s, le dyslexique ne souffre plus de troubles de l’apprentissage. Et donc les solutions compulsives n’ont plus raison d’ĂȘtre ».Pour aider l’enfant Ă  comprendre le sens des mots qui n’évoquent pas naturellement d’images mentales, Ronald Davis prĂ©conise de les faire reprĂ©senter par l’enfant en plasticine, argile ou pĂąte Ă  modeler, donc en 3 D. Cette reprĂ©sentation en 3D peut se faire pour les dĂ©terminants, les prĂ©positions, les adverbes
 et Ă©galement pour les notions abstraites

Orthographe : pour Ronald Davis, il est trĂšs difficile de faire appliquer les rĂšgles par un dyslexiques Ă  cause des exceptions. Il peut appliquer la rĂšgle mais Ă  la lettre ! Pour lui, le meilleur moyen est que l’enfant lise beaucoup, qu’il Ă©pelle et il faut ĂȘtre patient !

La dysgraphie : lorsque l’enfant a des problĂšmes d’écriture, il peut y avoir plusieurs raisons :– l’enfant a du mal Ă  tracer les lettres dans le bon sens car le modĂšle danse ! L’enfant peut les modeler dans de l’argile. Ainsi matĂ©rialisĂ©es en 3D, elles ne bougeront plus et il pourra les reproduire,– l’enfant a reçu plusieurs directives sur la maniĂšre d’écrire. A chaque modĂšle, il s’est construit une image mentale. Lorsqu’il doit Ă©crire le mot, ces images mentales multiples se superposent et il essaye avec un seul trait de toutes les respecter. Le mot Ă©crit se tortille
 Il faut privilĂ©gier dĂšs le dĂ©part 1 seul modĂšle de lettre,– certaines lettres provoquent une dĂ©sorientation lorsque l’enfant essaye de les tracer. Il faut lui faire tracer en grand dans l’espace, puis en grand sur du papier jusqu’à ce que la dĂ©sorientation ne se fasse plus. Puis, l’enfant Ă©crit plus petit,– il peut y avoir aussi un problĂšme de prĂ©hension du stylo. L’enfant peut dessiner avec un marqueur sur de trĂšs grandes feuilles, puis rĂ©duire le support petit Ă  petit.

La dyscalculie : pour apprendre les mathĂ©matiques, il faut que l’enfant maĂźtrise absolument les notions de bases suivantes :– le temps : la mesure du changement par rapport Ă  une rĂ©fĂ©rence ;– la sĂ©quence : la maniĂšre dont les choses se suivent les unes les autres, en termes de quantitĂ©, de taille, de temps, d’ordre arbitraire et d’importance ;– l’ordre : chaque chose bien Ă  sa place, dans la bonne position et en bon Ă©tat.

Nous avons vu que pour un enfant dyslexique, la dĂ©sorientation empĂȘche d’intĂ©grer les concepts de temps, sĂ©quence et ordre. L’enfant dyslexique doit absolument maĂźtriser ces notions de base pour apprendre les mathĂ©matiques, sinon il les mĂ©morisera sans les comprendre et dĂ©veloppera une dyscalculie.

Peut-on éviter la dyslexie ?

Avec un apprentissage adaptĂ©, l’enfant peut apprendre Ă  lire sans dĂ©velopper de dyslexie. Par exemple, la pĂ©dagogie Montessori est parfaitement adaptĂ©e pour ne pas dĂ©velopper ce dysfonctionnement chez les enfants pensant en image pour plusieurs raisons :

  • L’enfant se prĂ©pare Ă  Ă©crire avec le matĂ©riel de vie pratique qu’il utilise en allant de gauche Ă  droite, de haut en bas et en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (un enfant dys Ă  tendance Ă  faire le contraire).
  • L’enfant apprend les lettres en touchant les lettres rugueuses (lettre dĂ©coupĂ© dans du papier de verre collĂ©e sur un support en bois). Il touche en disant le son. Il intĂšgre donc le son par l’ouĂŻe et le toucher. Ronald Davis fait faire les lettres en 3D en pĂąte Ă  modeler pour que l’enfant puisse les toucher.
  • Avec la pĂ©dagogie Montessori, l’enfant commence par Ă©crire des mots qui sont en images. Entre 3 et 6 mois aprĂšs, il entre seul dans la lecture. DĂšs que l’enfant commence Ă  lire un mot, nous lui proposons des billets Ă  lire que l’enfant pose sur l’objet correspondant. Donc, dĂšs que l’enfant commence Ă  lire, il est amenĂ© Ă  donner du sens Ă  ce qu’il lit.
  • DĂšs que l’enfant lit bien un mot, nous prĂ©sentons les dĂ©terminants avec diffĂ©rents objets (donne-moi un crayon parmi tant d’autre, donne-moi le crayon rouge…) et nous prĂ©sentons l’adjectif (donne-moi la feuille rouge, donne-moi la feuille cartonnĂ©e, donne-moi la feuille dĂ©chirĂ©e, donne-moi la feuille carroyĂ©e
). Puis, nous commençons la grammaire avec des groupes nominaux : dĂ©terminants + nom + adjectif ou dĂ©terminants + adjectif + nom ou dĂ©terminants + adjectif + nom + adjectif. A chaque fois, l’enfant lit le groupe nominal, puis nous posons les questions suivantes : de quoi parle-t-on ? (pour trouver le nom) ; quel est le mot qui indique s’il y en a un ou plusieurs ? (pour trouver le dĂ©terminant) ; comment est ce dont on parle ? (pour trouver le ou les adjectifs). L’enfant prend rapidement l’habitude de donner du sens aux dĂ©terminants qui sont sujets Ă  provoquer des ‘’blanc’’, ce qui l’aide Ă  construire sa pensĂ©e verbale.
  • Quelques mois aprĂšs ce travail, nous introduisons le verbe puis la prĂ©position. La prĂ©position fait aussi l’objet d’une prĂ©sentation avec des objets : « met le chien dans la niche », « met le tracteur derriĂšre la ferme », « pose le vase sur la table »  Tout cela aide l’enfant Ă  se crĂ©er les images mentales nĂ©cessaires pour la lecture. Pendant de longs mois, l’enfant lit des expressions de trois ou quatre mots, puis des petites phrases sur lesquelles il travaille et donne du sens. Il n’a donc pas l’occasion de se retrouver en mode de dĂ©sorientation.
  • Lorsque l’enfant commence Ă  lire un peu mieux, nous lui donnons des ordres Ă  lire et Ă  accomplir aussitĂŽt qu’ils sont lus : « ouvre la porte », « ferme le tiroir », « arrose les plantes », « prend trois amandes et mange-les »  Tout cela aide l’enfant Ă  donner du sens Ă  ce qu’il lit et l’aide Ă  construire sa pensĂ©e verbale. L’enfant se lancera dans des lecture plus longue lorsqu’il sera prĂȘt.

Peut-on éviter la dyscalculie ?

La pĂ©dagogie Montessori, par exemple, ne dĂ©veloppe pas de dyscalculie car l’enfant apprend trĂšs tĂŽt par de nombreuses activitĂ©s, les concepts de temps, de sĂ©quences et d’ordre.

  • DĂšs 3 ans, l’enfant apprend la notion de ‘’avant’’ et ‘’aprĂšs’’ par ‘’les images sĂ©quentielles’’. L’enfant doit poser 2 images dans un tableau de deux colonnes (avant et aprĂšs) en justifiant son choix, ce qui se passe avant et ce qui se passe aprĂšs. Puis, l’enfant passe Ă  3 images sur un tableau Ă  3 colonnes (avant, pendant et aprĂšs). Il doit aussi poser les images en justifiant son choix. Il classe ensuite 4 images vers 4 ans, 5 images vers 5 ans et 6 images vers 6 ans en racontant l’histoire qu’il suggĂšre avec les images proposĂ©es. Les images sĂ©quentielles aident Ă  intĂ©grer la notion de sĂ©quence.
  • L’ordre est appris par le rangement du matĂ©riel de chaque activitĂ© : il sort du matĂ©riel, rĂ©alise l’activitĂ© puis range ce matĂ©riel avant de choisir un nouveau matĂ©riel. Chaque matĂ©riel Ă  une place prĂ©cise qui doit ĂȘtre respectĂ©e.

Avec la pĂ©dagogie Montessori, les premiers symboles de calcul sont prĂ©sentĂ©s Ă  l’enfant aprĂšs une prĂ©sentation de l’opĂ©ration. Par exemple, pour l’addition, nous prĂ©parons Ă  l’enfant 3 quantitĂ©s en symboles sur 3 plateaux et l’enfant prĂ©pare ces quantitĂ©s avec les perles sur chacun des plateaux. Ensuite, nous annonçons Ă  l’enfant que nous allons faire une addition, nous allons ajouter toutes ces quantitĂ©s. Elles sont mises l’une aprĂšs l’autre sur un grand plateau sur lequel a Ă©tĂ© Ă©talĂ© un foulard, le tout devant nous. A chaque fois que l’enfant apporte des milliers ou des centaines ou autres, nous nous exclamons : « oh la la ! tu m’en donne encore ! J’en ai beaucoup, j’en ai de plus en plus
 » Nous donnons le plus possible de vocabulaire pour montrer Ă  l’enfant qu’additionner, c’est ajouter. Lorsque toutes les perles sont sur le foulard, nous prenons les 4 coins et le soulevons en nous exclamant que c’est trĂšs lourd tellement il y en a. Nous faisons porter le foulard plein de perles Ă  l’enfant pour qu’il constate comme c’est lourd. Ensuite, nous comptons le rĂ©sultat, nous Ă©crivons l’opĂ©ration et prĂ©sentons le symbole de l’addition ‘’+’’, Ă©galement le Ă©gal ‘’=’’ qu’il ne connaĂźt pas encore. Ainsi, l’enfant est marquĂ© par ces symboles.

Tous les concepts mathĂ©matiques sont reprĂ©sentĂ©s par un ou plusieurs matĂ©riels, ainsi l’enfant peut visualiser et manipuler Ă  son rythme jusqu’à ce qu’il soit capable de passer Ă  l‘abstraction.

Peut-on éviter la dysgraphie ?

La pĂ©dagogie Montessori, par exemple, ne dĂ©veloppe pas de dysgraphie car l’enfant apprend les lettres avec son corps lorsqu’il les touche pour apprendre leur son. Il peut les tracer dans de la farine mise sur un plateau, il peut les Ă©crire trĂšs grande au dĂ©but si nĂ©cessaire, la taille est rĂ©duite petit Ă  petit, ce que fait Ronald Davis pour palier Ă  ce dysfonctionnement.

Les travaux de Chantal Wyseur en complément de la méthode Davis

Chantal Wyseur, de part sa formation Ă  la mĂ©thode Davis, son expĂ©rience de professeur en sciences humaines et son expĂ©rience de soutien scolaire, nous apporte un complĂ©ment d’informations trĂšs enrichissant qu’elle nous livre dans Le Cerveau atemporel des dyslexiques.

Elle a remarquĂ©, tout comme Davis, qu’un tiers Ă  un quart des enfants avait un comportement relativement Ă©quivalent Ă  certains points du penseur en 3D mais sans forcĂ©ment les inconvĂ©nients que l’on nomme dyslexie. La diffĂ©rence semble ĂȘtre liĂ©e au moment oĂč la pensĂ©e langagiĂšre se met en place (la petite voix dans notre tĂȘte). Pour Chantal Wyseur et Ronald Davis, un enfant penseur en 3D peut avoir sa pensĂ©e langagiĂšre qui se dĂ©veloppe seulement vers 9 ans et mĂȘme plus tard, vers 13/14 ans. Tant que la pensĂ©e langagiĂšre ne s’est pas mise en place, un enseignement classique avec des explications verbales ne peut convenir. Chantal Wyseur a observĂ© que cette petite voix intĂ©rieure peut se mettre en place tout d’un coup !

Il semble que plus l’enfant parle correctement tard (4/5 ans), plus cette pensĂ©e langagiĂšre se met en place tard (9/13 ans), plus il peut avoir des difficultĂ©s en fonction aussi de la pĂ©dagogie utilisĂ©e. Chantal Wyseur a constatĂ© que « cette pensĂ©e verbale intĂ©rieure n’existe pas chez les enfants trĂšs dyslexiques ».Pour Chantal Wyseur, la grande difficultĂ© du penseur en 3D sans petite voix intĂ©rieure va ĂȘtre de se construire des images mentales car le penseur en 3D a du mal Ă  garder une image fixe dans sa tĂȘte. ForcĂ©ment, celle-ci bouge, vibre, disparaĂźt, rĂ©apparaĂźt, se modifie. D’oĂč la difficultĂ©, par exemple, Ă  apprendre les lettres car il a plusieurs images de chaque lettre en tĂȘte et chacune est vibrante de vie, associĂ©e Ă  des sentiments, des impressions, des couleurs, des bruits et mĂȘme parfois au goĂ»t ! Il n’arrive pas Ă  sĂ©lectionner celle qui lui permettrait de l’apprĂ©hender. La meilleure façon pour lui de les dompter pour qu’elles ne bougent plus est de les fabriquer en 3D.

Difficultés de concentration

Les penseurs en 3D ont une notion du temps complĂštement diffĂ©rente de la norme. Leur temps est Ă©lastique, dilatĂ© ou rĂ©tractĂ© suivant l’action du moment. DiffĂ©rentes images ou scĂšnes se superposent dans leur tĂȘte, se succĂšdent, dĂ©filent beaucoup trop vite
 Il ne peut capter son attention sur une chose.Pour Chantal Wyseur le penseur en 3D peut observer un ensemble de choses et mĂ©moriser une grande quantitĂ© de dĂ©tails sans pouvoir dĂ©crire ce qu’il a vu de maniĂšre objective et prĂ©cise. Au contraire, il est incapable d’en parler. Pourtant, il a fait inconsciemment une synthĂšse et sait des choses mais il est incapable de les communiquer. Par contre, des dĂ©tails lui reviendront.. s’il en a besoin ! C’est lui « qui pourra vous dire la semaine suivante que le sirop pour la toux se trouve dans le bac Ă  lĂ©gumes de gauche du rĂ©frigĂ©rateur ». Si le penseur en 3D observe un tableau, par exemple, il ne va pas regarder les dĂ©tails, il va voir des parties s’animer, il va chercher un climat, une ambiance. S’il se rĂ©oriente et qu’il arrive Ă  observer un dĂ©tail, tout redeviendra inerte mais il sentira moins le climat
 C’est une autre façon de regarder. S’il doit regarder des dĂ©tails au milieu d’un ensemble dans un certain ordre, en suivant un sens imposĂ©, il ne peut regarder dans l’ordre préétabli. L’ordre par lequel il passe d’un dĂ©tail Ă  l’autre se fait selon son inclination personnelle (une Ă©motion, un goĂ»t particulier, une attirance
).

Chantal Wyseur constate que les facultĂ©s d’imagination, de crĂ©ativitĂ© et d’intuition sont trĂšs rarement Ă©valuĂ©es Ă  l’école. Les valeurs scolaires se situent plutĂŽt dans un monde plus abstrait, difficilement accessible au penseur en 3D. Ces enfants peinent Ă©normĂ©ment pour arriver Ă  faire ce qu’on leur demande et peuvent finir par penser qu’ils sont vraiment nuls puisqu’ils n’y arrivent pas ou de penser qu’ils sont fous puisqu’ils ont l’intuition au fond d’eux d’avoir des capacitĂ©s. L’école demande la plupart du temps « une observation objective qui ne s’obtient qu’en Ă©tant en projet d’ĂȘtre attentif. Cela implique une anticipation mentale, laquelle guidera notre pensĂ©e et nous invitera Ă  prendre les informations dans un certain ordre, Ă  les identifier en suivant un sens, tout en limitant l’observation Ă  un cadre donnĂ© ». « MalgrĂ© de grandes capacitĂ©s dans le domaine concret, la personne dyslexique peut se sentir en dysharmonie par rapport Ă  la sociĂ©tĂ© actuelle. Elle ressent un manque de confiance en elle car son premier contact social prĂ©gnant – l’école – n’a pas reconnu sa façon d’accĂ©der au sens. Tout change Ă  partir du moment oĂč le dyslexique utilise la pensĂ©e verbale intĂ©rieure. Bien qu’il me soit impossible d’en dĂ©duire une vĂ©ritĂ© scientifique, j’ai pu observer ce phĂ©nomĂšne plusieurs fois de façon prĂ©cise ».

Reprenons les cinq gestes mentaux d’Antoine de La Garanderie : attention, mĂ©morisation, comprĂ©hension, rĂ©flexion et imagination crĂ©atrice. Voici ce que Chantal Wyseur nous dit pour l’enfant qui pense en 3D :

Attention : Ils ont particuliĂšrement besoin de dĂ©marrer par du concret car leur attention est sĂ©lective. Ils peuvent dĂ©marrer par des choses abstraites s’ils ont pu, au prĂ©alable, les ressentir avec leur corps. Il faut souvent les ramener sur terre car ils peuvent s’évader en imagination sur un mot, une idĂ©e
 Il faut donc favoriser les supports concrets, si possible en 3D avec lesquels ils peuvent s’imaginer en action ou l’imaginer en action. « L’interprĂ©tation des questions et des textes Ă©crits pose un problĂšme, mĂȘme si la lecture est parfaitement acquise. L’accroche mentale se fera toujours sur un mot de la question ou sur une phrase du texte qui fait vibrer ‘’corporellement’’, au risque de dĂ©former l’information ».

MĂ©morisation : elle « se fait depuis des scĂšnes, des mouvements vĂ©cus. Le corps a mĂ©morisĂ© les ambiances, les visages, les Ă©motions ; il a retenu un mouvement. C’est comme une suite de plans dans un film. Il s’agit d’une mĂ©morisation inconsciente, qui n’est pas trĂšs efficace pour des contenus scolaires classiques ».

ComprĂ©hension et rĂ©flexion : elles « ne fonctionnent bien que lorsqu’il s’agit de faits se rattachant Ă  la vie, au rĂ©el concret, surtout si des facteurs humains y sont imbriquĂ©s. La comprĂ©hension ne se fait pas en fonction de l’évocation auditive ou visuelle, mais dans une action imaginaire en 3D Ă  une allure vertigineuse. La recherche de sens est de trouver une solution pratique Ă  un problĂšme concret ». « La rĂ©flexion prendra appui sur des acquis mĂ©morisĂ©s, des souvenirs d’actions ressemblant Ă  celle Ă  rĂ©soudre ».

Imagination crĂ©atrice : elle « est omniprĂ©sente. Parti dans son monde en 3D, le dyslexique peut crĂ©er avec une grande rapiditĂ© toutes les formes qu’il veut en partant de formes connues. Il doit s’en empĂȘcher pour rester ‘’sur terre’’. Le geste d’imagination est tellement vivace et vagabond qu’il pollue le geste d’attention ».

Un point particuliĂšrement important pour le penseur en 3D est de donner du sens Ă  ce qu’il doit apprendre. Pour donner du sens, il a besoin de savoir rapidement Ă  quoi va servir ce qu’il doit apprendre, il lui faut une vision globale de l’information avant d’apporter les dĂ©tails. Et surtout, il faut qu’il soit acteur ! « Quand tout est codĂ©, dĂ©coupĂ© au dĂ©part, il n’y a pas de sens. L’enfant ne peut pas se sentir en action, en train de construire. Il n’y a que de ‘’l’obĂ©i
sens’’ pour des savoirs dessĂ©chĂ©s et dĂ©sossĂ©s. Les concepteurs de jeux vidĂ©os ont mieux compris comment fonctionnaient les enfants : s’ils ne savent pas se dĂ©crocher de leur Ă©cran c’est bien parce qu’ils sont en action, en mouvement, comme s’ils vivaient eux-mĂȘmes l’aventure. Ils sont en action imaginaire dans un scĂ©nario dans lequel ils sont acteurs, alors qu’à l’école ils Ă©tudient un schĂ©ma de la digestion comme s’ils n’avaient pas d’Ɠsophage ni d’estomac ! » Beaucoup d’enfants parlent de cours morts et de cours vivants
 Les penseurs en 3D ont souvent beaucoup de mal Ă  comprendre les notions abstraites, aussi l’information devrait d’abord passer par le corps et toute notion abstraite doit ĂȘtre prĂ©sentĂ©e en 3 D. Pour cela, la pĂąte Ă  modeler est vraiment un trĂšs bon moyen « Il accĂšde donc au sens par le tact et le mouvement et il complĂšte ce travail mental par l’acquisition des correspondances en langages et en 2D. Il peut dĂšs lors utiliser l’information de façon conceptuelle. Il comprend qu’il s’agit d’une convention et il ne tentera pas de transformer la lettre en un ĂȘtre vivant, vibrant d’émotions. S’il ne trouve pas l’énergie qui lui permet de faire la traduction d’un code prĂ©sentĂ© sous une forme qu’il ne peut accepter, il aura toute sa vie des problĂšmes avec le code Ă©crit ».

Chantal Wyseur nous parle de Maria Montessori qui « avait stigmatisĂ© l’autoritarisme en matiĂšre Ă©ducative qui brisait l’élan vital de l’enfant ». Pour elle aussi, l’école n’a pas progressĂ© : l’autoritarisme n’est plus de mise mais la personnalitĂ© de tous les enfants n’est toujours pas respectĂ©e « De nombreux enfants pensent qu’à l’école, il faut penser avec un cerveau spĂ©cial qui n’est pas leur propre cerveau ». Ne se sentant pas reconnus dans leur fonctionnement, ils dĂ©pensent Ă©normĂ©ment d’énergie Ă  ressembler Ă  ce que l’on attend d’eux. « Ils Ă©touffent leur potentiel et leur intelligence par excĂšs de conformisme. Leur don est gĂąchĂ© ». « En ne reconnaissant pas leur façon imaginative et ‘’multidimensionnelle’’ en 3D d’apprĂ©hender le monde, on tue dans l’Ɠuf leur projet de sentir, de vivre, et tout simplement d’ĂȘtre. L’enfant dyslexique devrait ĂȘtre informĂ© de son propre fonctionnement ».

Ces enfants ont particuliĂšrement besoin d’ĂȘtre valorisĂ©s, d’obtenir qu’on leur fasse confiance, que l’on se dĂ©barrasse de notre savoir et de nos prĂ©jugĂ©s afin d’ĂȘtre disponible pour Ă©couter et observer. Ces enfants sont plus curieux, crĂ©atifs, imaginatifs, intuitifs
 Il ne faut pas le gĂącher mais le cultiver !

Les travaux de Béatrice Sauvageot : dysfonctionnements et dyslexie

Béatrice Sauvageot a mis au point une méthode qui rééduque les dyslexiques sur une période allant de 6 mois à un an.

BĂ©atrice Sauvageot est une orthophoniste qui s’est formĂ©e aux neurosciences. Elle a obtenu un prix de la Fondation de France (fondation Salavin Fournier) pour ses recherches en 1992, et dirige depuis un centre pĂ©dagogique et thĂ©rapeutique au sein duquel elle pratique sa propre mĂ©thode. Elle a constituĂ© un groupes de recherche alliant artistes, scientifiques, linguistes, mĂ©decins, thĂ©rapeutes et patients autour des stratĂ©gies d’apprentissage. Ceux-ci se situent dans le monde entier. Elle propose des outils originaux et rĂ©volutionnaires car performants pour les dyslexiques et les dysorthographiques. Ils ont fait leur preuves et sont dĂ©jĂ  utilisĂ©s dans 24 pays. Ils permettent aux dyslexiques, dysorthographiques, dysgraphiques, dyscalculiques et Ă  certains dyspraxiques, d’apprendre rapidement la langue Ă©crite standard tout en conservant l’accĂšs libre et riche Ă  ce que BĂ©atrice appelle une bilexie Ă©panouie. BĂ©atrice Sauvageot travaille avec des enfants dyslexiques depuis vingt ans et a Ă©laborĂ© une mĂ©thode gestuelle qui corrige la dyslexie entre 6 mois et 1 an au lieu de 3 ou 4 ans minimum. Elle rééduque Ă©galement les adultes qui ont un niveau de lecture CE1 pour leur faire acquĂ©rir une lecture fluide. Pour identifier les enfants dyslexiques, elle prend les enfants dans leur globalitĂ© et reconnait un dyslexique Ă  sa façon d’ĂȘtre, Ă  ses difficultĂ©s dans la vie et Ă  sa façon de les gĂ©rer.

Pour BĂ©atrice Sauvageot et son Ă©quipe, l’enfant qui peut devenir dyslexique a son propre langage, « une langue neurologique et linguistique Ă  part entiĂšre, obĂ©issant à une logique particuliĂšre propre Ă  chaque dyslexique et Ă  son regard sur le monde. Cette langue comporte une syntaxe, des rĂšgles de lecture ainsi que des fonctions »[1]. En effet, un dyslexique possĂšde un langage qui cache « une singularitĂ©, une perception, des associations d’idĂ©es, une poĂ©sie et une structure Ă  part ». Cela leur permet de faire la diffĂ©rence entre le vrai dyslexique et celui qui a des difficultĂ©s en orthographe. Pour un enfant dyslexique, apprendre le français est comme apprendre une langue Ă©trangĂšre, il doit maĂźtriser un double lexique : celui de leur langue « naturelle » et celui de la langue « officielle ». Il est tout Ă  fait possible pour ces enfants de dĂ©passer leurs difficultĂ©s, pour cela, il faut d’abord les aider Ă  comprendre leur logique, travailler sur la plasticitĂ© des zones du cerveau concernĂ©es et les aider Ă  maĂźtriser leur langue maternelle afin qu’ils puissent devenir bilexiques. Dyslexie Ă©voque un problĂšme de dysfonctionnement et d’une anomalie, alors qu’il s’agit d’une rĂ©partition diffĂ©rente des zones d’apprentissages de la lecture et de l’écriture. D’oĂč le terme prĂ©fĂ©rĂ© de ‘’bilexie’’. BĂ©atrice Sauvageot considĂšre que, loin de dysfonctionner, les bilexiques « sont loin de nous avoir rĂ©vĂ©lĂ© ce dont ils sont capables ».

Le plus important pour BĂ©atrice Sauvageot[2] pour aider un enfant Ă  devenir bilexique est de mettre en avant ses potentialitĂ©s exceptionnelles et avoir un regard positif sur leur personnalitĂ©. Plus on stimule l’enfant, plus on lui apprend de choses et plus il apprend. Plus on l’amuse, plus on l’intĂ©resse Ă  s’approprier ce code, plus il y arrive. Pour BĂ©atrice Sauvageot Ă©galement, lire et Ă©crire c’est d’abord sentir, Ă©couter, rire
 Un dyslexique est quelqu’un de diffĂ©rent des autres dans sa perception du monde, dans son apprĂ©hension du langage et surtout qui a un talent cachĂ©. C’est un talent qui dort, il faut le stimuler et c’est grĂące Ă  la stimulation de ce talent, surtout grĂące Ă  sa conscientisation, que la personne va rééduquer son symptĂŽme. Aider l’enfant Ă  reprendre confiance en lui en valorisant ses qualitĂ©s extrascolaires, qualitĂ© souvent nĂ©gligĂ©es par l’éducation traditionnelle. Ce qui apparaĂźt le plus remarquable pour elle est que le dyslexique est brillant dans ce qu’il entreprend mais Ă  condition que le cadre Ă©motionnel soit lĂ . C’est Ă  dire que rien n’est impossible Ă  condition qu’il soit en sĂ©curitĂ© affective, qu’il apprĂ©cie les personnes autour de lui et que les relatons soient bonnes. Il aura tendance, dĂšs lors qu’il est mal Ă  l’aise Ă  se renfermer sur lui et Ă  ne plus rien faire du tout.Ce n’est pas seulement la pensĂ©e en images qui est remarquable mais le surdĂ©veloppement de ses 5 sens : il voit plus de couleurs, entend plus de sons, voit plus de dĂ©tails et en 3D et « pense en images » mais avec ses images Ă  lui. Par exemple, ils entendent tellement bien les nuances des sons, que pour eux un « a » peu avoir une quinzaine de façon de se prononcer si distinctes que pour eux, il s’agit de 15 sons diffĂ©rents. Il faut donc apprendre que tous ses sons s’Ă©crivent de la mĂȘme façon ce qui n’a aucun sens pour lui…Il faut apprendre aux enfants Ă  maĂźtriser leurs dĂ©placements, car la lecture est un rythme, un mouvement. MaĂźtriser ce rythme est une des clĂ©s de l’apprentissage. Pour intĂ©grer une lettre extĂ©rieure Ă  lui, l’enfant doit l’intĂ©grer dans son schĂ©ma corporel.

BĂ©atrice Sauvageot affirme qu’un enfant peut avoir les dispositions pour ĂȘtre dyslexique et ĂȘtre trĂšs bon lecteur, si la lecture est une vraie passion et donc un choix personnel de l’enfant.

BĂ©atrice Sauvageot nous explique Ă©galement sur son site : « Depuis une dizaine d’annĂ©es, nous avons dĂ©couvert des perceptions visuelles des lettres et des mots chez les dyslexiques et les dysorthographiques. Les zones utilisĂ©es pour dĂ©chiffrer ne sont pas les mĂȘmes que les nĂŽtres, elles passent par 3 analyses simultanĂ©es des lettres. Si on analyse les rythmes d’association des groupes de graphĂšmes, nous percevons que les dys dĂ©chiffrent de la mĂȘme façon qu’un musicien devant une partition : il a besoin de la contre forme, de la complĂ©mentaritĂ© et d’indications diverses de couleurs, de pleins et de vides afin d’accĂ©der Ă  une lecture fluide, le dĂ©chiffrage est son ennemi. C’est pourquoi nous avons mis en place des outils qui permettent de lire par Ă©tape et d’accĂ©lĂ©rer le dĂ©bit jusqu’Ă  l’obtention d’une lecture fluide. Ces Ă©tapes de lecture tiennent compte des zones cĂ©rĂ©brales convoquĂ©es pour les tĂąches de lecture, stimulent les fonctions supĂ©rieures du langage et permettent Ă©galement aux non dys d’acquĂ©rir ce code. »

BĂ©atrice Sauvageot a fondĂ© avec Jean MĂ©tellus l’association ‘’Puissance dys’’ afin de promouvoir ses recherches dans les domaines de la pĂ©dagogie et de la thĂ©rapie. Son travail se dĂ©veloppe au sein de diverses structures : cabinet libĂ©ral, projets pilotes au sein d’établissements publics et privĂ©s (son association est reconnue et elle peut intervenir dans les Ă©coles afin de faire comprendre que l’on ne peut pas aborder les apprentissages comme avec les autres enfants, elle donnent des conseils), projets d’insertion et de rĂ©insertion professionnelle, Ă©tablissement pĂ©nitentiaire, hĂŽpitaux, universitĂ©s. Elle participe Ă  de nombreux colloques et son travail fait l’objet d’articles dans la presse, d’émissions de radio et de tĂ©lĂ©vision. Elle propose une rééducation en ligne comme un outil quotidien. Elle propose des sĂ©ances collectives de rééducation depuis 20 ans qui ont montrĂ©es leur efficacitĂ©. Elle donne des stages Ă  Paris, en province et Ă  l’étranger. Ils permettent de mettre en pratique les exercices effectuĂ©s chez soi et surtout de trouver une ambiance de travail dans laquelle le dyslexique peut optimiser sa capacitĂ© d’apprentissage.

L’humour, la crĂ©ativitĂ©, le mimĂ©tisme, l’Ă©change sont les axes utilisĂ©s pour dĂ©velopper le cerveau dyslexique. Et ça marche !

Les changements pĂ©dagogiques de l’Education Nationale

Aujourd’hui, nous pouvons nous demander : pourquoi, il y a encore quarante ans en arriĂšre, tous les enfants qui allaient au moins jusqu’à 10-12 ans Ă  l’école savaient-ils lire, Ă©crire et compter correctement ? Pourquoi nos grands-parents ne font-ils pas de fautes d’orthographe ? Pourquoi depuis quelques dizaines d’annĂ©es, de plus en plus d’enfants, 200 000 par an[1], sortent du systĂšme scolaire sans maĂźtriser la lecture et l’écriture ? Pourquoi aujourd’hui 40% des Ă©lĂšves, soit 300 000 enfants, entrent-ils au collĂšge avec de graves lacunes[2] ? Pourquoi ce mĂȘme ÂŒ d’élĂšves Ă©taient-ils dĂ©jĂ  en Ă©chec scolaire Ă  l’entrĂ©e au CP ? Pourquoi 40% des Ă©lĂšves entrant en 6Ăšme ne suivront pas d’études secondaires ? Pourquoi un grand nombre d’Ă©lĂšves de seconde, titulaires du brevet, ne passent pas en premiĂšre[3] ? Pourquoi plus de la moitiĂ© des Ă©tudiants de premiĂšre annĂ©e ne parviennent pas en seconde annĂ©e ? Pourquoi de plus en plus d’élĂšves en Licence, et mĂȘme en Master, en plus de faire de nombreuses fautes d’orthographes ont une syntaxe dĂ©plorable ? Pourquoi des professeurs de français de facultĂ© sont obligĂ©s de faire un enseignement de collĂšge alors qu’avant ils faisaient de la stylistique et de la rhĂ©torique ? Pourquoi les facultĂ©s scientifiques se plaignent que les Ă©lĂšves savent de moins en moins raisonner ? Pourquoi est-il de plus en plus difficile aux quelques trĂšs grandes Ă©coles de remplir leur classe avec des Ă©lĂšves français ? Pourquoi ceux qui vont au doctorat ont un niveau qui baisse d’annĂ©e en annĂ©e ? Pourquoi certains pays conduisent 15% d’enfants d’une classe d’ñge au meilleur niveau lorsque la France n’en conduit que 5%[4] ?

Il y a quarante ou cinquante ans en arriĂšre, un enfant d’une famille illettrĂ©e pouvait apprendre Ă  lire, aujourd’hui, nous pouvons voir des enfants de familles lettrĂ©es, d’un bon niveau social, qui parviennent Ă  la lecture, non pas Ă  l’école, mais chez un orthophoniste, parfois en gardant de graves lacunes. Est-ce normal ?

Les mĂ©thodes de l’époque Ă©taient certainement critiquables et mĂ©ritaient d’ĂȘtre amĂ©liorĂ©e mais tous apprenaient Ă  lire, Ă©crire et compter, suffisamment pour que chacun puissent se dĂ©brouiller dans la vie, rĂ©diger correctement un courrier administratif, une demande d’embauche, etc. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de diplĂŽmĂ©s de niveau II (Bac + 4 ou 5) rĂ©diger des courriers non seulement bourrĂ©s de fautes d’orthographe mais tout juste comprĂ©hensibles et incorrects en syntaxe.

Qu’y a-t-il de vraiment changĂ© dans les pĂ©dagogies de l’Éducation Nationale depuis quarante ans ?

â–ș Les classes de maternelle ne prĂ©parent plus les enfants Ă  apprendre : il semble que l’essentiel de la pĂ©riode de 3 Ă  6 ans ait Ă©tĂ© complĂštement supprimĂ©, Ă  savoir l’éveil des sens et c’est lĂ  que se creusent les inĂ©galitĂ©s. Nous avons vu que les personnes qui remĂ©dient aux dysfonctionnements le font en commençant par stimuler les sens ! Aujourd’hui, les sens ne sont plus stimulĂ©s de maniĂšre Ă  prĂ©parer rĂ©ellement aux apprentissages ou ils sont stimulĂ©s excessivement, de façon inappropriĂ©e. L’éveil des sens sert Ă  crĂ©er des connexions entre les diffĂ©rents sens et, cela est prouvĂ© par les sciences cognitives actuelles, Ă  dĂ©velopper les facteurs dĂ©terminant pour la vitesse et la facilitĂ© d’apprentissage que sont l’attention, l’engagement actif, le retour d’information immĂ©diat et la consolidation[5]. L’enseignement actuel ne permet pas le dĂ©veloppement de ces 4 paramĂštres[6].

L’enseignement en maternelle devient Ă©quivalent Ă  l’école primaire dans le sens oĂč il est trĂšs dirigĂ©, trĂšs exigeant en terme de compĂ©tences prĂ©cises Ă  un moment prĂ©cis. C’est vraiment une petite Ă©cole, ce n’est plus un lieu de maternage oĂč chaque enfant peut apprendre ce dont il a besoin, Ă  son rythme.

â–ș Les manipulations si nĂ©cessaires aux kinesthĂ©siques (80% des enfants) ont quasiment disparues. Ce sont les manipulations et l’oralisation qui permettent la construction de connexions cĂ©rĂ©brales.

â–ș Les programmes sont surchargĂ©s de nouvelles notions, ce qui ne laisse plus le temps nĂ©cessaire aux fondamentaux. Le temps accordĂ© au français et aux mathĂ©matiques se restreint comme peau de chagrin. AprĂšs l’anglais, l’histoire de l’art a Ă©tĂ© ajoutĂ©e derniĂšrement au programme de fin de primaire. Non seulement les notions sont « allĂ©gĂ©es » mais les enfants qui en ont besoin, n’ont vraiment pas assez de temps pour faire les exercices nĂ©cessaires Ă  leur comprĂ©hension. Le temps est chronomĂ©trĂ©, minutĂ© afin de boucler le programme ! D’une part, une pression Ă©norme est imposĂ©e aux enfants et, d’autre part, on ne leur donne plus les moyens d’y arriver.

â–ș Les programmes du primaire ont Ă©tĂ© largement enrichis depuis 1969 par des sorties pĂ©dagogiques, des sorties sportives (piscine, patinoire
), visites d’intervenants extĂ©rieurs, etc. Ces activitĂ©s Ă©taient avant du ressort de la famille. Au nom de l’égalitĂ© des chances et afin de permettre Ă  tous les enfants de rĂ©aliser des activitĂ©s qu’ils pourraient ne pas faire en famille, le temps des fondamentaux est restreint et les enfants qui travaillent le mieux sont ceux dont les parents s’investissent le plus. L’égalitĂ© des chances Ă  l’école est un leurre puisqu’il existe une grande diffĂ©rence de milieu sociaux, de capacitĂ©s intellectuelles et/ou financiĂšres et de volontĂ© de soutien de la part des parents.

D’autre part, si ces activitĂ©s sont parfois intĂ©ressantes, elles grignotent largement les matiĂšres fondamentales que sont le français et les mathĂ©matiques.

â–ș Les mĂ©thode globales et semi-globales : peu importe le fonctionnement de l’enfant, peu importe que de plus en plus d’enfants aient des difficultĂ©s d’apprentissage de lecture (les orthophonistes sont lĂ  pour y palier), la mĂ©thode globale et semi-globale sĂ©vit toujours au CP. Mais, surtout, la mĂ©thode globale se rĂ©pand toujours plus en maternelle oĂč elle provoque dĂ©jĂ  de gros dĂ©gĂąts. Cela commence parfois dĂšs la petite section de maternelle par les Ă©tiquettes avec le prĂ©nom de l’enfant qui est d’abord associĂ© Ă  sa photo, puis juste l’étiquette. Viennent ensuite des Ă©tiquettes avec les jours de la semaine, les mois, les saisons et diffĂ©rents ‘’mots outils’’ que l’enfant apprend Ă  reconnaĂźtre de maniĂšre globale et visuelle. Ce n’est pas de l’apprentissage de lecture Ă  proprement parler mais cela reste de la globale ! Et cela apporte une grande confusion chez beaucoup d’enfants dont certains seront marquĂ©s toute leur scolaritĂ© !

D’ailleurs, les enfants qui entrent au collĂšge en Ă©chec scolaire sont les mĂȘmes qui Ă©taient dĂ©jĂ  entrĂ©s au CP en grande difficultĂ© et qui sont vraiment en Ă©chec dĂšs le dĂ©but du CP[7]. Si ces enfants sont en Ă©chec dĂšs le dĂ©but du CP, c’est bien qu’ils Ă©taient dĂ©jĂ  en situation d’échec en sortant de maternelle !

De plus, il a Ă©tĂ© prouvĂ© scientifiquement (voir chapitre sur l’apprentissage de la lecture) que ces mĂ©thodes allaient Ă  l’encontre du fonctionnement du cerveau et entravaient largement la structuration de l’enfant, surtout ceux qui sont Ă  dominante cerveau gauche et qui ont encore plus besoin que les autres de partir du dĂ©tail vers l’ensemble[8] (80% au moins des enfants).

En effet, Stanislas Deheane nous dit « Les neurosciences de la lecture montrent que chaque cerveau d’enfant dispose de circuits neuronaux capables d’apprendre Ă  lire ».

â–ș La lecture silencieuse : si les enfants Ă©taient encouragĂ©s auparavant Ă  lire Ă  haute voix, maintenant ils sont obligĂ©s de lire en silence. D’aprĂšs Elisabeth Nuyts, c’est la lecture Ă  voix haute qui permet une mĂ©morisation Ă  long terme. De plus, la lecture Ă  voix haute favorise les connexions entre l’oreille et la voix.

â–ș L’écriture silencieuse : il n’y a pas que la lecture qui est devenue silencieuse. Le silence s’est imposĂ© mĂȘme pour l’écriture. Pour Elisabeth Nuyts, ce silence est contre nature et est lourd de consĂ©quences, il mĂ©canise l’écriture qui devient intuitive. L’enfant devrait avoir la possibilitĂ© de syllaber et d’épeler tout haut le temps qu’il en a besoin, puis Ă  voix basse, en murmurant, pour finir en silence quand le moment est venu pour chaque enfant.

â–ș La comprĂ©hension de texte : avec l’ancienne mĂ©thodologie, une analyse mĂ©ticuleuse du texte Ă©tait proposĂ©e aprĂšs la lecture afin de permettre aux enfants une bonne comprĂ©hension et d’apprendre Ă  lire entre les lignes. Aujourd’hui, la lecture silencieuse n’est plus suivie de questionnement, la comprĂ©hension reste globale et la mĂ©morisation demeure Ă  court terme. Les enfants apprennent Ă  dĂ©gager l’essentiel d’un texte par diffĂ©rents exercices pour en arriver Ă  la lecture spatiale recommandĂ©e par Eveline Charmeux par exemple : « Tout ce qui peut amener le regard Ă  couvrir une surface plutĂŽt qu’à suivre linĂ©airement est prĂ©fĂ©rable. L’élĂšve se libĂšre ainsi du mot Ă  mot et parvient Ă  une lecture spatiale. »

Elisabeth Nuyts, entre autre, affirme que c’est la lecture Ă  voix haute et l’analyse orale qui permettent la comprĂ©hension fine d’un texte et sa mĂ©morisation Ă  long terme. En effet, le questionnement Ă  la fin d’un texte permet Ă  l’enfant de donner du sens Ă  ce qu’il a lu : lire et comprendre. RĂ©pondre aux questions sur le texte fait reformuler l’enfant avec ses mots. C’est cela qui permet la mĂ©morisation Ă  long terme.

La lecture spatiale fait appel au cerveau droit alors que la lecture linéaire fait appel au cerveau gauche.

â–ș L’apprentissage de la rĂ©daction : auparavant, les enfants apprenaient la grammaire et la conjugaison dĂšs le CE1, apprenaient petit Ă  petit Ă  maĂźtriser la langue française par de nombreux exercices oĂč ils Ă©taient invitĂ©s Ă  enrichir des phrases d’un vocabulaire Ă©laborĂ©. Puis, petit Ă  petit, apprenaient Ă  rĂ©diger de petits textes, descriptions d’images, avec un plan sur lequel s’appuyer. L’aboutissement de ces techniques Ă©tant la rĂ©daction qui Ă©tait proposĂ©e au CM1. Aujourd’hui, l’enfant doit rĂ©aliser des « productions d’écrits » dĂšs le CE1, alors qu’il ne maĂźtrise pas la langue française et ce sont ces mĂȘmes Ă©crits qui vont servir d’appui pour la grammaire, rebaptisĂ©e ORL (Observation RĂ©flĂ©chie de la Langue).

â–ș L’apprentissage de la grammaire : les enfants dĂ©couvraient petit Ă  petit la grammaire analytique de maniĂšre trĂšs progressive, tout au long de l’école primaire. Cela commençait par l’analyse grammaticale[9] pour bien comprendre la nature et la fonction de chaque mot. Puis, l’enfant Ă©tudiait l’analyse logique[10] pour comprendre la construction des phrases. Aujourd’hui, le fond mĂȘme de l’enseignement a changĂ© pour Ă©voluer vers des enseignements transversaux comme l’ORL qui est une grammaire fonctionnelle rĂ©alisĂ©e Ă  partir de la production d’écrits des Ă©lĂšves . L’ORL a remplacĂ© l’étude par Ă©lĂ©ments, orthographe, conjugaison, grammaire, oĂč, Ă  chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes.

L’observation rĂ©flĂ©chie de la langue vient remplacer la mĂ©thode ancienne qui, pour leurs dĂ©tracteurs, consistent Ă  donner une explication magistrale puis la faire appliquer par des exercices. Pour l’ORL, Eveline Charmeux[11] nous explique sur son site qu’il s’agit de faire pratiquer la rĂšgle pour ensuite la faire dĂ©couvrir. Faire de la grammaire, c’est Ă©tudier sa propre langue, ce que l’enfant sait dĂ©jĂ  faire inconsciemment : il parle, donc il utilise la grammaire. En consĂ©quence, il faut l’amener Ă  prendre conscience des rĂšgles qu’il utilise dĂ©jĂ  sans le savoir afin de thĂ©oriser les savoirs acquis de façon inconsciente. Par rapport Ă  d’autres matiĂšres, aucun savoir extĂ©rieur n’est Ă  apprendre, ni Ă  mĂ©moriser. L’ORL, « Loin de supprimer l’enseignement de la grammaire, lui redonne son sens, son sens vĂ©ritable, d’un savoir particuliĂšrement libĂ©rateur ». Sauf que, concrĂštement, l’enfant apprend la nature et la fonction (la diffĂ©rence n’est pas nette
) des mots par discriminations visuelles : le verbe « est le mot qui change le plus dans une phrase car il se conjugue » ; le sujet : « c’est le mot qui prĂ©cĂšde le verbe » ; le complĂ©ment essentiel : « est le mot qui suit le verbe et qui n’est ni supprimable, ni dĂ©plaçable ; le pronom : « est le petit mot qui prĂ©cĂšde le verbe et qui le conjugue ». L’enfant apprend donc Ă  reconnaĂźtre les fonctions des mots de maniĂšre spatiale, visuelle, et mĂ©canique. Alors que la grammaire doit permettre de dĂ©velopper le raisonnement, cette mĂ©thode fait surtout appel Ă  l’hĂ©misphĂšre droit, siĂšge de l’émotion (dĂ©monstration plus loin avec Elisabeth Nuyts).

â–ș La littĂ©rature : l’histoire de la littĂ©rature a Ă©tĂ© supprimĂ©e, seule certains mouvements sont vus superficiellement.

â–ș Des dissertations aux commentaires composĂ©s : les dissertations reprĂ©sentent un exercice indispensable pour former le raisonnement. C’est un exercice d’argumentation organisĂ©e en trois parties (introduction, dĂ©veloppement et conclusion) d’aprĂšs une problĂ©matique tirĂ©e d’un sujet de littĂ©rature. La problĂ©matique entraĂźne une rĂ©flexion pour trouver des arguments de thĂšse et d’antithĂšse qui doivent ĂȘtre classĂ©s et ordonnĂ©s du plus faible au plus fort et du moins important au plus important. L’argumentaire peut s’appuyer sur des citations (connaissances littĂ©raires) mais il est essentiellement construit Ă  partir de ses connaissances gĂ©nĂ©rales et de sa capacitĂ© Ă  mener une rĂ©flexion en profondeur pour exprimer une opinion argumentĂ©e : la sienne, celle de l’auteur et l’antithĂšse de l’auteur.

Les dissertations disparaissent au profit des commentaires composĂ©s qui est l’étude d’un texte. Il s’agit de dĂ©crypter ce que l’auteur veut nous dire, de relever le fil conducteur de son message, d’analyser les moyens utilisĂ©s (indices lexicaux, stylistiques, rythmiques), le contexte culturel, et d’en faire un compte-rendu construit. Ce travail s’appuie sur des connaissances mĂ©morisĂ©es et restituĂ©es certes intĂ©ressantes et sur une capacitĂ© Ă  analyser mais pas sur une capacitĂ© Ă  raisonner. Ce travail met surtout en avant les sentiments, le ressenti.

Les pĂ©dagogies utilisĂ©es aujourd’hui font donc disparaĂźtre l’art de raisonner pour laisser la place au ressenti, aux Ă©motions, Ă  l’impulsivitĂ©. Le sens des mots devient subjectif et la pensĂ©e de l’auteur est dĂ©cortiquĂ©e Ă  travers les Ă©motions ressenties, ce qui ne reflĂšte pas forcĂ©ment la pensĂ©e de l’auteur.

â–ș L’analyse de documents : cet exercice n’était pas ou peu utilisĂ© avant, alors que maintenant, il est en vogue dans de nombreuses matiĂšres. L’analyse de documents consiste Ă  comparer des documents en cherchant les ressemblances et les diffĂ©rences, rĂ©aliser des associations d’idĂ©es mais sans analyser finement ces mĂȘmes documents. C’est du traitement analogique (par analogie) apanage du cerveau droit. Dans le meilleur des cas, le professeur propose les documents, les Ă©lĂšves partagent leurs rĂ©flexions / connaissances puis le professeur complĂšte par un cours. Dans le cas le plus dĂ©favorable, l’heure de cours se fait uniquement autour de l’étude de ces documents grĂące aux rĂ©flexions / connaissances des Ă©lĂšves sans apport de cours complĂ©mentaires. Il n’y a pas de cours ! Les enfants qui en savent le moins peuvent apprendre mais ceux qui en savent dĂ©jĂ  plus n’apprennent rien. Cette mĂ©thode nous vient du constructivisme qui invite l’enfant Ă  construire ses connaissances en remplacement de la transmission des connaissances. L’apprentissage ne part plus de l’enseignant mais de l’enfant lui-mĂȘme qui construit son propre univers et sa vision du monde Ă  partir de son vĂ©cu, ses connaissances, ses croyances ainsi que sa curiositĂ© et sa motivation. L’enseignant devient un consultant. Cette mĂ©thode n’a rien Ă  voir avec l’informel. Le constructivisme fait croire Ă  l’enfant qu’il peut apprendre seul mais on ne lui propose pas de moyens. L’informel permet rĂ©ellement Ă  l’enfant d’apprendre seul car on lui donne des outils.

â–ș L’apprentissage des mathĂ©matiques : autrefois, les mathĂ©matiques Ă©taient toujours apprĂ©hendĂ©es par des notions concrĂštes. Les notions d’arithmĂ©tiques Ă©taient travaillĂ©es autour de multiples problĂšmes en rapport avec la vie quotidienne Partir de la rĂ©alitĂ© concrĂšte permet Ă  l’enfant de passer petit Ă  petit Ă  l’abstraction. Les nouvelles pĂ©dagogies noient les enfants dans l’abstrait. Les opĂ©rations s’apprennent de façon mĂ©canique. Le matĂ©riel de manipulation a depuis longtemps Ă©tĂ© mis au placard et, depuis quelques annĂ©es, on le ressort pour le jeter Ă  la poubelle. Que deviennent nos 80% d’enfants kinesthĂ©siques ? Des dyscalculiques pour certains et d’autres peuvent s’en sortir honorablement jusqu’au collĂšge et s’écrouler tout d’un coup en milieu de collĂšge.

â–ș L’apprentissage des thĂ©orĂšmes de mathĂ©matiques : avant les grandes rĂ©formes des mathĂ©matiques modernes, l’enfant Ă©tait invitĂ© Ă  revivre le cheminement que les mathĂ©maticiens avaient eu pour parvenir Ă  Ă©laborer leur thĂ©orĂšme. Puis, on Ă©nonçait le thĂ©orĂšme et l’enfant pouvait effectuer des exercices le mettant en application. Revivre la dĂ©monstration du mathĂ©maticien aide l’enfant Ă  dĂ©velopper son raisonnement en faisant travailler leur hĂ©misphĂšre gauche. Depuis quelques dizaine d’annĂ©es, les enfants n’étudient plus les dĂ©monstrations. On leur donne le thĂ©orĂšme, et ils doivent l’appliquer par des exercices. Ce principe d’appliquer la rĂšgle ne convient pas, lĂ  encore, aux enfants Ă  dominantes cerveau gauche (80%), car ils ont particuliĂšrement besoin de revivre le raisonnement pour comprendre la rĂšgle afin de pouvoir l’appliquer. Si cette approche convient mieux aux enfants Ă  dominante cerveau droit qui sont capables d’appliquer une rĂšgle sans l’avoir forcĂ©ment comprise, cette pratique engendre une mĂ©canisation du travail et ne permet pas Ă  ces enfants de dĂ©velopper leur raisonnement. En effet, appliquer une rĂšgle aprĂšs l’avoir mĂ©morisĂ©e fait appel Ă  un traitement analogique (cerveau droit) uniquement.

â–ș La disparition des leçons de choses : les leçons de choses posait les bases des sciences : anatomie, zoologie, botanique. Aujourd’hui les enfants dĂ©couvrent l’ADN et le gĂ©nome sans connaĂźtre les bases des sciences comme les classifications animales et vĂ©gĂ©tales et leur raisons d’ĂȘtre.

â–ș Les exercices Ă  trous : ils se multiplient ainsi que les QCM. Ils sont basĂ©s sur les acquis mĂ©caniques et peuvent ĂȘtre traitĂ©s uniquement par des acquis visuels sans rĂ©elle comprĂ©hension et recherche de sens.

â–ș L’apprentissage de l’histoire : l’histoire ne s’apprend plus selon un ordre chronologique mais par sĂ©quences alĂ©atoires chronologiquement. De plus, le travail d’histoire se fait de plus en plus par analyse de documents.

â–ș L’informatique dĂšs l’école primaire : l’ordinateur est basĂ© sur un systĂšme binaire (oui/non, connais/connais pas). L’utilisation de l’ordinateur sollicite surtout l’Ɠil et la main et donc davantage le cerveau droit. Il est incapable d’analyser une rĂ©alitĂ© totalement diffĂ©rente de ce pour quoi il a Ă©tĂ© initialement programmĂ©. Son utilisation prĂ©maturĂ©e maintient l’enfant dans une utilisation automate.

â–ș L’école n’admet pas l’échec, il est interdit de se tromper : alors que l’erreur est la base de l’apprentissage. D’une part, les enfants ayant un rythme plus lent ou plus de difficultĂ©s Ă  comprendre par la maniĂšre dont les notions leur sont prĂ©sentĂ©es peuvent voir leur enthousiasme baisser. L’école se focalise sur les erreurs ce qui engendre une mauvaise estime de soi. D’autre part, en sachant que leur travail sera contrĂŽlĂ© Ă  la fin, les enfants prennent l’habitude de travailler pour avoir de bonnes notes mais pas pour faire leur travail avec enthousiasme. Ils prennent l’habitude d’attendre d’une autre personne de savoir si leur travail est bon ou pas, alors, qu’ils seraient tout Ă  fait capables d’évaluer eux-mĂȘmes leur travail par autocorrection.

â–ș Le jargon de l’Éducation nationale s’est largement transformĂ© dans toutes les matiĂšres. L’élĂšve est devenu un apprenant ; les parents, des gĂ©niteurs d’apprenants ; comprendre, c’est induire du sens ; un texte, une masse langagiĂšre ; un stylo, un outil scripteur ; le vocabulaire, un capital lexical ; la conjugaison et la grammaire, l’observation rĂ©flĂ©chie de la langue (ORL) ; les conjonctions de coordination et de subordination et certains adverbes, les connecteurs logiques et temporels ; la rĂ©daction, production d’écrit ; une matiĂšre, un champ disciplinaire ; le contrĂŽle avant la leçon, une Ă©valuation diagnostique ; un contrĂŽle aprĂšs la leçon ; une Ă©valuation conclusive ; le chant, une activitĂ© vocale ; etc.

Comment un parent peut-il aider son enfant ? La conséquence est que ce sont les milieux moins favorisés qui en pùtissent car les milieux privilégiés ont les moyens de payer à leur enfant des cours particuliers supplémentaires ou des écoles privées qui fonctionnent comme avant.

Depuis les annĂ©es 70, toutes les rĂ©formes ont Ă©tĂ© soi-disant faites pour permettre au plus grand nombre d’élĂšves d’acquĂ©rir des diplĂŽmes dans un soucis d’égalitĂ© des chances. Or, c’est l’inverse qui se produit, les inĂ©galitĂ©s n’ont jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©es et les illettrĂ©s sont de plus en plus nombreux. Les Ă©lĂšves qui rĂ©ussissent le mieux sont suivis par les parents.

Alors ? Pourquoi maintenir des pĂ©dagogies qui entrainent 40% des enfants dĂšs l’entrĂ©e en CP en Ă©chec scolaire et Ă  le rester toute leur scolaritĂ©[12] ? Pourquoi maintenir des pĂ©dagogies qui ne font qu’accroitre le dĂ©clin de l’école ? Pour obtenir 80% de rĂ©ussite au BAC, le BAC est mis au niveau des Ă©lĂšves.

« Pour noyer les esprits, depuis des dĂ©cennies, on substitue au raisonnement et Ă  l’intellect des fonctionnements par Ă©motions et par images, notamment grĂące Ă  la publicitĂ©. On empĂȘche l’Homme de penser pour mieux le manipuler » Yann CarriĂšre, docteur en psychologie

« L’esprit d’une nation rĂ©side toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand et, nourrit par lui, il le gouverne » Voltaire

Face au travail des professionnels citĂ©s dans nos articles et, surtout, face Ă  leur rĂ©sultat, nous sommes en droit de penser qu’il est possible de faire autrement et qu’il est possible Ă  tous d’arriver Ă  donner le meilleur de lui-mĂȘme.

Catherine Chemin


[1] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[2] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2012

[3] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[4] Rapport de l’Institut Montaigne avril 2010

[5] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au CollÚge de France

[6] Voir Cécile Alvarez

[7] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[8] Docteur Ghislaine Wesstein Baddour et Stanislas Dehaene : chapitre sur l’apprentissage de la lecture

[9] Etude du rapport des mots dans une phrase.

[10] Etude des diffĂ©rentes propositions d’une mĂȘme phrase.

[11] Eveline Charmeux est professeur honoraire de l’IUFM de Toulouse, chercheur associĂ© Ă  l’INRP durant vingt cinq ans, auteur de nombreux ouvrages sur la didactique de la langue maternelle et la lecture.

[12] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

Le fonctionnement de chacun doit ĂȘtre respectĂ©

Nous avons pu constater que les pĂ©dagogies qu’imposent les pĂ©dagogues actuels, ainsi que les programmes de l’E.N. :

  • ne permettent pas Ă  la plupart des enfants d’ĂȘtre respectĂ©s dans leurs diffĂ©rents modes de fonctionnement naturels ;
  • ne permettent pas Ă  la plupart des enfants de dĂ©velopper les modes de fonctionnement qui ne leur sont pas naturels ;
  • ne permettent pas au cerveau de se dĂ©velopper de maniĂšre Ă©quilibrĂ©e car un enfant a besoin de faire appel aux deux hĂ©misphĂšres cĂ©rĂ©braux qui doivent travailler en alternance constante, les besoins fondamentaux du cerveau ne sont pas respectĂ©s ;
  • entravent le fonctionnement de beaucoup d’enfants ce qui entraĂźne des dysfonctionnements cĂ©rĂ©braux, des incidences sur la santĂ© psychique et physique et une certaine violence ;
  • favorisent largement l’utilisation du cerveau droit, ce qui encourage les enfants Ă  prendre l’habitude d’utiliser en prioritĂ© le cerveau droit, siĂšge de l’émotion ;
  • suppriment de plus en plus les apprentissages qui font appel au cerveau gauche, alors que c’est lui qui favorise le raisonnement, apanage de cette zone cĂ©rĂ©brale et qui, de plus, est inhibiteur des conduites nĂ©gatives.

De nombreux spĂ©cialistes reconnaissent aujourd’hui que les mĂ©thodes pĂ©dagogiques de l’Éducation nationale utilisĂ©es depuis les annĂ©es 1970 ne permettent pas Ă  la grande majoritĂ© des enfants de se dĂ©velopper et de se construire normalement. L’école ne convient vraiment qu’à 20% des enfants, 5% mĂȘme pour Elisabeth Nuyts !

D’oĂč l’augmentation d’enfants qui ne rentrent pas dans le moule de l’Éducation nationale, le dĂ©veloppement de dysfonctionnements chez beaucoup d’enfants qui finissent par ne plus avoir d’estime d’eux-mĂȘmes. Trop d’enfants n’ont plus la possibilitĂ© de s’instruire et de dĂ©velopper au maximum leurs capacitĂ©s, il ne leurs est pas permis de dĂ©velopper leur identitĂ© rĂ©elle et leur don liĂ© Ă  leur mode de fonctionnement particulier disparaĂźt au profit du dysfonctionnement et devient donc un handicap.

CĂ©line Alvarez n’hĂ©site pas Ă  dire que l’école est elle-mĂȘme la cause des difficultĂ©s qu’elle essaie de corriger par des rĂ©formes : le principal problĂšme vient des besoins du cerveau qui ne sont pas respectĂ©s. Cela fait 40 ans que ça dure, et bien sĂ»r, maintenant, de plus en plus d’enseignants sont Ă  dominante cerveau droit puisque ce sont ceux-lĂ  qui rĂ©ussissent le mieux, ce qui augmente considĂ©rablement les chances pour un enfant Ă  dominante cerveau gauche (80% des enfants) de se retrouver face Ă  un enseignant Ă  dominante cerveau droit qui ne parlera pas du tout le mĂȘme langage


Ainsi, le potentiel d’un enfant peut ne pas se rĂ©vĂ©ler et une pĂ©dagogie inadaptĂ©e peut provoquer des blocages, des dysfonctionnements, des dĂ©viances et empĂȘcher une croissance normale.

Nous sommes loin du modĂšle d’égalitĂ© des chances pour tous prĂŽnĂ© par l’EN. Au contraire, au nom de cette Ă©galitĂ© du droit Ă  l’enseignement, les diffĂ©rences naturelles des enfants sont niĂ©es. L’école forme un modĂšle d’enfant unique, basĂ© sur le dĂ©veloppement de l’émotion et la capacitĂ© Ă  refaire selon un modĂšle.

Le moule « Éducation Nationale » se rĂ©trĂ©cie de plus en plus face aux diffĂ©rentes intelligences qui sont complĂštement rejetĂ©es alors qu’il suffirait d’apprendre autrement pour que chacune puisse se dĂ©velopper. Le systĂšme scolaire, en faisant le choix de continuer Ă  utiliser des pĂ©dagogies qui ne conviennent pas Ă  tous les types de fonctionnement, ne peut rien faire pour aider les enfants qui fonctionnent diffĂ©remment et qui sont en difficultĂ©.

La remise en cause n’étant pas de mise, la moindre difficultĂ© suppose un dysfonctionnement, voir un handicap. L’école ne sachant comment gĂ©rer ces enfants particuliers, la responsabilitĂ© des difficultĂ©s est reportĂ©e sur l’enfant ou sur les parents. Un diagnostic est en gĂ©nĂ©ral demandĂ© pour imposer une Ă©tiquette qui se rĂ©vĂšle souvent restreinte. En effet, la frontiĂšre entre les diffĂ©rents profils est souvent mince et les enfants concernĂ©s peuvent en cumuler plus ou moins plusieurs dans des proportions diffĂ©rentes. Parfois l’enfant se retrouve mĂȘme mĂ©dicalisĂ©, ou bien ce sont les parents qui sont accusĂ©s. Les neurotypiques s’adaptent tant bien que mal dans ce cadre mais ceux qui sortent de la norme, non.

L’école, dĂšs la maternelle, exacerbe les particularitĂ©s de ces enfants hors normes qui sont en gĂ©nĂ©ral hypersensibles, qui peuvent se dĂ©valoriser et sombrer dans la phobie scolaire s’ils ne baignent pas dans une ambiance positive. Ou alors, c’est par la force, en sacrifiant partiellement ou totalement leur identitĂ© car ces enfants diffĂ©rents de la masse ressentent qu’on les considĂšrent comme anormaux et s’épuisent Ă  ressembler au plus grand nombre au dĂ©triment de leur rĂ©elle personnalitĂ© trop souvent accompagnĂ©e d’une forte sensibilitĂ©. C’est l’ouverture Ă  la phobie scolaire, Ă  la dĂ©pression, Ă  la mĂ©sestime de soi
 Certains tentent mĂȘme de se suicider
 Toute diffĂ©rence est gĂȘnante et, plutĂŽt que de remettre le systĂšme en cause, devient un handicap.

Si le fonctionnement naturel de l’enfant est entravĂ©, c’est la porte ouverte Ă  diffĂ©rents blocages et dysfonctionnements, voire mĂȘme une certaine violence !

La violence pourrait sembler naturelle et un argument usitĂ© pour le dĂ©montrer est que les animaux le sont. En effet, certains trouvent logique que l’homme ait une agressivitĂ© innĂ©e tout comme les animaux. Or, si les animaux montrent effectivement de l’agressivitĂ©, c’est uniquement pour dĂ©fendre leur vie, leur progĂ©niture, leur territoire, leur nourriture, 
 bref, pour dĂ©fendre leurs besoins de survie. De plus, seul l’homme est capable de faire la guerre
 Montagu[1] cite, dans son livre Learning Non-agression, des cultures pacifiques, c’est donc possible ! Erich Fromm affirme Ă©galement « Les hommes primitifs sont les moins guerriers, et [
] l’esprit guerrier croit en proportion du degrĂ© de civilisation. Si la destructivitĂ© Ă©tait innĂ©e chez l’homme, cette tendance serait inversĂ©e ». Aussi, le psycho-physiologiste Kenneth E.Moyer souligne que le comportement agressif est toujours liĂ© Ă  un stimulus externe.

En 1986, vingt Ă©minents scientifiques spĂ©cialistes du comportement se sont rĂ©unis Ă  SĂ©ville pour Ă©tudier les racines de l’agressivitĂ© humaine. Ils ont dĂ©montrĂ© que la tendance naturelle Ă  l’agression ne reposait sur aucune base scientifique « La violence n’est inscrite ni dans notre hĂ©ritage Ă©volutif ni dans nos gĂšnes. [
] La mĂȘme espĂšce qui a inventĂ© la guerre est Ă©galement capable d’inventer la paix »[2]. Pour l’écrivain Ernest Renan « La violence n’est pas innĂ©e chez l’homme. Elle s’acquiert par l’éducation et la pratique sociale ».

Thomas D’Ansembourg[3], enseignant de la communication non violente, nous dĂ©montre que, de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, c’est la non satisfaction des besoins fondamentaux (sĂ©curitĂ©, protection, indĂ©pendance, affection, estime de soi, comprĂ©hension, reconnaissance
) qui engendre la violence qui n’est pas notre nature. Ainsi, il affirme « Elle (la violence) est l’expression de la frustration de notre nature. C’est mon hypothĂšse de travail. La violence sert Ă  exprimer nos besoins lorsqu’ils ne sont pas reconnus ou satisfaits. Si nos besoins sont reconnus ou, a fortiori, comblĂ©s, Ă  quoi nous sert la violence ? Je crois de moins en moins Ă  la mĂ©chancetĂ© des personnes et de plus en plus au pouvoir de l’amertume et de la peur ainsi qu’à la puissance qui se nourrit de la frustration. Au fond, la mĂ©chancetĂ© est l’expression de l’amertume des gens qui n’ont pas pris (ou eu l’occasion de prendre) soin de leur souffrance ». Thomas D’Ansembourg affirme que les besoins identifiĂ©s et rĂ©alisĂ©s, ou simplement reconnus, engendrent une satisfaction et un bien-ĂȘtre qui comblent l’ĂȘtre humain et le gardent dans la paix.

Un exemple trĂšs pertinent s’offre Ă  nous par la classe Montessori de maternelle (3 – 6ans) Ă  Genevilliers en ZEP et Plan Violence. Cette Ă©cole propose aux enfants de la maternelle un enseignement basĂ© uniquement sur la pĂ©dagogie de Maria Montessori qui respecte parfaitement les besoins de l’enfant et son rythme. De plus, cette pĂ©dagogie respecte tous les diffĂ©rents modes de fonctionnement car, comme le montre les sciences cognitives, elle respecte les paramĂštres nĂ©cessaires Ă  un bon apprentissage pour tous quelque soit son mode de fonctionnement. Il n’y a donc pas d’entrave majeure dans les apprentissages qui pourraient engendrer de la violence. Aucune manifestation de violence. Au contraire, les enfants progressent rapidement en travaillant dans la paix et la confiance. Ils manifestent des attitudes d’entraide, de respect, de bienveillance et une grande autonomie qui se rĂ©percute mĂȘme au sein de leur vie familiale. C’était d’ailleurs l’un des but de l’ouverture de cette classe, prĂ©venir la violence en milieu scolaire par l’Ă©veil social : la coopĂ©ration, le tutorat et l’entraide sont les piliers du dispositif. De plus, ils lisent tous en fin de GS alors que, dans cette commune, 55% des enfants entrent gĂ©nĂ©ralement au collĂšge sans savoir lire. C’était donc une rĂ©ussite complĂšte !

Lorsqu’il y a rĂ©ellement un problĂšme

Le dialogue avec les enseignants n’est pas toujours facile car il n’est pas Ă©vident de se remettre en question. Pourquoi ce que je fais marche avec la plupart des enfants mais ne marche pas avec celui-lĂ  ? C’est forcĂ©ment qu’il a un problĂšme ! Que ce soit par les enseignants ou par les mĂ©decins, les parents sont souvent accusĂ©s de tous les maux de leur enfant, comme du temps oĂč Bruno Bettelheim Ă©tait convaincu que l’autisme Ă©tait la consĂ©quence du comportement de la mĂšre notamment. Manque d’affection, affection envahissante
 dĂšs que l’enfant ne ressemble pas Ă  la normalitĂ©, il doit y avoir un problĂšme psychologique.

L’expĂ©rience montre que, trĂšs souvent, la mĂšre se rend compte des particularitĂ©s de son enfant non seulement avant son entourage mais mĂȘme avant les mĂ©decins ou certains spĂ©cialistes qui concluent trop facilement : « ne vous inquiĂ©tez pas, laissez-lui le temps, laissez-le faire ses expĂ©riences, ne soyez pas pressĂ©e, vous le couvez trop
 ».

La mĂšre vit au quotidien avec son enfant, elle passe du temps avec lui, Ă  le regarder vivre, Ă  l’observer. Elle est la plus Ă  mĂȘme Ă  percevoir, au-delĂ  des apparences quel qu’elles soient, ce que son enfant ressent, comment il perçoit son environnement. La mĂšre qui sait se fier Ă  son intuition est vraiment capable de grandes choses pour son enfant. Il y a des exemples cĂ©lĂšbres comme celui de Temple Grandin[4], condamnĂ©e Ă  l’ñge de 4 ans par un mĂ©decin qui l’avait diagnostiquĂ©e comme ayant des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales, affirmait qu’elle ne parlerait probablement jamais et il conseillait Ă  sa mĂšre de la placer en institution. Nous savons bien oĂč ce genre de placement mĂšne


Sa mĂšre a pris en charge sa fille Temple. Il s’est avĂ©rĂ© qu’elle est une autiste de haut niveau qui pense essentiellement en images ! Sa pensĂ©e en images a Ă©tĂ© identifiĂ©e par un professeur du lycĂ©e qui a su tenir compte de cette particularitĂ© et adapter ses exigences. Elle a obtenu un doctorat en sciences animales et est spĂ©cialiste de renommĂ©e internationale en zootechnie. Plus de la moitiĂ© du cheptel des Etats-Unis est Ă©levĂ© selon ses principes. S’il est vrai que l’on peut considĂ©rer que c’est un cas particulier – ce qui fait sa cĂ©lĂ©britĂ© – sans la volontĂ© de sa mĂšre d’essayer d’offrir Ă  sa fille une vie digne de ce nom, Temple Grandin aurait Ă©tĂ© internĂ©e Ă  l’ñge de 4 ans ! GrĂące au combat quotidien de sa mĂšre, sa dĂ©termination, sa confiance et son espĂ©rance, Temple Grandin a pu dĂ©velopper sa rĂ©elle personnalitĂ© et la mettre au service de l’humanitĂ©.

Penser diffĂ©remment, fonctionner diffĂ©remment, ĂȘtre diffĂ©rent, c’est voir le monde diffĂ©remment, c’est rĂ©agir diffĂ©remment Ă  son environnement et c’est une richesse pour l’humanitĂ©. Vouloir imposer une normalitĂ© Ă  tous, c’est refuser la richesse de la diversitĂ©, nĂ©cessaire Ă  l’humanitĂ©. Pour Anneclaire Damaggio[5], jeune autiste asperger « la normalitĂ© n’est pas le summum de ce qui peut s’atteindre »  Son objectif est de devenir humainement belle ! « tout le reste doit s’ordonnancer autour puisque la premiĂšre dĂ©cision vient du cƓur et l’intelligence dont nous sommes tous dĂ©positaire doit faire ce que notre cƓur dĂ©cide ». Nous sommes loin de l’attrait du pouvoir et de l’argent


Les parents doivent s’approprier l’éducation de leurs enfants et, si cela est nĂ©cessaire, se faire aider par des professionnels.

L’instruction en famille a dĂ©jĂ  permis Ă  de nombreux enfants Ă  profils spĂ©ciaux d’ĂȘtre enfin compris par leurs parents, loin des Ă©tiquettes trop restreintes des professionnels. En effet, un enfant a besoin d’ĂȘtre compris dans la globalitĂ© de sa personnalitĂ© et d’ĂȘtre acceptĂ© tel qu’il est. Il pourra alors reprendre confiance, s’estimer, et se rĂ©concilier avec les diffĂ©rents apprentissages, car les parents mettront en place des mĂ©thodes appropriĂ©es. L’IEF permet d’adapter les mĂ©thodes d’apprentissages Ă  chaque enfant qui diffĂšre entre eux, mĂȘme au sein d’une fratrie.

Il est clair que pour une mĂšre, ce n’est pas un parcours ordinaire et socialement correct aujourd’hui que de dĂ©cider de consacrer son temps Ă  s’occuper de son enfant et de l’aider Ă  se construire, bien au-delĂ  de l’instruction. Cette derniĂšre peut servir de prĂ©texte afin de pouvoir s’occuper pleinement de son enfant mais il s’agit bien de la personnalitĂ© de son enfant dans sa globalitĂ© qui est en jeu !

Pour bien comprendre et apprendre, l’enfant doit ĂȘtre respectĂ© et aidĂ© dans son mode de fonctionnement, et d’autres modes de fonctionnement que ceux qui lui sont naturels doivent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©s.

Nous verrons aussi que le cerveau a besoin d’ĂȘtre stimulĂ© de maniĂšre Ă  effectuer des va-et-vient incessants entre ses deux hĂ©misphĂšres, cela sera dĂ©veloppĂ© plus loin. Ce va-et-vient entre les hĂ©misphĂšres est nĂ©cessaire pour un bon dĂ©veloppement cĂ©rĂ©bral, un bon traitement analytique et donc un bon raisonnement. Quant Ă  l’enfant, il a besoin de faire travailler ses deux hĂ©misphĂšres cĂ©rĂ©braux pour se construire et se dĂ©velopper harmonieusement.

Nous pouvons donc comprendre qu’il n’y a pas de sous intelligence, ni de manque d’intelligence, tous peuvent rĂ©ussir. L’enseignement idĂ©al devrait convenir Ă  toutes les formes d’intelligences : permettre Ă  l’enfant d’utiliser la forme d’intelligence qui lui est la plus naturelle dans ses apprentissages pour qu’il apprenne plus facilement ET permettre Ă  l’enfant de stimuler et utiliser les formes d’intelligences qui lui sont moins naturelles afin de les dĂ©velopper.

En utilisant des pédagogies qui favorisent les différentes entrées, nous aurons donc un enfant qui grandira en développant au mieux ces capacités naturelles tout en développant les modes de traitement qui ne le sont pas, pour obtenir un adulte épanoui, conscient et responsable.

Proposer Ă  son enfant des pĂ©dagogies qui l’invitent Ă  dĂ©velopper dĂšs la petite enfance toutes ses entrĂ©es permet au cerveau d’ĂȘtre parfaitement Ă©quilibrĂ© et permet un dĂ©veloppement harmonieux de la personnalitĂ© de l’enfant. Nous dĂ©velopperons les activitĂ©s nĂ©cessaires aux tout petits dans le chapitre sur l’éveil sensoriel.

Celui qui n’est pas dans la norme n’est pas anormal mais simplement diffĂ©rent !
Acceptons la diffĂ©rente, c’est la richesse mĂȘme de notre sociĂ©tĂ©.

[1] site OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire).

[2] La déclaration de Séville (1986).

[3] Auteur de Cessez d’ĂȘtre gentil soyez vrai !

[4] Film Ă  regarder sur sa vie http://www.dailymotion.com/video/xocpd5_temple-gra…

[5] Titulaire d’un master 2 en sciences politiques. Sa mĂšre, Nicole Damaggio, a Ă©crit un livre : Une EpĂ©e dans la brume

CNV

La communication non violente

Ecoute active et origine de la communication non violente

Citations de Carl Rogers :

« Il est bien dommage que les enseignants et le public en gĂ©nĂ©ral attachent tant d’importance au fait d’enseigner. Cela créé un tas de problĂšmes sui sont sans intĂ©rĂȘts ou absurdes par rapport Ă  une vraie formation ».

« Ce qu’il y a de triste et de pĂ©nible dans la plupart des systĂšmes d’éducation, c’est que lorsque l’enfant a passĂ© un certain nombres d’annĂ©es Ă  l’école, cette motivation spontanĂ©e se trouve rapidement Ă©touffĂ©e ».

« Les seules connaissances qui puissent influencer le comportement d’un individu sont celles qu’il dĂ©couvre par lui-mĂȘme et qu’il s’approprie ».

L’écoute active et la communication non violente

L’écoute active et la communication non violente sont deux principes de communication qui se ressemblent dans leur dĂ©marche mais qui diffĂšrent de part leur but : l’écoute active est un acte bienveillant dirigĂ© vers une personne (acte thĂ©rapeutique Ă  la base) afin de lui permettre de trouver sa solution en l’aidant Ă  exprimer ses sentiments et ses besoins alors que la CNV fonctionne dans les deux sens en favorisant une qualitĂ© de relation bienveillante entre au moins deux personnes et qui permet Ă  chacun d’exprimer Ă  l’autre ses sentiments, ses besoins, ainsi qu’une demande rĂ©aliste et nĂ©gociable afin qu’une solution soit trouvĂ©e ensemble pour que chacun soit satisfait.

C’est un mode de communication ! Les principes de base de l’écoute active sont donc utilisĂ©s en CNV et ces deux modes de communication sont caractĂ©risĂ© par l’empathie.

L’écoute active

C’est Carl Rogers, psychologue humaniste amĂ©ricain nĂ© en 1902, qui est Ă  l’origine de l’écoute active. DĂšs 1940, il Ă©labore une approche centrĂ©e sur la personne (ACP) basĂ©e sur la qualitĂ© de la relation avec ses patients par une Ă©coute empathique, dĂ©nuĂ©e de tout jugement. Carl Rogers invite les personnes Ă  exprimer leurs Ă©motions, Ă  regarder au fond d’elles-mĂȘmes afin qu’elles puissent rĂ©aliser tout leur potentiel, s’épanouir et vivre en lien avec leur environnement. Le travail de Carl Rogers s’est Ă©tendu Ă  la pĂ©dagogie, la rĂ©solution de conflits internationaux et la pratique du soutien psychosocial aux victimes de catastrophe.

Pour une approche « rogĂ©rienne », le thĂ©rapeute doit faire reposer sa thĂ©rapie sur trois Ă©lĂ©ments clĂ©s : ĂȘtre authentique, cohĂ©rent entre son vĂ©cu et son idĂ©al, ne pas se cacher derriĂšre son masque de professionnalisme ; comprendre correctement ce que ressent son client ; avoir de la considĂ©ration positive pour la personne par un accueil inconditionnel, celle-ci doit ĂȘtre acceptĂ©e telle qu’elle est, sans aucun jugement. Carl Rogers pensait que le thĂ©rapeute devait accepter l’autre sans condition afin que celui-ci puisse commencer Ă  s’accepter lui-mĂȘme. Il Ă©tait persuadĂ© que beaucoup de personnes refusent une partie de leur personnalitĂ© Ă  cause d’une Ă©ducation basĂ©e sur les conditions de mĂ©rites qui fait penser Ă  l’enfant qu’il doit mĂ©riter l’amour de ses parents alors que « ce qui a gĂ©nĂ©ralement le plus de valeur pour un enfant, c’est l’acceptation et l’approbation des parents ».

Communiquer par l’écoute active, c’est donc engager toute son attention Ă  l’autre, lui donner du temps, ne plus se prĂ©occuper de rien d’autre que de l’écouter, lui montrer physiquement notre disponibilitĂ© et notre intĂ©rĂȘt par des signes visuels et verbaux, exclure ses propres idĂ©es prĂ©conçues, poser des questions ouvertes (empathiques) qui vont l’aider Ă  dĂ©coder ses Ă©motions, ses sentiments. Ce n’est pas l’interrompre, lui poser des questions fermĂ©es (qui engendre une rĂ©ponse uniquement par oui ou non), le juger, le culpabiliser, lui donner des conseils, penser Ă  sa place, interprĂ©ter ses propos, prĂ©parer une rĂ©ponse pendant qu’elle parle, ni mĂȘme la comprendre. C’est vraiment accueillir l’autre tel qu’il est, dans sa globalitĂ©, au delĂ  de son problĂšme, afin de l’aider Ă  descendre en lui-mĂȘme afin qu’il trouve sa solution, les moyens pour y arriver, et ce, Ă  son rythme.

L’approche rogĂ©rienne aide la personne Ă  se situer dans son dĂ©veloppement en l’aidant Ă  ĂȘtre attentif : Ă  ses sentiments (Sont-ils reconnus ou exprimĂ©s ? Sont-ils en phase avec les paroles exprimĂ©es ?) ; ses expĂ©riences prĂ©sentes (Comment sont-elles vĂ©cues, ressenties, Ă©voquĂ©es, acceptĂ©es ? Quel est leur degrĂ© de rigiditĂ© ?) ; son dialogue intĂ©rieur (Existe-t-il ? Est-il riche, ouvert ?) ; ses problĂšmes personnels (Sont-ils identifiĂ©s ? Si oui, sont-ils perçus comme extĂ©rieurs ou intĂ©rieurs ?) ; ses relations interpersonnelles (Sont-elles acceptĂ©es, recherchĂ©es, apprĂ©ciĂ©es, enrichissantes ?). Pour cela, Carl Rogers nous propose les outils de l’écoute active que sont l’art du questionnement, de la reformulation et de la synthĂšse.

Le questionnement permet de prĂ©ciser et clarifier la pensĂ©e et passe par les faits (ce qui a Ă©tĂ© vu, entendu, expĂ©rimentĂ©), l’émotion (ce qui a Ă©tĂ© ressenti, Ă©prouvĂ©, etc.) et l’opinion (ce qui est pensĂ©, rĂ©flĂ©chi, estimĂ©, jugĂ©, etc.).

La reformulation permet de savoir si ce qui a Ă©tĂ© dit est bien compris, de demander des complĂ©ments, de clarifier les sous-entendus, d’exprimer les sentiments de la personne, de l’aider Ă  prendre conscience de ses sentiments. Il n’est pas question d’ĂȘtre d’accord avec la personne mais bien de comprendre ce qu’elle dit ou se qu’elle essaye de dire. Il s’agit de ressentir les sentiments de l’autre, sans se mettre Ă  sa place. L’écoute active va au-delĂ  d’une simple reformulation, puisqu’elle essaye de mettre en mot la dimension affective non verbalisĂ©e. Pour la reformulation, l’utilisation de phrase empathique permet Ă  la personne de se centrer sur les sentiments qu’elle Ă©prouve : « Vous avez le sentiment dÂŽĂȘtre impuissant face à
 » ; « Vous Ă©prouvez une frustration par rapport Ă  
 » ; « Vous ressentez un malaise 
 de la rancune 
 » etc. Ainsi, elle comprend mieux les consĂ©quences affectives de ses expĂ©riences vĂ©cues et de ses apprĂ©hensions. AprĂšs une Ă©coute active, il faut sortir de l’intimitĂ© et recrĂ©er la distance avec la personne. Se renseigner sur son Ă©tat, si elle se sent mieux, si elle entrevoit des pistes  « Quand j’ai Ă©tĂ© Ă©coutĂ© et entendu, je deviens capable de percevoir d’un Ɠil nouveau mon monde intĂ©rieur et d’aller de l’avant. Il est Ă©tonnant de constater que des sentiments qui Ă©taient parfaitement effrayants deviennent supportables dĂšs que quelqu’un nous Ă©coute. Il est stupĂ©fiant de voir que des problĂšmes qui paraissent impossibles Ă  rĂ©soudre deviennent solubles lorsque quelqu’un nous entend ».

Attention : comme cette technique a Ă©tĂ© mise au point dans un cadre thĂ©rapeutique, elle peut , en dehors, ĂȘtre utilisĂ©e pour gagner la confiance d’une personne et peut conduire Ă  des dĂ©rives de manipulation.

La communication non violente

La communication non violente a Ă©tĂ© créée par Marshall B. Rosenberg, Ă©lĂšve de Carl Rogers, dans les annĂ©es 1970. Marshall Rosenberg se rĂ©fĂšre aussi Ă  l’analyse des besoins humains par l’Ă©conomiste chilien Manfred Max Neef. La non-violence fait rĂ©fĂ©rence au mouvement de Gandhi.

La CNV est selon, M.B.R., « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude Ă  donner avec bienveillance et Ă  inspirer aux autres le dĂ©sir d’en faire autant », ou encore « la combinaison d’un langage, d’une façon de penser, d’un savoir-faire en communication et de moyens d’influence qui servent mon dĂ©sir de faire trois choses : me libĂ©rer du conditionnement culturel qui est en discordance avec la maniĂšre dont je veux vivre ma vie ; acquĂ©rir le pouvoir de me mettre en lien avec moi-mĂȘme et autrui d’une façon qui me permette de donner naturellement Ă  partir de mon cƓur ; acquĂ©rir le pouvoir de crĂ©er des structures qui soutiennent cette façon de donner » et son but est de « favoriser une qualitĂ© de relations qui va permettre de rĂ©pondre aux besoins des uns et des autres en Ă©tant uniquement motivĂ© par l’élan du cƓur et la joie de le faire[] ». L’empathie est Ă©galement au cƓur de ce processus.

Communication non violente signifie communiquer avec l’autre sans lui nuire, sans blesser l’autre, ni lui faire du tort. Ce n’est pas une thĂ©rapie ! Elle vise Ă  crĂ©er entre les ĂȘtres humains des relations fondĂ©es sur l’empathie, la compassion, la bienveillance et le respect de soi et des autres. Le but est donc la rĂ©solution de conflits avec soi ou avec les autres et/ou le dĂ©veloppement d’une meilleure relation basĂ©e sur l’Ă©coute de soi-mĂȘme et de l’autre, dans le respect mutuel. C’est un fait, beaucoup de conflits Ă©clatent Ă  cause d’un problĂšme de communication. En effet, nos habitudes de communication ne sont pas toujours bienveillantes : nous Ă©tiquetons les personnes, nous dĂ©nigrons, nous reprochons, nous Ă©valuons, nous reportons sur autrui nos contrariĂ©tĂ©s, nous jugeons au mĂ©rite, nous comparons, nous exigeons
, tout cela sans oser ‘’nous dire’’. De plus, ces procĂ©dĂ©s empĂȘchent une rĂ©elle communication. Pour pratiquer la CNV, nous devons admettre que tous les ĂȘtres humains ont des besoins fondamentaux semblables et que nous pouvons tous ĂȘtre bienveillants Ă  l’Ă©gard de ses propres besoins et de ceux des autres. Le premier prĂ©-requis pour une communication vraie est donc l’accueil bienveillant, sans jugement, sans a priori. Il faut aussi vouloir ne pas imposer une autoritĂ©.

Marschall B.Rosenberg nous invite Ă  ĂȘtre attentif aux sentiments qui nous habitent et Ă  ceux des autres afin de mieux comprendre si nos besoins sont comblĂ©s, sachant qu’ils ne peuvent l’ĂȘtre tous. Le but de la CNV est d’assurer une meilleur relation aux autres car la qualitĂ© des relations avec les autres est ce qui nous rend le plus heureux. D’ailleurs Marshall B. Rosenberg a dĂ©veloppĂ© ce mode de communication non violente « Ă  partir de mon dĂ©sir de dĂ©couvrir comment renforcer notre capacitĂ© Ă  amĂ©liorer notre relation Ă  autrui et Ă  rĂ©soudre les diffĂ©rends dans un esprit de bienveillance. Lorsque nous donnons avec bienveillance, nous sommes inspirĂ©s par la joie qui jaillit naturellement dĂšs que nous contribuons en toute libertĂ© Ă  l’enrichissement de la vie d’un autre ĂȘtre. Ce don n’est pas dictĂ© par la culpabilitĂ©, la peur, la honte ou le dĂ©sir d’ĂȘtre payĂ© de retour. Notre seule intention est de contribuer au bien-ĂȘtre de quelqu’un. »[1].

Catherine

 [1] La communication non violente au quotidien chez jouvence

La CNV selon Thomas d'Ansembourg

Selon Thomas d’Ansembourg, disciple de Marshall Rosenberg, « La violence, intĂ©riorisĂ©e ou extĂ©riorisĂ©e, rĂ©sulte d’un manque de vocabulaire : elle est l’expression d’une frustration qui n’a pas trouvĂ© les mots pour se dire. Et pour cause : nous n’avons jamais acquis le vocabulaire de notre vie intĂ©rieure. Nous n’avons pas appris Ă  dĂ©crire prĂ©cisĂ©ment ce que nous sentons ni quels sont nos besoins ». « La violence est en effet la consĂ©quence de notre manque de conscience. Si nous Ă©tions intĂ©rieurement plus conscients de ce que nous vivons vraiment, nous trouverions avec plus d’aisance l’occasion d’exprimer notre force sans nous agresser mutuellement. Je crois qu’il y a violence dĂšs que nous utilisons notre force non pour crĂ©er, stimuler ou protĂ©ger mais pour contraindre, que la contrainte s’exerce sur nous-mĂȘmes ou sur les autres. Cette force peut ĂȘtre affective, psychologique, morale, hiĂ©rarchique, institutionnelle. Ainsi, la violence subtile, la violence en gants de velours, particuliĂšrement la violence affective, est infiniment plus rĂ©pandues que la violence qui se manifeste par des coups, des crimes et des insultes, et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas nommĂ©e ». Pour lui, en grandissant, nous nous sommes petit Ă  petit coupĂ© de nos sentiments et de nos besoins, pour rĂ©pondre Ă  ceux de nos parents, de nos instituteurs, patrons, collĂšgues
 Ce qui engendre timiditĂ©, doutes, hĂ©sitations Ă  prendre une dĂ©cision, incapacitĂ© Ă  faire un choix
 C’est la comprĂ©hension intellectuelle qui a Ă©tĂ© encouragĂ©e, mais trop peu souvent la comprĂ©hension Ă©motionnelle.

T.D’A. nous invite, pour aborder la CNV, Ă  dĂ©velopper notre vocabulaire pour Ă©largir notre conscience de ce que nous vivons, de nos Ă©motions, nos sentiments et de prendre conscience de nos besoins, nos besoins fondamentaux. Lorsqu’un besoin n’est pas comblĂ©, nous ressentons des sentiments dĂ©sagrĂ©ables comme la tristesse, la colĂšre, la nostalgie
 Si nous ne savons pas les dĂ©coder, notre malaise grandit devant notre impuissance et nous pouvons nous retourner contre quelqu’un, ou nous complaire dans des plaintes de ce que nous ne voulons pas. Il est primordial d’arriver Ă  maĂźtriser la comprĂ©hension de nos sentiments dĂ©sagrĂ©ables, afin d’identifier nos besoins fondamentaux, donc de clarifier ce que nous voulons (mon besoin plutĂŽt que mon manque). Pour lui, cela nous permet de vivre en adĂ©quation avec nous-mĂȘmes, nous aide Ă  mieux Ă©couter les besoins des autres, Ă  ĂȘtre disponible et bienveillant Ă  leur Ă©gard, Ă  nouer des relations profondes, durables et nourrissantes. Mieux nous nous connaissons, mieux nous pouvons accueillir l’autre.

T.D’A. propose un processus Ă  suivre afin d’ĂȘtre Ă  l’Ă©coute de ce que l’autre (et aussi moi-mĂȘme) vit. Ce processus m’aide Ă  clarifier ce que je vis. Il n’est pas l’empathie mais y donne accĂšs, il n’est pas qu’une simple Ă©coute : il m’aide Ă  me relier efficacement Ă  l’autre/moi. En voici la description :

♩ O pour Observation : il s’agit d’observer le plus objectivement possible une situation, une parole entendue ou que je dis (qui affecte mon bien-ĂȘtre par exemple) et d’énoncer les faits sans jugement, ni Ă©valuation, ni interprĂ©tations, ni a priori. Cela ne doit pas ĂȘtre une critique qui pourrait engendrer de l’agressivitĂ©. C’est juste la constatation de faits que l’on ne peut nier.

♩ S pour Sentiment : l’observation suscite en nous des sentiments face Ă  cette situation. Il s’agit d’exprimer mes sentiments aprĂšs avoir identifiĂ© mon Ă©tat Ă©motionnel. Il faut Ă©viter le jugement de l’interlocuteur, mais, Ă©noncer ainsi mes Ă©motions ne peut ĂȘtre contestĂ© par l’autre car c’est ma vĂ©ritĂ©. Cela commencera automatiquement par « je » afin de prendre la responsabilitĂ© de mon ressentis et cela facilite une ouverture.

♩ B pour Besoin : mes sentiments me renseignent sur mes besoins qui sont Ă  l’origine de mes sentiments Ă©prouvĂ©s. Il s’agit de les identifier et de les clarifier et d’énoncer mes besoins.

♩ D pour Demande : ayant pris conscience de mes besoins, je peux formuler une demande. Il s’agit de demander Ă  l’autre une action concrĂšte, rĂ©aliste, positive et nĂ©gociable.

Ce processus, ouvrant Ă  la bienveillance, entraĂźne la relation sur un terrain plus harmonieux et invite l’autre Ă  Ă©tudier Ă©galement ses sentiments et ses besoins afin de proposer aussi une action concrĂšte, rĂ©aliste, positive et nĂ©gociable. La dĂ©cision finale sera prise ensemble, dans un respect mutuel.

Pour bien identifier nos sentiments, il ne suffit pas d’utiliser le « je », il faut aussi diffĂ©rencier les sentiments vrais des sentiments comprenant une interprĂ©tation. Si je dis : « je suis triste, je suis en colĂšre, je suis Ă©mu
 », je n’accuse personne ; mais si je dis : « je me sens trahi, abandonnĂ©, rejetĂ©, manipulé  », j’accuse l’autre. Pire encore, la manipulation affective : « je suis triste quand tu ne travailles pas, je suis content lorsque tu ranges ta chambre, je suis en colĂšre quand tu n’obĂ©is pas
 » : d’une part, nous rendons l’autre responsable de notre Ă©tat, que ce soit notre mal-ĂȘtre ou notre bien-ĂȘtre, d’autre part, nous lui donnons le pouvoir de dĂ©terminer notre bonheur ou notre malheur.

En ce qui concerne les besoins, le piĂšge est de trouver des besoins Ă  l’autre : « j’ai besoin que tu ranges ta chambre, j’ai besoin que tu sois calme
 », ce qui, en cas de non rĂ©action, peut entrainer des propos du genre : « Tu pourrais faire un effort, avec tout ce que je fais pour toi
 ».

Une fois les sentiments et les besoins identifiĂ©s, reste la demande Ă  formuler, de façon Ă  laisser la possibilitĂ© Ă  l’autre d’exprimer aussi ses sentiments et ses besoins, et d’accepter, de nĂ©gocier ou de refuser notre demande. Car « c’est la libertĂ© que nous nous donnons qui nous relie l’un Ă  l’autre ». Le dialogue reste donc ouvert Ă  l’autre, et de multiples solutions peuvent apparaĂźtre. Que nous ayons le mĂȘme besoin ou des besoins diffĂ©rents, il s’agira de savoir comment, concrĂštement, combler ce ou ces besoins. « C’est la concertation qui permet d’inventer toutes sortes de solutions ».

Il peut arriver aussi que je sois seul face Ă  deux besoins fondamentaux sans savoir lequel choisir car je sais que je forcerai une partie de moi et que je refoulerai l’autre. C’est aussi ce qui se passe lorsque j’agis par habitude ou par devoir. Par exemple, je suis une mĂšre de famille qui, Ă  un moment donnĂ©, est partagĂ©e entre le besoin d’ĂȘtre disponible Ă  mes enfants et le besoin de finir mes tĂąches mĂ©nagĂšres d’ici la fin de la journĂ©e. T.D’A. attire notre attention sur le fait que « Nos besoins ont plus besoins d’ĂȘtre reconnus que satisfaits ! ». Ainsi, il m’invite dans ce cas Ă  me poser 2 minutes, Ă  Ă©couter mes besoins et accueillir les diffĂ©rentes parties de moi-mĂȘme : d’une part mon besoin de disponibilitĂ© et d’accueil pour mes enfants et d’autre part mon besoin de me mettre Ă  jour dans mes tĂąches mĂ©nagĂšres. Prendre ce petit temps d’écoute de moi-mĂȘme, permet de prendre conscience de ce qui m’habite, m’apaise et me permet de choisir sans avoir de regret.

Ce processus n’est pas simple Ă  mettre en place car nous n’avons pas forcĂ©ment l’habitude d’ĂȘtre attentif au moins Ă  nos besoins, sinon Ă  ceux des autres, et nous nous exposons Ă  une certaine vulnĂ©rabilitĂ©, nous Ă©prouvons notre orgueil. Mais l’avantage est de travailler Ă  notre propre changement plutĂŽt que d’attendre lechangement de l’autre. Ce processus nous permet de mettre Ă  jour tous nos besoins et de constater qu’ils sont justes et lĂ©gitimes, et de prendre conscience qu’ils ne peuvent pas ĂȘtre tous satisfaits. C’est pourquoi la CNV doit ĂȘtre abordĂ©e en admettant que la demande que l’on va faire doit ĂȘtre nĂ©gociable, afin de respecter mon besoin ET celui de l’autre dans la mesure du possible.

Enfin, pour pratiquer la CNV, si on peut lire des ouvrages pour approcher cette mĂ©thode, T.D’A. recommande de se faire accompagner pour l’utiliser.

Choisir sans rien nier ni renier de ce qui nous habite

J’agis dans la joie d’aimer ou dans la peur de ne pas ĂȘtre aimĂ© ?

Pour T.d’A.[1] les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, n’aiment pas faire des choses par obligation, surtout si elles menacent d’un blĂąme ou d’une punition si l’on obtempĂšrent pas. Pour rĂ©aliser ce qu’on nous demande, nous avons besoin d’en comprendre le sens et d’ĂȘtre libre dans nos actes. En CNV, le sens va ĂȘtre donnĂ© lorsque nous exprimons nos besoins et la libertĂ© est assurĂ©e par la formulation de notre demande qui laisse la possibilitĂ© Ă  l’autre de refuser ou de nĂ©gocier. Sans cela, ce n’est plus une demande, mais « une exigence qui ne laisse pas de libertĂ© Ă  l’autre ; l’autre va donc soit se soumettre, soit se rebeller, mais certainement pas agir dans le goĂ»t et la joie de contribuer Ă  notre bien-ĂȘtre ! »Pour T.d’A. les exigences amĂšnent les enfants Ă  obĂ©ir ou dĂ©sobĂ©ir, alors qu’une demande amĂšne l’enfant Ă  se responsabiliser puisqu’il est amenĂ© Ă  agir dans le respect de ses besoins ET de ceux des autres. On ne peut vouloir appliquer la CNV si, au bout du compte, on veut que l’autre fasse ce que l’on attend de lui, si notre objectif est de changer l’autre. M.B.R. affirme « Les rĂ©sultats obtenus par la contrainte peuvent coĂ»ter cher ». Il explique aussi combien, en tant que parent, nous attendons que les enfants se comportent d’une certaine maniĂšre.

C’est pour T.d’A. un point extrĂȘmement important : donner du sens. Il invite Ă  bannir de notre langage des expression comme : « C’est comme cela parce que c’est comme cela » « Pose pas toujours des questions » « Il y a des choses qu’il faut faire, qu’on le veuille ou non » « Tu comprendras plus tard » « c’est pour ton bien » et il veut permettre aux enfants de ne pas obĂ©ir et suivre aveuglĂ©ment des consignes, des habitudes, des automatismes. Pour qu’un ĂȘtre humain devienne plus responsable de ce qu’il fait, il doit ĂȘtre plus conscient de ce pourquoi il agit. Ce n’est pas toujours facile pour les parents qui n’ont justement pas appris Ă  agir en sachant pourquoi. T. d’A. va plus loin en affirmant que nous avons aussi besoin de donner un sens Ă  notre vie, Ă  sa signification humaine, philosophique et spirituelle. Un second point extrĂȘmement important pour T.d’A. c’est d’écouter sans juger. Nous y reviendrons. M.B.R. met en Ă©vidence la diffĂ©rence entre demander et exiger. Demander selon les principes de la CNV, c’est donner Ă  l’autre l’occasion« d’exercer sa gĂ©nĂ©rositĂ©. Sil rĂ©pond favorablement Ă  notre demande, il le fera mĂ» par un Ă©lan de bienveillance et Ă©prouvera autant de plaisir Ă  donner que nous Ă  recevoir ». Si l’on exige et que l’autre cĂšde Ă  nos exigences, « leurs rĂ©actions ne seront motivĂ©es que par le ressentiment, la crainte, la culpabilitĂ© ou la honte ».

« En cherchant Ă  obtenir des autres qu’ils nous donnent ou qu’ils fassent ce que nous voulons, nous menaçons leur autonomie, leur libertĂ© de choix. Et quand une personne sent qu’elle est privĂ©e de sa libertĂ© de choix, il y a des chances qu’elle rĂ©siste, mĂȘme si elle comprend les raisons de notre demande et y accĂ©derait volontiers en temps normal ». Laisser la libertĂ© Ă  l’autre ouvre la porte Ă  l’amour inconditionnel. Il s’est imposĂ© Ă  M.B.R. lorsque ses enfants Ă©taient encore petits. Il affirme : « Ainsi, exprimer aux autres cette qualitĂ© d’amour, de respect et d’acceptation sans condition ne signifie pas que nous devons aimer ce qu’ils font. Cela ne signifie pas que nous devons ĂȘtre permissifs et renoncer Ă  nos besoins et Ă  nos valeurs. Il s’agit simplement de tĂ©moigner aux autres le mĂȘme respect, qu’ils dĂ©cident de faire ce que nous leur demandons ou non ».

M.B.R. nous invite donc Ă  aimer l’autre tel qu’il est et quoiqu’il fasse et a dĂ©velopper une certaine qualitĂ© de relation : « En matiĂšre d’éducation des enfants, il existe une alternative au laxisme et Ă  la contrainte. Cette autre dĂ©marche nĂ©cessite de prendre conscience de la diffĂ©rence subtile, mais importante, entre vouloir pousser quelqu’un Ă  faire quelque chose (ce que je ne prĂ©conise pas !) et se donner clairement pour objectif d’établir la qualitĂ© de relation nĂ©cessaire pour que les besoins de chacun soient comblĂ©s ».

T.d’A. cite Gandhi : « Ne confondons pas ce qui est habituel avec ce qui est naturel ».

T.d’A. affirme : « Ainsi, notre bonheur, notre bien-ĂȘtre ne vient pas de ce que nous possĂ©dons, ni de ce que nous faisons mais de comment nous vivons notre relation avec les ĂȘtres, les activitĂ©s et les choses »

Catherine

Voir aussi dans notre bibliographie : Cessez d’ĂȘtre gentil soyez vrai : Être avec les autres en restant soi-mĂȘme

[1] Cessez s’ĂȘtre gentil, soyez vrai ! Les Ă©ditions de l’Homme

Exemples de CNV

Voici quelques exemples qui illustrent ce que la CNV tend Ă  Ă©viter et ce qu’elle prĂŽne. Ces exemples s’appuient sur le protocole vu dans les articles sur la CSN : observation, sentiment, besoin, demande.

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« Oh la la ! Ta chambre est encore en bazar ! Y’en a partout ! Raz le bol, c’est toujours pareil ! On ne sais mĂȘme plus oĂč poser les pieds ! Range-moi ça tout de suite ! »

T.d’A. a travaillĂ© dans diffĂ©rentes Ă©coles et a menĂ© plusieurs enquĂȘtes auprĂšs de nombreux enfants. Ils sont unanimes pour affirmer qu’ils n’apprĂ©cient pas qu’on leur crie dessus comme ça et ils rĂ©agissent de 2 maniĂšres diffĂ©rentes : soit ils obĂ©issent en se disant qu’ils n’ont pas le choix mais risquent de partir en claquant les portes, en montant bruyamment les escaliers ou en mettant leur musique Ă  fond
 (soumission) ou bien ils vont se rebeller en rĂąlant et tout le monde va s’énerver


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« Quand je vois tes vĂȘtements par terre, ainsi que tes jouets et ton lit qui n’est pas fait (Observation), je me sens triste et dĂ©couragĂ©e (sentiment) parce que j’ai pris soin de ranger hier pour faire le mĂ©nage et que j’ai besoin de respect pour mon travail et de collaboration pour la propretĂ© de la maison (besoin). Je voudrais savoir si tu serais d’accord pour ranger tes affaires maintenant (demande concrĂšte et nĂ©gociable) ? »

Scénario n°1 : « Ok, je le fais ! »

ScĂ©nario n°2 : « Ben, c’est que je suis entrain de finir de coller ma maquette et j’aimerai bien terminer pour voir ce que ça donne ! » « Tu veux dire que tu es enthousiasmĂ© et impatient de voir le rĂ©sultat de ta maquette et que tu as besoin d’accomplir ce travail jusqu’au bout avant de ranger tes affaires ? » « C’est ça, je veux finir ma maquette d’abord et je rangerai aprĂšs. »

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« J’en ai trop mare ! C’est n’importe quoi ton travail. DĂšs que j’ai le dos tournĂ© tu ne fais plus rien, tu es vraiment fainĂ©ant ! Si tu continues comme ça, tu va retourner Ă  l’école ! »

‘’DĂšs que j’ai le dos tourné’’ est une gĂ©nĂ©ralisation, donc une Ă©valuation, pas une observation. En traitant l’enfant de fainĂ©ant, de menteur, de bon Ă  rien, nous l’enfermons dans son comportement, nous l’étiquetons et il aura beaucoup de mal Ă  en sortir, mĂȘme lorsqu’il prendra conscience que les comportements peuvent Ă©voluer. En observant rigoureusement les faits, nous laissons la possibilitĂ© d’un vĂ©ritable changement et d’une ouverture sur des demandes d’actions prĂ©cises Ă  rĂ©aliser plus tard.

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« Quand je vois qu’en mon absence de la piĂšce ton travail n’avance pas (observation), je me sens inquiet et prĂ©occupĂ© (sentiment) et j’ai besoin d’ĂȘtre rassurĂ© sur deux choses : que tu comprends le sens de ce travail, en quoi il peut ĂȘtre utile Ă  l’avenir et que tu te sens bien Ă  la maison, que tu te sens en confiance de sorte que si quelque chose ne va pas tu sois Ă  l’aise pour le dire (besoin). Serais-tu d’accord pour me dire comment tu te sens, toi, par rapport Ă  cela ? (demande) ».

Nous pouvons aussi nous demander, pour chacun des cas, comment nous nous sentirions si nous Ă©tions Ă  la place de notre enfant. Les enquĂȘtes de T.d’A. montrent que, dans le premier cas, les enfants se sentent jugĂ©s, incompris, rejetĂ©s et peuvent rĂąler et/ou argumenter ou jouer l’indiffĂ©rence
 Dans le second cas, les enfants se sentent considĂ©rĂ©s, accueillis dans leur difficultĂ© et leur cheminement car nous leur proposons d’en parler librement, sans craindre d’ĂȘtre jugĂ©, contraint et soumis Ă  un rĂ©sultat. Cette demande ouvre Ă  la discussion qui va permettre de donner du sens Ă  ce qui est demandĂ© aux enfants et Ă  remonter Ă  la cause du symptĂŽme.

T.d’A. explique bien que l’observation ne doit pas ĂȘtre des Ă©valuations et des interprĂ©tations personnelles oĂč l’enfant va se sentir jugĂ© et entrer dans un jeu d’autodĂ©fense plutĂŽt que d’entrer dans la comprĂ©hension. M.B.R. ajoute que cela ne signifie pas que nous devons nous abstenir « de juger les actes d’autrui, mais que nous sĂ©parions bien nos observations de nos Ă©valuations ».

Exemple de confusion entre observation et évaluation :

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« Paul traine pour faire son travail »

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« Ce matin, Paul a traßné pour faire son travail »

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« Ce que je te propose ne te conviens jamais »

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« Les trois derniĂšres fois que je t’ai proposĂ© une activitĂ©, tu m’as dit que cela ne te convenais pas »

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« C’est mal de frapper ton frĂšre »

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« Quand je te vois frapper ton frĂšre, j’ai peur parce que j’ai besoin de savoir que les membres de notre famille sont en sĂ©curitĂ© »

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« Ton résultat est faux »

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« Mon résultat est différent, je me demande comment tu as obtenu cette réponse. Veux-tu me dire comment tu as fait ? »

Le fait de faire suivre l’expression d’un sentiment de ‘’parce que je’’ explicite que c’est ce qui ce passe en moi qui engendre ce sentiment et atteste que j’accepte la responsabilitĂ© de mes sentiments plutĂŽt que de les reporter sur un tiers :

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« Tu m’as déçu en choisissant une BD »

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« J’ai Ă©tĂ© déçue que tu choisisses une BD parce que j’ai besoin de savoir que tu lis diffĂ©rents livres »

Attention aussi Ă  la motivation par la culpabilitĂ© qui fait porter la responsabilitĂ©s de nos sentiments Ă  l’autre.

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« Maman est malheureuse quand tu bĂącles ton travail ». L’enfant peut se mettre Ă  travailler pour Ă©chapper Ă  la culpabilitĂ©.

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« Quand je vois ce travail bĂąclĂ©, je suis malheureuse parce que j’ai besoin de savoir que tu prends ton travail au sĂ©rieux »

En cas de difficultĂ©s pour l’enfant, les parents estiment qu’il est de leur devoir de rendre leur enfant heureux et s’empressent de donner des conseils ou de montrer leur dĂ©saccord :

« Non, je ne veux pas y aller, c’est agaçant, personne ne veut jouer avec moi ! personne ne m’aime ! »

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« As-tu au moins essayé de voir ce que tu as pu faire pour éloigner de toi tes amis ? »

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« Peut-ĂȘtre que si tu parlais diffĂ©remment Ă  tes amis, ils t’aimeraient davantage ? »

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« Ce n’est pas vrai, tu as dĂ©jĂ  eu des amis. Je suis certain que tu t’en feras de nouveaux ! »

Nous ne sommes pas obligĂ©s de parler dans de telles circonstances, un regard peu suffire. Mais, si nous nous exprimons, il est prĂ©fĂ©rable de lui montrer que nous entendons son sentiment de tristesse et son besoin d’une qualitĂ© de relation diffĂ©rente avec ses amis :

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« On dirait que tu es vraiment triste parce que tu ne t’amuses pas beaucoup avec tes amis ? »

Toute personne en souffrance a d’abord besoin d’une prĂ©sence et d’empathie. Si l’enfant a besoin de conseil, il le demandera.

Certains peuvent rester septique et se dire qu’il faut quand mĂȘme parfois imposer des choses et mettre des limites. T.d’A. nous fait remarquer que derriĂšre chaque action que nous pensons devoir faire parce que c’est comme ça, il y a un besoin. A chaque fois que nous pensons que nous devons faire quelque chose parce qu’il le faut, il y a un besoin et il nous invite Ă  nous poser pour rechercher nos rĂ©els besoins.

De plus, pour M.B.R., il faut bannir de notre langage les mots comme ‘’falloir’’ ou ‘’devoir’’ car ils « impliquent que le sujet n’est pas responsable de ses pensĂ©es, sentiments et actions ». En effet, il est facile aprĂšs de se dĂ©douaner de toute responsabilitĂ© car « il fallait que je le fasse », « je devais le faire ».

Nous avons vu plus haut qu’un second point extrĂȘmement important pour T.d’A. c’est d’écouter sans juger[1]. Chez les adolescents, notamment, c’est surtout le besoin d’ĂȘtre Ă©couter et le besoin de considĂ©ration qui est primordial. Bien plus que pour une solution Ă  trouver, une action Ă  faire ou une dĂ©cision Ă  prendre, les parents sont souvent sollicitĂ© pour une Ă©coute bienveillante, tout simplement. Pour T.d’A., Ă  travers tous conflits qu’il soient Ă©conomique, politique, ethniques, scolaires, familiaux, conjugaux, nous avons le mĂȘme choix : agresser, fuir ou aller Ă  la rencontre de l’autre. Les adolescents ont particuliĂšrement besoin que nous allions Ă  leur rencontre.

Denis Sonet, conseiller conjugal et adepte de l’écoute active de Carl Rogers, travaillait Ă©galement beaucoup avec des adolescents et il affirmait que les adolescents parlent Ă  travers leur silence. La rĂ©action la plus courante face Ă  la demande d’un jeune est de formuler des conseils, des jugements, faire des enquĂȘtes, des interprĂ©tations et de relever les erreurs pour le remettre sur les rails ! Non
 il faut Ă©couter et faire un diagnostic ! L’empathie c’est placer un miroir devant l’autre pour qu’il se voit tel qu’il est. Et avant mĂȘme de se mettre en empathie, il faut avoir une considĂ©ration positive inconditionnelle pour l’autre. Il sitait Carl Rogers qui invite Ă  commencer par apprĂ©cier l’autre comme on apprĂ©cie un coucher de soleil !

Quand un jeune expose une problĂ©matique ou pose une question, il n’attend pas que nous rĂ©pondions Ă  sa question ou sa problĂ©matique, il attend que nous cherchions pourquoi il a posĂ© sa question ou sa problĂ©matique. Sa question est lĂ  uniquement pour nous faire dĂ©couvrir lĂ  oĂč il veut nous amener. Denis Sonet nous rappelait l’importance d’accueillir les sentiments nĂ©gatifs de l’autre. Pour cela, il faut ĂȘtre capable d’encaisser ce qu’on entend… modĂ©rer le plexus
 et garder ses convictions. Tout sentiment nĂ©gatif exprimĂ© et accueilli en face quitte la personne. Nous devons accepter et accueillir SA vĂ©ritĂ© pour que lui puisse ensuite accepter LA vĂ©ritĂ©. Attention, accueillir n’est pas approuver ! AprĂšs l’écoute de l’autre, vient la phase de parole. Nous devons alors faire ressortir les qualitĂ©s de l’enfant, ce qui est positif et valoriser. AprĂšs, nous pouvons donner notre avis, nous en avons le droit et mĂȘme le devoir. Mais, il faut qu’il soit clair : ‘’oui’ ou ‘’oui si’’ ou ‘’non parce que’’.

Exemple : une jeune fille de 15 ans dĂ©clare ne plus vouloir partir en vacances avec ses parents. Elle a justement deux copains qui partent en vacances Ă  Nice sous la tente et qui l’invite.

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« Il n’en est pas question ! » ModĂ©rer le plexus


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« Si je comprends bien, tu es enthousiasmĂ© Ă  l’idĂ©e de partir avec deux copains sous la tente plutĂŽt qu’avec nous ? » – « Ben oui, tu comprends, je m’ennuie un peu avec vous, et puis j’aimerai vraiment profiter de cette invitation ! » – « Alors, c’est sĂ©rieux cette proposition ? » – « Oui, ils ont dĂ©jĂ  tout organisĂ©, y’en un qui a une voiture, il conduit trĂšs bien et il est trĂšs prudent. » 

Ainsi, en Ă©tant Ă  l’écoute, nous pourrons connaĂźtre tous les dĂ©tails et Ă©tablir un diagnostique. Le temps de parole arrive :

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« Tu sais je suis contente que tu es des initiatives comme celle-lĂ  Ă  ton Ăąge, c’est formidable ! Moi je n’aurai jamais oser demander. Peut-ĂȘtre qu’avec ton pĂšre nous devrions changer notre mode de vacances
 mais tu sais, ce n’est pas facile, ton pĂšre est toujours trĂšs fatiguĂ© par son travail
 »

Viens le moment de donner son avis :

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« Je suis d’accord » ou

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« Je suis d’accord si vous allez dans le mĂȘme camping que nous » ou

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« Je ne suis pas d’accord parce que je trouve que tu es trop jeune encore et je serai beaucoup trop inquiĂšte »

L’écoute active peut aussi ĂȘtre trĂšs importante simplement lorsque l’enfant raconte quelque chose :

« Aujourd’hui, Ă  l’atelier de poterie, nous avons fait un vase en colombins. J’ai fini avant tout le monde ! »

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« C’est bien ! »

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« C’est mal, tu fais ta prĂ©tentieuse ! »

Dans les deux cas, le dialogue s’arrĂȘte, il est coupĂ©.

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« Tu es fiĂšre ma chĂ©rie parce que tu l’as fais plus vite que les autres ? » – « Oui, et le prof m’a dit qu’il Ă©tait trĂšs rĂ©ussi ! » – « En plus le prof a reconnu la qualitĂ© de ton travail ? » -« Oui, et il l’a mis au milieu de la table pour que tout le monde le vois ! »…

Lorsqu’une personne peut dĂ©charger son nĂ©gatif envers l’autre, il finit par relativiser et voir le cĂŽtĂ© positif de l’autre qu’il n’était plus capable de voir Ă  travers sa colĂšre :

« J’en ai mare de Kevin ! Il met toujours le bazar dans ma chambre ! J’aimerai mieux ne pas avoir de frĂšre ! »

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« J’ai l’impression que tu es trĂšs en colĂšre ! » – « Mais oui, c’est toujours pareil, il vient dans ma chambre lorsque je n’y suis pas et dĂ©range mes affaires ! » – â˜ș « Et toi, ça t’énerve de voir ta chambre avec du dĂ©sordre que tu n’as pas mis ? » – « Ben oui, c’est agaçant, surtout que je l’ai rangĂ©e hier » – â˜ș « Tu aimerais que ta chambre soit respectĂ©e ? » – « Ben oui ! Mais
 en mĂȘme temps, je sais bien qu’il est encore petit, il ne se rend pas compte
 »

Denis Sonet prĂŽnait tout particuliĂšrement l’écoute active avec les jeunes, les prĂ© requis Ă©tant de vouloir Ă©couter et communiquer. Pour ĂȘtre empathique, il faut ĂȘtre cohĂ©rent, ĂȘtre unifiĂ©, ne pas dĂ©livrer de messages contradictoires, ĂȘtre authentique, tendre Ă  la vĂ©ritĂ©, Ă  la transparence, et… ne pas juger ! C’est lorsqu’on ne juge pas, que l’on permet Ă  l’autre de changer. Pour Denis Sonet Ă©galement, Ă©couter, c’est une qualitĂ© du cƓur. Quand quelqu’un est Ă©coutĂ©, il existe ! C’est exactement ce qu’un enfant a besoin, de se sentir exister, et encore plus au moment de l’adolescence.

« La tendresse et l’admiration sont les deux mamelles de l’éducation » Denis Sonet

Il faut beaucoup d’exercice et d’application assidue avant que l’écoute active et la communication non violente ne devienne une seconde nature et que l’on puisse, particuliĂšrement dans les situations tendues, l’appliquer spontanĂ©ment sans retomber dans ses vieux modĂšles de communication.

Bonne communication !

Catherine Chemin


[1] T.d’A. a Ă©tĂ© animateur au sein d’une association pour jeunes en difficultĂ©

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